Quatre des six plus grandes banques américaines ont publié leurs résultats trimestriels ce vendredi. Il en sort quelques tendances : les taux d’intérêt plus élevés sont aujourd’hui encore profitables aux banques, mais les bénéfices sont en baisse par rapport à 2021, signe d’un ralentissement économique. Elles commencent à s’armer contre de futurs défauts de paiement, en remplissant les réserves prévues à cet effet.
Les investisseurs sont à la recherche de signaux positifs pour un rebond du marché, écrivions-nous ce matin, et les résultats financiers trimestriels de quatre grandes banques d’investissement – Wells Fargo, Citigroup, JPMorgan et Morgan Stanley – pourraient être cette lueur d’espoir.
Les banques sont notamment un important marqueur de la santé de l’économie. Car depuis le début de l’année, les taux d’intérêt augmentent : la demande en prêts est donc une jauge pour voir comment les entreprises et les particuliers supportent la hausse des taux. Les banques, normalement, devraient pouvoir profiter de cette hausse des taux, car les prêts leur rapportent plus. Sauf si la demande s’effondre.
Entre temps, les résultats sont tombés. Tour d’horizon.
Morgan Stanley
- C’est Morgan Stanley (MS) qui affiche la pire performance des quatre banques. Son chiffre d’affaires a chuté de 12% par rapport au troisième trimestre de 2021. Les 12,99 milliards de dollars de ce trimestre n’atteignent pas les estimations de 13,3 milliards de dollars.
- Le bénéfice n’atteint pas les estimations non plus : 1,47 dollar par action contre 1,49 selon les estimations. Cela représente un total de 2,63 milliards de dollars de bénéfice. Il s’agit d’une chute de 29% par rapport au troisième trimestre de 2022.
- Mais c’est surtout le chiffre d’affaires du segment de l’investement banking qui pâtit. Il est en baisse de 55%, affichant 1,28 milliard de dollars (ce qui correspond aux estimations). Le chiffre d’affaires du segment de la gestion de l’investissement affiche aussi une baisse : -20%, pour s’établir à 1,17 milliard de dollars (contre une estimation de 1,29 milliard).
- Un des seuls aspects positifs : les taux d’intérêt paient. Le net interest income, ou NII, qui est la différence entre les intérêts qu’une banque gagne avec les prêts et ceux qu’elle doit payer à la banque centrale où elle prend cet argent, est en augmentation de 49%.
- Une heure après l’ouverture de la bourse, l’action subit déjà une chute de près de 4%. Pas la lueur d’espoir que les traders espéraient.
JPMorgan
- Pour JPMorgan Chase (JPM), les taux d’intérêt plus élevés paient. Le bénéfice est en chute (-17%), mais moins que ce à quoi les analystes s’attendaient. La banque a gagné 9,74 milliards de dollars, ou 3,12 dollars par action. Le bénéfice ajusté correspond à 3,36 dollars par action, soit plus qu’une estimation de 2,88.
- Le chiffre d’affaires est en hausse de 10%, pour atteindre 32,72 milliards de dollars. Le chiffre d’affaires du segment « trading à revenu fixe » a augmenté de 22%.
- Une augmentation aussi pour le NII (hors marchés), qui a augmenté de 51%. Il a atteint 16,9 milliards de dollars, et la hausse des taux d’intérêt y a joué un rôle. Pour le quatrième trimestre, la banque s’attend même à 19 milliards de dollars de NII.
- La banque en profite pour mettre de l’argent « en réserve » : 808 millions de dollars. Lors du troisième trimestre 2021, quand tout était encore rose pour l’économie, elle en relâchait plus de 2 milliards de dollars.
- La partie investement banking de la banque, une de ses plus importantes activités, pâtit cependant. Le chiffre d’affaires est en baisse de 43% par rapport au même trimestre de 2021, pour atteindre 1,7 milliard de dollars.
- L’action est en hausse de plus de 3% après une heure de négociation boursière.
