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En Espagne, l’extrême droite menace de revenir au pouvoir pour la première fois depuis le dictateur Franco il y a 50 ans

En Espagne, l’extrême droite menace de revenir au pouvoir pour la première fois depuis le dictateur Franco il y a 50 ans
Le dirigeant controversé du parti espagnol d’extrême droite Vox, Santiago Abascal. (Photo by Loyola Perez De Villegas Muniz/Anadolu Agency via Getty Images)

Toute l’Espagne – mais sans doute aussi une partie de l’Europe – retient son souffle en attendant les élections nationales anticipées qui ont lieu ce dimanche. Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez est sur la sellette, face à la menace de la droite, qui pourrait s’associer à l’extrême droite pour renouer avec le pouvoir.

Pourquoi est-ce important ?

Alors que l'extrême droite pointe plus que le bout de son nez en vue des élections en Belgique en 2024, l'Espagne pourrait voir le parti Vox se tailler une part du gâteau après une domination des socialistes depuis 2018. Une ombre qui plane au-dessus de Madrid, alors que le spectre de la dictature de Francisco Franco est encore très présent dans l'esprit de nombreux Espagnols.

Dans l’actu : Les élections générales espagnoles du 23 juillet revêtent une importance particulière.

  • Le pays pourrait voir revenir au pouvoir l’extrême droite espagnole, 50 ans après la fin de la dictature longue de 39 ans de Francisco Franco.
  • Cette menace provient de Vox, parti d’extrême droite dirigé par la figure hautement controversée, Santiago Abascal. Le parti a bénéficié d’une poussée favorable lors des élections régionales en mai – qui ont d’ailleurs provoqué l’appel aux urnes plus tôt que prévu des Espagnols.
  • Vox ne raflerait sans doute pas la majorité des voix, sauf énorme surprise, mais profiterait plutôt d’une alliance avec la droite : le Parti Populaire (PP) dirigé par Alberto Núñez Feijóo. Notons que Santiago Abascal est un ex-membre de ce Parti Populaire.
  • De l’autre côté du spectre, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez (PSOE) et ses partenaires de Unidas Podemos rassemblent leurs forces pour briguer un second mandat et, surtout, ne pas faire basculer le gouvernement du côté conservateur.

À noter : Que disent les derniers sondages ? Qui a le plus de chances d’obtenir les 176 sièges nécessaires pour briguer le pouvoir ?

  • Selon une enquête du journal La Nacion, le Parti Populaire arriverait en tête avec environ 142 sièges à l’assemblée législative, suivi du Parti socialiste (108), de Vox (35) et du parti Sumar (34). Le reste des forces disposerait d’environ 31 sièges au total.
  • El País table également sur 142 sièges pour le PP comme résultat le plus probable, mais la fourchette de probabilité de 90% se situe entre 119 et 164 sièges. Et avec une chance sur 20 que le PP se retrouve au-dessus (ou en dessous) de cette large fourchette. L’incertitude plane donc encore.
  • Selon 15.000 simulations des résultats, dans 55% des cas, le PP et Vox réussiraient à obtenir une majorité parlementaire.
    • La majorité absolue du PP n’aurait lieu que dans 1% des cas.
    • Dans 5% des simulations, le PP pourrait former un gouvernement en obtenant le soutien non seulement de Vox lors de l’investiture, mais également celui d’autres partis mineurs.
  • Une majorité de gauche ne serait probable que dans 15% des simulations (soit 1 sur 7), mais uniquement si le PSOE reçoit le soutien des mêmes partis qui ont voté pour ou se sont abstenus lors de l’investiture de Pedro Sánchez après les élections de 2019.
    • Il n’y a qu’1% de chances que le PSOE et Sumar obtiennent une majorité à eux seuls.
  • Dans les 23% des simulations restantes, aucun des scénarios mentionnés précédemment ne serait possible.
    • Dans la plupart de ces cas (20%), le PSOE aurait besoin du soutien de Junts (indépendantistes catalans) ou des catalans d’extrême gauche pour atteindre les 176 sièges nécessaires.
    • De plus, 3% des scénarios prennent en compte des situations où les deux groupes de partis disparates, la gauche et la droite, auraient chacun 175 sièges, créant une égalité parfaite.

