Face aux demi-mesures, un Codeco ne pourra attendre le mois de janvier

Le compromis négocié lors du précédent Comité de concertation avait fait parler beaucoup de lui dès le lendemain dans la presse. D’aucuns qualifiaient les mesures d’insuffisantes. À vouloir sauver la face politiquement, les partis se prennent à chaque fois les pieds dans le tapis sanitaire. Tout indique qu’il faudra un nouveau Comité de concertation, et qu’il ne pourra certainement pas attendre janvier, comme c’était initialement prévu. La réalité des chiffres pousse à l’humilité. Mais une leçon aurait dû être tirée depuis bien longtemps : au plus vite on agit, au plus vite on s’en sort.

Dans l’actu: la pression s’intensifie. Les gouverneurs, qui ne pèsent rien politiquement mais qui sont en première ligne de la crise sanitaire, exhortent le Codeco à se réunir et à agir.

  • Commençons par les chiffres: ce lundi, 23.621 cas détectés, c’est un record absolu depuis le début de l’épidémie. Le taux de positivité des tests continue d’augmenter, à 15,7%. Du côté des hôpitaux, on est à 295 admissions en moyenne sur les 7 derniers jours. Les nouvelles ne sont pas très réjouissantes non plus dans les soins intensifs, avec 686 lits USI occupés, ce qui veut dire qu’au rythme actuel, on dépassera les 1.000 lits occupés dans 14 jours.
  • Plus positivement, si on reprend le précédent record du nombre de cas détectés en un seul jour, fin octobre 2020 lors de la 2e vague, il y avait deux fois plus de patients dans les hôpitaux et ce seuil de 1.000 lits USI était largement dépassé. À cette époque, un nouveau confinement avait été décidé. Ce qui signifie qu’avec un variant Delta beaucoup plus contagieux, les vaccins font clairement leur effet sur les admissions et encore plus clairement sur le nombre de décès.
  • Mais on le constate au niveau européen: l’épidémie repart nettement dans la mauvaise direction. La France épargnée jusque-là envisage de nouvelles mesures fortes. En Autriche, un nouveau confinement a été décrété et on observe déjà un plateau après le pic des contaminations. En Allemagne, Angela Merkel qui n’a plus rien à perdre politiquement a proposé un nouveau confinement, mais la nouvelle tripartite l’a rejeté.
  • La pression politique s’intensifie aussi en Belgique. Les gouverneurs en première ligne avec les bourgmestres se sont réunis. Ils demandent aux Régions et au fédéral un nouveau Comité de concertation. Ils menacent de prendre des mesures si le Codeco venait à ne pas agir. Une forte réticence s’exprime à leur égard parce que les gouverneurs sont finalement des nains politiques. Leurs prérogatives actuelles dépassent largement leur poids politique.
  • De quoi d’ailleurs faire réagir le président du MR, Georges-Louis Bouchez, sur Twitter: « Les gouverneurs doivent aider à faire respecter les règles actuelles. Les virologues doivent conseiller les gouvernements. Mais aucun d’eux ne doit alimenter l’anxiété. »
  • Ce matin, divers intervenants de la Vivaldi se sont exprimés dans les matinales radio. Et on comprend entre les lignes qu’un Codeco n’attendra pas. Il n’est pas encore très clair si cette discussion aura lieu d’abord au sein du Conseil des ministres de la Vivaldi ou directement au niveau inter-fédéral.
    • Selon le ministre de la Santé bruxellois, Alain Maron (Ecolo), « il est prévu qu’il y ait un Codeco en début de semaine prochaine si j’ai bien compris », s’est-il exprimé sur Bel RTL.
    • Pour la ministre fédérale de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V), un Codeco n’est pas exclu : « Nous avons toujours dit que nous pouvions agir rapidement en cas de nécessité et si les chiffres sont tels qu’il faut prendre des mesures, nous devons prendre ces décisions », a-t-elle souligné sur Radio 1.
    • Sur LN24, la coprésidente d’Ecolo Rajae Maouane explique qu’un Codeco doit se tenir « au plus vite ». Elle a aussi reconnu parfois l’impuissance du monde politique face à une crise sanitaire sans précédent: « Ce qui est interpellant dans cette crise, c’est qu’on n’est sûr de rien. Cette crise bouleverse nos certitudes et on doit avoir cette humilité de dire que quelles que soient les décisions qu’on prend aujourd’hui, peut-être que demain elles ne seront plus les bonnes. »

L’essentiel: la question n’est donc plus trop de savoir si un Codeco va être convoqué, mais quelles mesures il va prendre.

