Flambée des loyers espagnols : “Qu’est ce qu’on fait? On part vivre dans les bois?”

En Espagne, les loyers ont fortement augmenté, et de plus en plus d’Espagnols sont obligés de quitter leur logement, en particulier à Madrid et à Barcelone, faute de pouvoir payer les nouveaux loyers.

La forte hausse des loyers intervient alors que l’Espagne n’a pas encore totalement surmonté la crise de 2008 qui avaient été déclenchée par l’éclatement d’une bulle immobilière. À cette époque, des milliers de familles avaient été expulsées de leur logement, faute de pouvoir rembourser leur crédit hypothécaire. En conséquence, beaucoup sont devenues locataires par nécessité à cette époque.

Près de 16 % de hausse des loyers en un an

Au cours du second trimestre de cette année, les loyers ont grimpé de 15,6 % sur une année en Espagne, indique le site spécialisé dans l’immobilier Idealista. Depuis 2010, ils ont augmenté de 30 % à Madrid, et même de 35 % à Barcelone.

Ruth Mélida est directement confrontée à ce problème. Au mois d’avril, elle a appris que le loyer mensuel de l’appartement familial, racheté par un fonds d’investissement, allait passer de 605 à 999 euros. “Qu’est-ce qu’on fait, nous qui n’avons pas les moyens? On part vivre dans les bois?”, se demande-t-elle.

Selon les chiffres d’Eurostat, l’agence de statistiques de l’Union européenne, 43 % des Espagnols locataires d’un logement privé ont consacré 40 % de leurs revenus au paiement de leurs loyers en 2016, alors qu’au sein du bloc la moyenne de ce poste n’est que de 28 %.

Bulle des loyers, ou rattrapage post-crise ?

“Nous vivons dans une bulle des loyers”, affirme Marta Monteiro, la porte-parole d’une association pour le droit au logement de Madrid. Elle accuse les fonds d’investissement qui ont pu s’emparer à bon compte de nombreuses propriétés revendues à bas prix par les banques qui les avaient elle-mêmes saisies à des familles incapables de rembourser les emprunts qu’elles avaient souscrits pour les acquérir.

Cependant, Fernando Encinar, le fondateur d’Idealista, ne partage guère son point de vue. Pour lui, la spéculation ne joue aucun rôle, et il n’y a pas de bulle. Il pense qu’au cours de ces dernières années, les loyers n’étaient pas réalistes, et qu’ils avaient été maintenus à de faibles niveaux en raison de la situation de crise.

En effet, dans les années qui ont suivi l’année 2010, les propriétaires, confrontés à l’impossibilité de vendre leurs biens immobiliers, compte tenu de l’absence d’acheteurs, ont été contraints de les louer avec un loyer modeste pour trouver des occupants. Leur hausse récente s’analyserait donc comme un rattrapage des prix, compte tenu de la relance économique qui a débuté en 2014. Cette année, la croissance espagnole devrait atteindre 2,7 %, et au cours des 3 dernières années, elle a atteint, voire dépassé les 3 %.

Des propositions de mesures 

Les plates-formes de location saisonnière du type Airbnb n’ont rien arrangé. Les propriétaires de biens immobiliers préfèrent souvent leur confier leur bien pour le louer aux touristes, ce qui est plus lucratif dans les villes les plus touristiques. Cela a contribué à réduire l’offre de logements disponibles à la location de longue durée, notamment à Madrid et Barcelone. Les municipalités de ces villes ont tenté de prendre des mesures pour lutter contre cet effet pervers.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a promis une loi sur le logement, qui pourrait inclure une proposition d’augmenter la durée minimale des baux, pour la porter à 5 ans, contre 3 ans aujourd’hui. Le gouvernement espagnol souhaite également construire 20 000 logements sociaux dans les toutes prochaines années.

Le parti de la gauche radicale, Podemos, quant à lui, a soumis une proposition de loi au Parlement pour empêcher l’expulsion des locataires qui ne parviennent pas à se reloger ailleurs.

Des appartements-capsules de 3 M² comme solution ?

Ce mois-ci, une société a suscité le scandale à Barcelone lorsqu’elle a présenté ses “Haibu” (qui signifie ‘ruche’ en japonais), des “appartements-capsules” de 3 m², loués 200 € par mois, qui s’intègrent dans des maisons dont il faut partager les espaces communs. “Heureusement, empiler les gens est interdit”, a commenté la maire de Barcelone, Ada Colau, qui est aussi une ancienne militante du logement et de la lutte contre les expulsions. “Il  y a des maisons semblables dans les cimetières. On les appelle cercueils”, a dit Íñigo Errejon, un député du parti Podemos.

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