Principaux renseignements
- La hausse des rendements obligataires japonais menace de faire grimper les taux d’intérêt américains.
- L’instabilité monétaire risque de faire s’effondrer le « carry trade » mondial sur le yen.
- Washington doit trouver un équilibre dans son soutien au yen pour éviter une vente massive d’actifs.
La volatilité qui secoue actuellement les marchés financiers japonais a des répercussions considérables sur les coûts de financement mondiaux et les investisseurs internationaux. Les rendements des obligations d’État japonaises, en particulier, ont atteint leur plus haut niveau depuis 30 ans. Cette situation résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs: une inflation persistante, l’abandon par la Banque du Japon des taux d’intérêt négatifs et les inquiétudes du marché concernant les dépenses publiques. Dans le même temps, le yen reste instable malgré un effort conjoint sans précédent des gouvernements américain et japonais pour stabiliser la devise.
L’impact sur les bons du Trésor américain
Le Japon étant le principal détenteur étranger d’obligations d’État américaines, ses décisions budgétaires ont une incidence directe sur les flux de capitaux vers les marchés américains. Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, s’est activement engagé à soutenir le yen. Il souhaitait ainsi dissuader le Japon de liquider ses actifs libellés en dollars. Si Tokyo venait à vendre son portefeuille d’obligations d’État pour soutenir le yen, cela pourrait entraîner une baisse des cours obligataires et une hausse concomitante des taux d’intérêt américains.
Hausse des rendements
Sur le marché obligataire, le Japon suit une tendance mondiale marquée par une hausse des coûts de financement. Alors que des pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ont enregistré leurs rendements les plus élevés depuis vingt ans, le rendement japonais à 10 ans a atteint son plus haut niveau depuis trois décennies. Cette évolution marque la fin de l’ère des taux d’intérêt négligeables qui a suivi la crise de 2008. La récente décision de la Banque du Japon de relever ses taux d’intérêt pour la deuxième fois cette année vise à freiner l’inflation, mais elle a également entraîné une chute des cours des obligations. De plus, les investisseurs se montrent méfiants face aux baisses d’impôts et aux augmentations de dépenses proposées par la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Celles-ci pourraient aggraver l’énorme dette publique japonaise, ce qui inciterait les investisseurs à exiger des rendements plus élevés pour détenir des obligations d’État japonaises. Cette hausse des rendements pourrait inciter les investisseurs à retirer des capitaux d’autres marchés mondiaux, notamment aux États-Unis.
Instabilité monétaire
Le marché des devises est tout aussi précaire. Après que le yen a chuté à son plus bas niveau depuis 40 ans, une intervention conjointe américano-japonaise a eu lieu en juillet pour empêcher une nouvelle dévaluation. Cette mesure visait stratégiquement à empêcher le Japon de se débarrasser de ses bons du Trésor américain. Une tendance déjà visible dans les données de mai à juillet. Cependant, les États-Unis doivent doser ce soutien avec prudence. Si le yen s’apprécie trop rapidement alors que les taux japonais augmentent, cela pourrait entraîner l’effondrement du «carry trade», pratique consistant pour les investisseurs à emprunter des yens à faible taux d’intérêt pour financer des placements à haut rendement ailleurs. Un renversement soudain de tendance obligerait ces investisseurs à liquider leurs actions et leurs bons du Trésor pour rembourser leurs emprunts.
Un équilibre fragile
En fin de compte, les États-Unis naviguent sur une voie étroite : ils cherchent à éviter un yen si faible que le Japon soit contraint de se débarrasser de ses actifs, tout en redoutant un yen si fort qu’il déstabilise les portefeuilles mondiaux. Comme le soulignent les analystes de marché, la forte interdépendance entre ces deux économies signifie que tout changement brusque à Tokyo peut créer un effet domino qui affecte les investisseurs du monde entier.
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