- En début de semaine, le PDG de JPM a fait parler de lui avec une sortie remarquée : il clamait que l’économie américaine se dirige vers la récession, et que le S&P 500 va chuter de 20% encore.
Wells Fargo
- Wells Fargo (WFC) a aussi dépassé les estimations, avec un chiffre d’affaires de 19,51 milliards de dollars, contre 18,78. Le bénéfice est en chute de 31% par rapport à l’année dernière, avec 3,53 milliards de dollars. Un scandale financier datant d’il y a six ans pèse encore sur les résultats, avec des pertes d’exploitation de deux milliards de dollars ce trimestre.
- La banque a aussi mis de l’argent en réserve, à savoir 794 millions de dollars, pour s’assurer contre des pertes futures au niveau de prêts. L’année dernière, elle libérait encore 1,4 milliard de dollars de ses réserves.
- Son NII a augmenté de 36%. Pour l’année 2022, la banque s’attend à une hausse de 24%.
- Des six plus grandes banques américaines, WFC est celle où le poids des prêts hypothécaires et le plus important. Et pour ce segment les résultats sont en baisse. Le revenu a chuté de 52% par rapport à l’année dernière, et le nombre de prêts signés a baissé de 59%.
- « Les clients, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises, restent dans une situation financière solide, et nous continuons à observer des taux de défaillance historiquement bas et des taux de paiement élevés dans l’ensemble de nos portefeuilles », explique le CEO Charlie Scharf, cité par Reuters.
- « Bien que nous nous attendions à une augmentation continue des défaillances et, en fin de compte, des pertes de crédit, le moment où cela arrivera reste incertain », ajoute-t-il.
- Les résultats sont bien accueillis par Wall Street : l’action est en hausse de plus de 4% une heure après l’ouverture du marché.
Citigroup
- Citigroup (C) fait aussi mieux que les estimations. Le chiffre d’affaires est dans le vert par rapport au même trimestre en 2021 (+6%), avec 18,51 milliards de dollars (0,26 milliard de dollars de plus que les estimations).
- Le bénéfice est cependant en chute (-25%) par rapport à juillet-septembre 2021. La banque a gagné 3,48 milliards de dollars sur le trimestre.
- Cette baisse des bénéfices est à imputer, en partie, aux réserves faites par la banque. Comme ses consœurs, elle met de l’argent de côté pour voir venir (370 millions de dollars, le total étant maintenant de 1,37 milliard de dollars).
- Comme ses consœurs aussi, les chiffres du segment de l’investment banking sont en baisse : -60% par rapport au même trimestre de 2021, pour un chiffre d’affaires de 630 millions de dollars.
- La banque a plus d’exposition à l’international que les autres banques, avec notamment une forte présence en Asie (mais les services bancaires de détail à l’étranger seront progressivement supprimés). Ce segment pèse sur les opérations, à cause du dollar fort.
- Une heure après l’ouverture du marché, l’action gagne près de 3%.
Conclusions
Quelques tendances peuvent être détectées dans ces résultats. D’abord, une mauvaise année pour la bourse, c’est aussi une mauvaise année pour les banques d’investissements. Les revenus de ces segments sont tous en baisse.
Ensuite, pour les prêts, les taux d’intérêt profitent pour l’instant encore aux banques, et peuvent contrebalancer une éventuelle baisse de la demande de prêts. Mais toutes les banques remplissent leurs réserves pour voir venir (cet élément n’est pas communiqué pour Morgan Stanley). Elles s’attendent donc à des défauts de paiement, dans le futur.
Reste à voir jusque quand les entreprises et les particuliers continueront à signer des prêts, à l’heure où ces derniers deviennent de plus en plus chers, et à partir de quand la baisse de la demande sera plus importante que la hausse des taux, dans les bilans financiers des banques. La forte baisse au niveau des prêts hypothécaires du côté de Wells Fargo laisse déjà présager d’autres chutes de la demande, dans les mois à venir.
Deux autres des Big 6, Bank of America et Goldman Sachs, publieront leurs résultats en début de semaine prochaine.