Eric Zemmour et les droits d’auteur : comment son clip d’entrée en campagne lui vaut une comparution au tribunal

Fin novembre dernier, l’ancien journaliste devenu polémiste assidu sur les plateaux de télévision Eric Zemmour officialisait sans candidature à la présidentielle française via une vidéo qui n’avait laissé personne indifférent.

Le candidat, assis à son bureau et courbé sur sa copie dans une position censée évoquer Charles De Gaulle durant son appel du 18 juin, avait récité un discours regroupant les thématiques qui lui sont chères, à savoir majoritairement l’identité de la France, sa grandeur passée et présente, et bien sûr l’immigration, tandis que se succédaient des gravures et des extraits d’œuvres pour la plupart à thème historique.

39% d’images « empruntées »

Sauf que selon une analyse de l’équipe des Décodeurs du quotidien français Le Monde, cette vidéo d’une dizaine de minutes regroupe pas moins de 114 séquences « empruntées » pour lesquelles Eric Zemmour ne possédait pas les droits. Or, ces images sous droits d’auteur représentent pas moins de 39% du temps de l’annonce de sa candidature. C’est beaucoup, et quand on est une personnalité publique dont la vidéo a été visionnée pas moins de 2,6 millions de fois, difficile de passer sous les radars. Parmi ces séquences, des scènes du film Jeanne d’Arc (1999), de Luc Besson, ou du classique Un singe en hiver (1962), d’Henri Verneuil, dont Gaumont possède les droits.

Le candidat Zemmour a assigné au tribunal ce jeudi pour « contrefaçon au droit d’auteur » rapporte Le Monde. Il devra faire face aux ayant droits des images qu’il a fort légèrement utilisées à des fins personnelles. « Eric Zemmour n’est pas poursuivi ici pour ses propos ou ses idées, mais pour ses actes » souligne Thierry Marembert, avocat de la société de production Gaumont et du réalisateur Luc Besson.  » Jamais M. Zemmour n’a pris la peine de contacter l’un des titulaires des droits. »

25 000 euros de réparation par film

Si ce procès n’a rien de politique, la personnalité publique et pour le moins clivante de l’accusé ne fait qu’aggraver le délit aux yeux des plaignants avance l’avocat, car aucun d’entre eux n’apprécie de voir ses œuvres rattachées à un message politique, qui plus est s’il est généralement assimilé à l’extrême-droite: « M. Zemmour a des idées abrasives. Il a été condamné trois fois, et pas plus tard que le 17 janvier, pour provocation à la haine raciale. »

M. Marembert demande 25 000 euros de réparation par film, ainsi que 5 000 euros pour Luc Besson, qui se situe « à des années-lumière de ce que peut représenter Eric Zemmour. » À ses côtés, Me Olivier Chatel, conseil de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, a, lui aussi, dénoncé la « désinvolture » et le « mépris » de l’équipe d’Eric Zemmour : « Quand on est candidat à la magistrature suprême, on doit être irréprochable. »

Du côté des défenseurs de l’accusé, on a fustigé une « cancel culture » qui s’opposerait par principe à « un communiqué de presse d’un nouveau genre. » Le jugement a été mis en délibéré au 4 mars.

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