‘La crise va conduire à un monde meilleur’, estime la directrice du FMI

Kristalina Georgieva (EPA-EFE/ERIK S. LESSER)

‘Il y a trois mois, nous avions prédit que 160 pays verraient une augmentation du revenu par habitant d’ici 2020. Aujourd’hui, nous tablons sur un déclin dans 170 pays’, a déclaré la Bulgare Kristalina Georgieva, qui a succédé à Christine Lagarde en septembre dernier à la tête du Fonds monétaire international (FMI).

‘Nous sommes confrontés à la première crise mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale et la Grande Dépression. Plus de 100 pays se sont déjà tournés vers le FMI pour obtenir de l’aide ces dernières semaines’, a-t-elle également confié dans un entretien avec le journal du Dimanche en France.

Une crise qui ne connaît pas d’égal. Non seulement parce qu’elle combine crise sanitaire et crise économique, mais également parce que nous avons été contraints de fermer l’économie, ce qui aggrave les effets du choc.

La crise est incomparable à celle 2008

Selon Mme Georgieva, la crise est incomparable à celle de 2008. La Chine et un certain nombre de pays asiatiques avaient pu insuffler un certain dynamisme à l’économie mondiale à cette époque. Un phénomène qui est totalement absent aujourd’hui. Le fait que les grandes économies aient injecté des sommes colossales dans le système ne produira des résultats que lorsqu’un médicament ou un vaccin aura été mis au point et que le virus sera sous contrôle dans tous les pays. Avant cela, on ne se sentira pas en sécurité.

Selon la directrice bulgare du FMI, qui est également professeure d’économie à l’université de Sofia, 30 pays sur la centaine qui ont demandé une aide financière à l’institution ont déjà pu en bénéficier. L’objectif a toujours été d’aider en premier lieu les pays les plus pauvres. Ceux-ci ne sont pas seulement confrontés au virus. Leurs banques centrales ne disposent pas des mêmes ressources que leurs pendants des pays riches. Leurs systèmes de santé sont beaucoup moins efficaces, etc. Le tout sur fond de prix des matières premières qui s’effondrent.  D’ailleurs, Mme Georgieva a du mal à imaginer le prix du baril de pétrole dépasser la barre des 30 dollars à moyen terme. Et pour couronner tout cela, ces pays sont également confrontés à une fuite de capitaux, les investisseurs recherchant des havres de paix plus sûrs en ces temps de fortes turbulences.

Des taux d’intérêt bas, voire négatifs

Malgré tout, Kristalina Georgieva ne s’inquiète pas des dettes massives qui sont contractées. Les taux d’intérêt bas, parfois négatifs, resteront longtemps encore un élément fixe du panorama économique. Ce qui rend la montagne de dettes plus gérable pour les entreprises et les gouvernements. Heureusement, le FMI est désormais assis sur un trésor de guerre de 1.000 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu’en 2008.

Par ailleurs, la patronne du FMI ne compte pas laisser passer l’occasion que pourrait constituer cette crise. Selon elle, le temps est venu de s’attaquer à une série de problèmes dans l’économie mondiale et qui ont trop longtemps été négligés: l’inégalité des revenus, le changement climatique, mais également – on le constate aujourd’hui – la vulnérabilité de l’économie mondiale face à un phénomène comme le coronavirus.

Le monde est confronté à un test de leadership

Le monde est confronté à un test de leadership qui appelle à la solidarité et à l’unité plutôt qu’au protectionnisme et au populisme. Il est frappant de constater que ce sont souvent les femmes qui prennent désormais les choses en main, note encore Kristalina Georgieva. ‘En fin de compte, tout cela conduira à un monde meilleur. Plus de connaissances seront transférées numériquement, le commerce électronique va augmenter, il y aura moins de vols et plus de vidéoconférences, ce qui réduira les émissions de CO2. L’accent sera également davantage mis sur les soins de santé. Toutefois, il nous appartiendra de faire les bons choix.’