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5 choses à retenir de l’accord entre Engie et la Vivaldi sur la prolongation du nucléaire

5 choses à retenir de l’accord entre Engie et la Vivaldi sur la prolongation du nucléaire
Tinne Van der Straeten – Getty Images

Le gouvernement fédéral et l’énergéticien français sont finalement parvenus à trouver un accord sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 pour dix ans. Il reste toutefois un certain flou artistique que les textes juridiques viendront combler au mois de juillet pour un accord définitif en octobre prochain. Cet accord devra ensuite être entériné par la Commission européenne. Que peut-on déjà retenir dans les grandes lignes ?

1. Engie obtient une facture maximale pour les déchets nucléaires, mais pas pour le démantèlement

  • Engie connait la provision maximale qu’elle doit apporter pour traiter et gérer les déchets radioactifs : 15 milliards d’euros. Engie a déjà provisionné le Synatom de 10,5 milliards d’euros. Le coût net pour l’entreprise est donc de 4,5 milliards d’euros. Ce prix n’évoluera plus.
  • L’accord ne couvre pas le passif d’Engie et donc le démantèlement des centrales : l’énergéticien a déjà provisionné 8 milliards d’euros, et ce montant pourrait être revu à la hausse tous les trois ans.
  • Au total, l’engagement d’Engie est donc pour le moment de 23 milliards d’euros.

2. La sécurité d’approvisionnement n’est pas encore garantie

  • La ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) a très vite annoncé qu’il s’agissait d’un bon accord car la sécurité d’approvisionnement était assurée dès l’hiver 2025. Par la prolongation du nucléaire, un manque de 2 GW sera comblé.
  • Or, il reste beaucoup d’incertitudes. Après des années de tergiversations politiques, le timing est serré. Il faut commander le combustible et prolonger techniquement les centrales. Van der Straeten s’est dite « confiante », Thierry Saegemen, le patron d’Engie Electrabel n’a lui pas voulu se mouiller.
  • Le gouvernement belge a prévu un incitant plutôt qu’une sanction pour faire respecter à Engie le délai. Une solution pourrait être le « Flex LTO ». En d’autres termes : étaler les travaux sur Doel 4 et Tihange 3 dans le temps, en les réalisant durant les étés des 3 années qui suivent les travaux prioritaires effectués en 2025.
  • L’approvisionnement ne serait toutefois pas suffisant dès 2026-2027 et il faudrait trouver 1 GW supplémentaire selon les calculs d’Elia, soit l’équivalent d’un réacteur. Le feuilleton n’est certainement pas fini d’autant que les besoins en électricité vont aller crescendo. Le MR demande déjà la prolongation de Doel 1 et 2 et de Tihange 1.

Source : Elia.

3. Le gouvernement participera aux bénéfices… mais aussi aux risques

  • Une coentreprise va être créée et détenue à 50% par l’Etat, l’autre moitié par Engie. Les bénéfices seront donc partagés.
  • Mais aussi les risques : notre pays va garantir un prix de vente (pas encore fixé). Si les prix du marché sont inférieurs, l’Etat belge devra verser la différence à l’entreprise. Dans l’autre sens, si les prix sont supérieurs, l’Etat belge récupèrera tous les surprofits. On parle pour le moment d’un prix de vente compris entre 65 euros et 75 euros le MWh.
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4. Beaucoup de temps perdu…

  • Si le nucléaire avait été prolongé plus tôt, par exemple en 2019 comme le demandait Electrabel, la Belgique n’aurait pas eu à devoir céder à Engie une facture maximale. Le montant de la provision aurait pu être réévalué à la hausse tous les trois ans.
  • Or l’avenir est fait de tant d’incertitudes. D’abord, il n’y a pas encore de technologie qui éliminerait les déchets les plus radioactifs ni de scénario de stockage acté. La provision a en fait été calculée sur base d’un scénario de l’enfouissement à 400 mètres de profondeur des déchets radioactifs, mais rien n’est décidé.
  • Pour parer ces incertitudes, l’État belge possède maintenant un fonds de 15 milliards d’euros qu’il pourra faire fructifier. On estime la facture finale du traitement des déchets et du démantèlement entre 40 et 60 milliards d’euros dans 100 ans. Il faudra que les bonnes décisions soient prises et que ce fonds ne serve pas à alimenter d’autres budgets.

5. Un signe qui ne trompe pas : Engie décolle en bourse

  • Dans un accord d’une telle importance, il est toujours périlleux de savoir qui en ressort gagnant. Si l’on regarde le cours de bourse d’Engie, on en a un indice : l’action a pris 4% sur les marchés.
  • La grande patronne Catherine MacGregor n’a d’ailleurs pas caché son soulagement : « Cet accord élimine une source majeure d’incertitude à long terme pour le groupe. »
  • À l’inverse, les organisations environnementales n’y vont pas par quatre chemins :  « Cette affaire pourrait bien devenir le plus grand hold-up de l’histoire de la Belgique », dénonce Greenpeace.
  • Dans l’opposition, Bart De Wever (N-VA) a vivement critiqué l’accord. « Engie a obtenu son prix plafond, en échange d’une énième lettre d’intention. Jusqu’à présent, le gouvernement recevait des millions par an au titre de la taxe nucléaire, mais il se retrouve aujourd’hui avec une facture illimitée d’au moins plusieurs dizaines de milliards. Le prix d’années de sabotage vert… De plus, il perd toute marge de négociation qui lui restait pour empêcher la fermeture d’autres centrales », a-t-il fustigé.
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