  • Rappelons d’abord les mesures qui ont été prises. Beaucoup les ont qualifiées de demi-mesures: 4 jours de télétravail par semaine et puis 3, le port du masque dès 10 ans mais pas dans les écoles, un CST renforcé par des tests rapides pour les événements ou sorties en discothèque.
  • Du côté des experts, il n’y a plus de tabou. Ils qualifient les dernières décisions de « minimum absolu ». Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) est de leur côté et il a eu beaucoup de mal à cacher sa perplexité face à ces dernières décisions. Sa carrière politique n’est plus à faire. Il ose dire ce que les citoyens – du moins c’est ce qu’estiment de nombreux États-majors de partis – n’ont pas envie d’entendre.
  • De l’aveu même des membres du GEMS, dont le dernier rapport date de deux semaines, il y a peut-être eu une forme d’auto-censure dans leur chef. Cette fois, le mot « confinement » est lâché. Et la fermeture de secteurs entiers est à nouveau envisagée. Parmi les autres mesures, on parle du retour à 100% du télétravail, du retour des bulles et du port du masque dès 9 ans dans les écoles.

Le détail: Les mesures sont-elles vraiment appliquées ?

  • Du côté politique, on entend une petite musique de fond: avant de qualifier les précédentes mesures de mauvaises mesures, sont-elles vraiment appliquées ? Chacun constatera sur la route que le télétravail n’est sans doute pas appliqué à fond. C’est le sens de l’intervention de Christie Morreale (PS), la ministre wallonne de la Santé, sur DH Radio: « Il faudra peut-être anticiper le Codeco mais il faudra surtout voir si les mesures qui ont été récemment prises fonctionnent et sont appliquées à 100% sur notre territoire. On continue de voir beaucoup de monde sur les routes. Je n’ai pas le sentiment que le télétravail obligatoire est respecté. Il faut respecter les règles sinon on va devoir se retrouver avec des mesures qui sont beaucoup plus difficiles. »
  • La question des marchés de Noël cristallise sans doute le mieux les tensions politiques. Comme le montre l’intervention d’Elio Di Rupo (PS) au Parlement wallon : «Si les contrôles des CST sont impossibles, alors il faut annuler les marchés de Noël». Le ministre-président wallon vise clairement les bourgmestres pour qu’ils fassent appliquer les mesures existantes avant de prendre de nouvelles mesures.
  • La fermeture des marchés de Noël n’est-elle pas avant tout une mesure symbolique? C’est ce que pense Yves Coppieters, professeur en santé publique à l’ULB, interrogé par LN24. Avec les masques et les CST, pas de raison d’interdire des activités en extérieur. « Ce serait une mesure pas très efficace », juge-t-il. « Annuler des marchés de Noël est une erreur et pèserait sur la population. » Lui aussi plaide pour qu’on laisse quelques jours aux mesures existantes avant d’aller plus loin.

Mais peut-on vraiment attendre une très hypothétique inflexion des courbes ? Politiquement, avec cette pression des gouverneurs, des bourgmestres et des experts, le Premier ministre n’aura d’autre choix que de convoquer un Codeco, déjà pour ce vendredi, et de repenser les mesures. Avec cette difficulté qui n’est pas propre à la Belgique, mais que ne connait pas la France par exemple: l’application verticale d’une décision pour tous. Ici, c’est un compromis de tous les instants où chaque parti défend son bout d’électorat et où chaque Région veut garder son autonomie. Il est peut-être enfin temps de parler franchement à la population, comme le fait un Frank Vandenbroucke qui n’a rien à perdre : « Nous n’arrivons pas à nous débarrasser du virus. C’est un constat douloureux. Il est même possible que pendant un an, deux ans, trois ans, on vivra dans une situation où il y aura des vagues de contaminations qui feront qu’on devra compter sur la vaccination et les autres mesures. Ce n’est pas ce qu’on avait en tête au début mais avec le variant delta, il y a un niveau de contagiosité tel qu’il nous surprend et nous joue des tours.»

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