L’Espagne aux avant-postes de la lutte féministe : le gouvernement adopte une loi pour le premier « congé menstruel » de l’histoire de l’Europe

Le gouvernement espagnol a approuvé jeudi une grande loi « sur le genre », permettant à la fois de prendre un congé médical payé pour fortes douleurs menstruelles, ainsi qu’autorisant toute personne de plus de 16 ans à changer légalement de genre.

Pourquoi est-ce important ?

C'est à la fois une grande avancée pour les femmes et les personnes transgenres, alors que cette loi est encore fortement attendue par la cause féministe dans d'autres pays européens. L'Espagne prouve une fois de plus qu'elle est le leader européen en matière de droits des femmes, un statut qu'elle a surtout acquis depuis l'adoption d'une loi sur la violence sexiste en 2004... Tandis qu'au bout du spectre, le nombre de féminicides continue de crever le plafond.

Dans l’actu : L’Espagne a adopté jeudi une loi accordant un congé médical payé aux femmes souffrant de fortes douleurs menstruelles, devenant ainsi le premier pays européen à approuver une telle législation.

  • Le vote, qui a recueilli 185 voix en sa faveur contre 154 voix défavorables, permet aux femmes et personnes transgenres permet de prendre un congé menstruel en cas de règles « invalidantes ». La loi ne précise pas la durée de ce congé de maladie.
  • Ce congé payé nécessitera l’accord d’un médecin, comme pour toute autre période d’invalidité.
  • Selon la Société espagnole de gynécologie et d’obstétrique, un tiers des femmes souffrent de dysménorrhée, le terme médical désignant des menstruations douloureuses.
  • La loi introduit en outre des mesures d’accompagnement, notamment la fourniture gratuite de produits hygiéniques dans les écoles, les prisons et les centres pour femmes afin de lutter contre la « pauvreté liée aux règles ». Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes ne peuvent pas se permettre d’acheter chaque mois ces produits qui restent trop onéreux pour leur nécessité.
  • Le congé menstruel n’est pour le moment proposé que dans une poignée de pays dans le monde, comme le Japon, la Zambie et l’Indonésie.

Sous le radar : Cette législation fait l’objet de réactions divisées de la part des politiciens et des syndicats. Si le CCOO, l’un des plus grands syndicats du pays, a salué cette loi comme une « avancée majeure » qui reconnaît un problème largement ignoré, une autre grande union des travailleurs, l’UGT, craint que cela ne crée une discrimination sur le marché de l’emploi.

Plus en détail : Le congé menstruel est l’une des mesures clés d’un projet de loi beaucoup plus vaste visant à accroître l’accès à l’avortement dans les hôpitaux publics, qui pratiquent moins de 15% des avortements du pays, principalement en raison de l’objection de conscience massive des médecins.

  • Cette loi permettra en outre aux mineures d’avorter sans le consentement de leurs parents dès l’âge de 16 ans, annulant ainsi une obligation introduite par un gouvernement conservateur en 2015.
  • Pionnière européenne, l’Espagne a dépénalisé l’avortement dès 1985, puis l’a légalisé en 2010, mais celui-ci reste un droit semé d’embûches dans ce pays traditionnellement catholique.

Changer de genre dès 16 ans

Il y a plus : Cette grande loi sur le genre permet également à toute personne de plus de 16 ans de faire une demande pour changer de genre au niveau légal, sans contrôle médical préalable.

  • Un juge devra tout de même autoriser le changement pour les mineurs âgés de 12 à 14 ans, tandis que ceux âgés de 14 à 16 ans devront obtenir le consentement de leurs parents ou tuteurs. Aucun changement de ce type ne sera possible pour les moins de 12 ans.
  • La loi interdit également les thérapies de conversion et amende la fin des subventions publiques pour les groupes qui « incitent ou encouragent la LGBTIphobie ».
  • « C’est une loi qui reconnaît le droit des personnes transgenres à décider librement de leur identité de genre« , a déclaré la ministre espagnole de l’Égalité, Irene Montero. « Elle empêche que les réalités trans soient traitées comme des anomalies. Les personnes transgenres ne sont pas des malades, ce sont des personnes – point final. Ils sont ce qu’ils sont – point final. Les femmes trans sont des femmes – point final. À partir d’aujourd’hui, l’État le reconnaît. »
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