La flotte fantôme russe pourrait servir de nouvelle base de lancement pour des attaques de drones contre l’Europe


Principaux renseignements

  • La Russie construit des usines souterraines pour protéger sa production de drones des frappes.
  • Les navires de la « flotte fantôme » permettent des attaques de drones à longue portée contre l’Europe occidentale.
  • Des essaims de drones bon marché épuisent les stocks coûteux de défense aérienne par une stratégie d’usure économique.

La Russie diversifie son arsenal aérien sans pilote, passant d’une dépendance à des modèles uniques à une famille sophistiquée de systèmes. Tout en poursuivant sa campagne en Ukraine, Moscou intensifie sa production dans la zone économique spéciale d’Alabuga, au Tatarstan. Ce gigantesque pôle industriel a largement transféré ses opérations sous terre pour échapper aux frappes ukrainiennes. Selon certaines estimations, des dizaines de milliers de mètres carrés d’installations souterraines auraient été construits pour assurer la fabrication de cellules, de composants électroniques et de moteurs.

Menaces pesant sur l’Europe occidentale

Des rapports de renseignement de la CIA révèlent que cette capacité en matière de drones constitue désormais une menace pour l’Europe occidentale. On craint notamment que la Russie ne mène des attaques contre l’Italie, la France ou l’Espagne à l’aide de conteneurs déployés sur des navires de la « flotte fantôme » russe opérant en Méditerranée. Étant donné que plusieurs de ces drones ont une portée de près de 1 000 kilomètres, des lancements depuis la Méditerranée pourraient facilement atteindre diverses côtes européennes.

L’économie de l’usure

L’usure économique constitue un élément central de la stratégie russe. En déployant des drones peu coûteux, dont certains ne coûtent que 10 000 à 50 000 dollars, Moscou oblige ses adversaires à utiliser des missiles intercepteurs valant des millions de dollars. Ce déséquilibre vise à épuiser les stocks de défense aérienne par des tactiques de saturation.

La série Geran

La flotte de drones russes est classée en fonction de sa mission et de sa vitesse. Le Geran-2 (la version russe du Shahed-136 iranien) reste toutefois le principal moyen de saturer les systèmes de défense. Il s’agit d’un avion à hélices qui peut parcourir jusqu’à 2 500 km, bien que des ogives plus lourdes réduisent son autonomie à 1 000 km, et atteindre une vitesse de croisière de 185 km/h.

Pour contrer la hausse des taux d’interception, la Russie a mis au point des variantes équipées de moteurs à réaction : les Geran-3, 4 et 5. Ces modèles sacrifient une partie de leur efficacité au profit de la vitesse, le Geran-5 pouvant atteindre une vitesse de 600 km/h. Le Geran-4 a démontré qu’il pouvait parcourir près de 1 000 kilomètres en volant à haute altitude pour économiser du carburant. Ces modèles plus rapides ont considérablement réduit les taux d’interception ukrainiens, ce qui a incité Kiev à développer ses propres missiles d’interception à réaction.

Systèmes tactiques et de reconnaissance

Parmi les autres systèmes spécialisés figure le Gerbera, que les Russes concevaient à l’origine comme un leurre bon marché avant de le transformer en drone armé. Pour les frappes tactiques en première ligne, la Russie utilise le Lancet, une munition de type «loitering» de précision servant à détruire les blindés et les radars. La reconnaissance est assurée par l’Orlan-10, qui guide les tirs d’artillerie, tandis que l’Orion représente un drone MALE plus ambitieux, de type Reaper, capable de transporter des missiles de croisière, bien que sa production ait été plus lente.

Innovations anti-brouillage

Plus récemment, la Russie a mis au point des drones FPV à fibre optique, tels que le Kniaz Vandal Novgorodsky. Comme un câble les relie physiquement à l’opérateur, le brouillage électronique ne peut pas les perturber. Certaines versions disposent même d’un mode «hibernation», leur permettant de rester en veille près d’une cible pendant des semaines avant de frapper. (ev)

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