Faire don de milliards n’est pas facile

Plusieurs milliardaires américainsconsacrent une partie importante de leur fortune à la philanthropie.Toutefois, les Américains les plus riches accumulent de la richesse plus rapidement qu’il n’en cèdent, écrit David Callahan, rédacteuren chef du site d’information spécialisé Inside Philanthropy. Selon Callahan, il est souvent très compliqué pour ces richesphilanthropes de céder des capitaux importants et ce, pour plusieursraisons.  

Lorsque Michael Bloomberg a achevé sestrois mandats en tant que maire de New York en 2014, il a commencéà s’intéresser à la philanthropie. Depuis lors, Bloomberg a faitdon de plus de 2 milliards de dollars. Néanmoins, malgré tous sesdons, Bloomberg est actuellement plus riche qu’il ne l’était quandil a laissé son poste. 

Ses actifs sont estimés à 48milliards de dollars, soit une hausse de plus de 50% en quatre ans, aindiqué Forbes. D’autres signataires de l’initiative Giving Pledge,un acte qui engage les personnes riches signataires à léguer lamajorité de leur fortune à des œuvres de charité, se sontégalement enrichis.

Profits

Bill Gates et Warren Buffet, lesfondateurs de Giving Pledge, ont également vu leur fortune croîtredepuis 2010. Bill Gates disposait de 54 milliards de dollars au débutde cette décennie, contre 97 milliards de dollars aujourd’hui. Larichesse de Warren Buffet a également presque doublé depuis cetteépoque et atteint aujourd’hui 90 milliards de dollars.

Ainsi, les Américains les plus richesaccumulent des capitaux plus rapidement qu’ils n’en donnent. Selonune étude réalisée par le groupe Bridgespan, les famillesaméricaines les plus fortunées ont donné 1,2% de leurs actifs àdes œuvres de bienfaisance en 2017, ce qui est nettement inférieurau rendement moyen des investissements à long terme sur leursactifs.

Etant donné les gains moyens sur lemarché boursier, une famille très fortunée aurait besoin de donnerplus de 11% de ses actifs pour pouvoir utiliser la moitié de sonpatrimoine en deux décennies, soit près de dix fois plus que ce queles super-riches donnent actuellement.

Selon Bridgespan, si les Américainsles plus riches doublaient leurs dons à 2,4% de leurs actifs, celareprésenterait 45 milliards de dollars supplémentaires en dons decharité par an, soit une hausse de 11%.

« Cela serait suffisantpour que 4.500 organisations à but non lucratif récolent unecontribution de 10 millions de dollars ou pour que 4,5 millionsd’Américains à faible revenu bénéficient d’un transfert enespèces ou d’une bourse d’études chaque année », écrivent lesauteurs.

Élitiste

Cependant, selon Callahan, il existeplusieurs raisons pour lesquelles le groupe de la population richedépense moins en dons qu’on ne le pense ou qu’on espère. Il existeun fossé entre les dons actuels des milliardaires et leursaspirations publiques, explique Callahan. Par exemple, bien que Warren Buffet souhaite faire don de toute sa fortune et qu’il ait déjà donné des milliards de dollars, il s’enrichit de plus en plus à mesure qu’il vieillit. La raison est que la cession de ses actions n’arrive pas à contrebalancer ses gains sur le marché boursier. 

En outre, au cours des dernières années, lamajeure partie des dons des milliardaires philanthropes n’est pas allée au secours d’Américains oud’Africains en difficulté. Elle est allée à des instituionsd’élite – universités, hôpitaux ou centres culturels.

« Les efforts susceptibles destimuler le changement social dans des causes telles que les services sociaux/humains, et le développement international suscitent relativement peu d’intérêt », explique Bridgespan.

Par ailleurs, il n’est pas faciled’investir beaucoup d’argent dans les initiatives de changementsocial. Les problèmes sont complexes. De nombreuses organisations àbut non lucratif n’ont pas la capacité d’absorber des donsimportants et ont un manque de connaissance du secteur. 

Cependant, Bridgespan entrevoit uncertain nombre de solutions. « En premier lieu, nous pourrionstravailler avec des fonds sociaux qui pourraient collecter des donsprovenant de pays très riches », estime le groupe. « Enoutre, il faudrait également créer un environnement dans lequel lesriches donateurs pourraient obtenir le soutien nécessaire pour leursefforts caritatifs. »