Journalistes emprisonnés: la Chine, plus mauvaise élève en la matière, se permet de recadrer l’UE

Isopix

Une journaliste collaborant avec le média américain Bloomberg est détenue par les autorités chinoises depuis une semaine. L’affaire prend une tournure internationale, allant jusqu’à provoquer la réaction de l’Union européenne. Dans le même temps, Reporters sans frontières publie un rapport accablant pour la Chine.

Officiellement, les autorités chinoises ont justifié la détention de la journaliste, Haze Fan, par des  ‘soupçons de participation à des activités mettant en danger la sécurité nationale’. Ces termes sont généralement utilisés pour parler d’espionnage. Si elle est condamnée, la reporter pourrait se voir infliger jusqu’à plusieurs années de prison.

Légalement, les ressortissants chinois ne sont pas autorisés à travailler comme journalistes pour des médias étrangers. Ils doivent être assignés à un rôle d’assistant de rédaction. Le nom de Haze Fan est apparu à de multiples reprises au bas d’articles publiés sur le site de Bloomberg. Elle travaille comme employée pour le média économique américain depuis 2017.

Le ministère chinois des Affaires Etrangères a indiqué que ‘des enquêtes et poursuites étaient actuellement en cours, conformément à la loi’.

L’UE s’en mêle

 ‘Nous sommes très inquiets pour elle et avons parlé activement aux autorités afin de mieux comprendre la situation. Nous continuons à faire tout ce que nous pouvons pour la soutenir afin d’obtenir plus d’informations’, a indiqué Bloomberg dans une dépêche publiée vendredi.

Ce week-end, l’affaire a pris une autre ampleur, avec l’implication de l’Union européenne dans le dossier. Celle-ci a demandé que Faze Han reçoive ‘une assistance médicale si nécessaire, un accès rapide à un avocat de son choix et des contacts avec sa famille’.

L’UE ne s’est pas contentée de se positionner sur l’affaire Han. ‘Toutes les personnes arrêtées et détenues en lien avec leur travail de journaliste doivent être immédiatement relâchées’, a déclaré l’un des porte-paroles.

La Chine réagit avec fermeté

La Chine n’a pas attendu longtemps avant de donner suite aux demandes de l’Union européenne. L’ambassade de Chine dans l’Union européenne a assuré que les droits de Haze Fan étaient pleinement respectés. En outre, elle a indiqué qu’il s’agissait d’une affaire ‘interne à la Chine’, demandant qu’aucun autre pays ou organisation ne fasse preuve d’ingérence.

Le Club des correspondants étrangers en Chine (FCCC) a apporté son soutien à la journaliste de Bloomberg, exprimant ‘sa solidarité avec les talentueux ressortissants chinois qui rendent un service inestimable aux médias étrangers en Chine’. L’organisation rappelle que ceux-ci ‘offrent un soutien linguistique et de recherche critique pour les reportages étrangers en Chine’.

La Chine, n°1 mondial de la détention de journalistes

Cette affaire survient alors que Reporters sans frontières (RSF) vient de publier son rapport annuel. Il y fait état que 387 journalistes sont détenus dans le monde en cette fin d’année 2020. C’est à peine deux de moins que l’an dernier. L’ONG indique que ce nombre ‘reste à un niveau historiquement haut’.

Avec 117 journalistes détenus, la Chine reste, de loin, le triste leader à l’échelle mondiale. Elle est suivie par l’Arabie saoudite (34), l’Egypte (30), le Vietnam (28) et la Syrie (27).

2020 a été marqué par des ‘interpellations et arrestations arbitraires […] directement liées à la couverture journalistique de la crise sanitaire’, fait remarquer RSF.  ‘Les lois d’exception ou les mesures d’urgence adoptées’ dans la plupart des pays pour contenir la pandémie ‘ont contribué’ à  ‘confiner l’information’, a alerté l’organisation. Parmi eux, 7 journalistes chinois seraient toujours sous les verrous en raison de leur suivi de la pandémie.

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