Le défi des Catalans

Zoom-avant : L’association entre Vox et le PP semble déjà toute trouvée. Les deux partis de droite ont renforcé leur pacte dans environ 140 municipalités depuis les élections régionales de mai, et étendu leur emprise sur deux régions supplémentaires. Alberto Núñez Feijóo, leader du PP, n’a pas fermé la porte à une coalition sur le plan national. Mais les Catalans pourraient leur mettre des bâtons dans les roues.

  • La Catalogne, qui compte 7,8 millions d’habitants et qui est l’un des piliers économiques de l’Espagne, élira 48 des 350 députés du Congrès.
  • Mais le PP n’a que deux élus dans cette région dirigée par la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), un parti indépendantiste.
  • “Si je deviens président, je dirai aux indépendantistes que je suis disposé à dialoguer, mais dans le respect de la Constitution”, a assuré Feijóo dans le journal El Mundo, adoptant une attitude plus conciliante que celle de son parti ces dernières années, une main tendue en direction des séparatistes.
  • Pedro Sánchez, quant à lui, affiche un soutien plus appuyé et revendique une amélioration de la co-existence en Catalogne grâce à son engagement pour le dialogue et à des “décisions courageuses” comme les grâces accordées en 2021 aux neuf leaders indépendantistes incarcérés. Une mesure fustigée par la droite comme une concession inadmissible aux séparatistes. Chassez le naturel…

Vox reste sans voix lors du débat

Deux candidats que tout oppose : Outre le duel principal qui oppose Pedro Sanchez à Alberto Núñez Feijóo, une sous-bataille se joue entre deux prétendants diamétralement opposés.

  • D’un côté, Santiago Abascal, personnification du « mâle alpha » qu’épinglent les associations féministes espagnoles. Son palmarès :
    • Il s’oppose au droit à l’avortement ;
    • Nie le changement climatique ;
    • Et rejette la nécessité pour le gouvernement de lutter contre la violence sexiste.
    • Selon Nagore Calvo Mendizabal, professeur de politique et de société espagnoles et européennes au King’s College de Londres, le programme de Vox est pratiquement « un copier-coller des principes du régime franquiste », a-t-il déclaré à Associated Press.
  • De l’autre, Yolanda Diaz, vice-présidente du gouvernement et actuelle ministre du Travail, qui rêve de devenir « la première présidente de l’Espagne » avec son parti, Sumar. Elle peut compter sur le soutien de Pedro Sanchez, ouvertement féministe.
    • Elle a donné le ton en dévoilant le programme de son parti, début juillet : « Parce que c’est le temps des femmes, parce que nous, les femmes, voulons être les protagonistes de l’histoire. »
    • Et joint l’acte à la parole : lors du débat final des candidats sur la chaîne nationale RTVE, Yolanda Diaz a taclé Santiago Abascal sur la violence sexiste en Espagne en lui montrant une photo de lui, riant lors d’une minute de silence pour une victime de féminicide. Le chef de l’extrême droite est resté sans voix du début à la fin de la tirade.
      • Notons que ce n’est pas la seule fois lors du débat que la cheffe de Sumar a laissé le président de Vox atone. Elle l’a violemment corrigé après qu’Abascal a avancé des données erronées pour tacler Pedro Sanchez sur la situation économique du pays, le laissant pantois.
  • De son côté, la droite espagnole s’attire les critiques avec un commentaire sexiste de son leader, Alberto Núñez Feijóo (PP), à l’encontre de Yolanda Diaz. Celui-ci a critiqué des données sur l’emploi prétendument « maquillées » par la vice-présidente, « un domaine qu’elle connait beaucoup, le maquillage, il n’y a aucun doute ».
    • La réponse de la candidate de Sumar ne s’est pas fait attendre : sur Twitter, elle a mis au défi Feijóo d’avoir un débat sur l’économie et les données de l’emploi en Espagne. « Monsieur Feijóo, je suis heureuse que vous vous sentiez mieux », en référence à ses douleurs lombaires, à cause desquelles il a annulé sa venue au débat national. « Je serai heureuse de discuter avec vous demain des chiffres de l’emploi et de votre projet économique pour l’Espagne. Où et quand vous voulez », a-t-elle asséné.
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