La Commission européenne rend un rapport accablant contre Frontex

Les gardes-frontières européens négligeraient de signaler des atteintes aux droits humains fondamentaux. Et auraient oublié d’engager des moniteurs spécialisés sur ce sujet dans le dernier grand plan d’extension du personnel de Frontex.

L’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, appelée communément Frontex, fait l’objet d’une enquête de l’Union européenne suite à de nombreuses accusations venues de différents médias et organismes humanitaires. L’organisme a été accusé d’avoir repoussé illégalement des migrants hors des frontières de l’Union, plutôt que de les appréhender. D’autres allégations font part d’un processus de recrutement peu regardant pour les gardes-frontières, et même assez chaotique.

Des accusations qui ont fait réagir l’UE en février dernier : le Parlement a mis en place le Frontex Scrutiny Working Group, dont le rapport vient de paraître.

Gros soulagement pour Frontex : celui-ci dément les accusations de « push back » de migrants ou d’expulsions collectives de la part de l’agence elle-même. Mais elle n’est pas forcément blanchie sur le sujet, car les conclusions confirment par contre que le grand gardien européen n’a pas empêché des opérations de ce genre d’avoir lieu aux frontières:

10.000 gardes supplémentaires

Le rapport est accablant: « L’agence a obtenu des preuves que des violations des droits humains fondamentaux avaient lieu dans divers pays de l’Union avec lesquels Frontex mène des opérations conjointes. Mais elle n’a rien fait pour enquêter sur ces violations ou les signaler. En conséquence, l’agence n’a rien fait pour empêcher ces violations, ni pour réduire le risque de violations futures des droits humains. »

Le rapport point aussi les manquements de Frontex en termes de personnel, et plus particulièrement l’absence quasi totale de moniteurs des droits fondamentaux parmi les employés de l’agence. « Sur les 40 qui sont censés faire partie de l’agence en ce moment, on en compte que 20, dont 5 qui occupent vraiment ce poste, et 15 assistants », souligne la parlementaire néerlandaise Tineke Strik.

Cette enquête peu flatteuse tombe alors que Frontex s’est lancé dans un grand plan d’extension de ses effectifs, avec 10.000 garde-frontières supplémentaires. Mais l’agence aurait dû aussi embaucher ces fameux 40 moniteurs chargés de vérifier que l’action de Frontex entre en adéquation avec les normes européennes. Or, ces postes n’ont, eux, pas été pourvus en suffisance, loin de là.

La Commission européenne enjoint donc son équipe de gardes-frontières à tenir compte de ces remarques et recommandations dans les plus brefs délais. Mme Strik a aussi incité le reste de la Commission a scruter plus attentivement les activités de Frontex aux limites de l’Europe, afin de s’assurer que ce partenaire n’outrepasse pas les normes européennes concernant les droits humains. Frontex n’a pas voulu s’exprimer sur ce rapport.

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