Donald Trump menace: ‘les États-Unis visent 52 sites iraniens en cas d’attaque’… s’exposant ainsi à un crime de guerre

Des militants anti-guerre manifestent devant l’hôtel Trump International à Washington, D.C. le 4 janvier 2020, demandant au président Donald Trump d’ordonner le retrait complet des forces américaines du Moyen-Orient pour désamorcer les tensions avec l’Iran. (Photo: Alejandro Alvarez/Sipa USA)

Le président Trump a averti que les États-Unis ‘ciblent’ 52 sites iraniens et qu’ils frapperont ‘très vite et très fort’ si Téhéran attaque des Américains ou des biens américains. Mais en visant des sites culturels, Trump risque aussi d’être accusé de crime de guerre.

Après la mort du général iranien Soleimani par un drone en Irak, l’escalade de la violence ne semble plus s’arrêter entre les États-Unis et l’Iran. Donald Trump a cette fois-ci dépassé la ligne rouge en… tweetant, comme il en a l’habitude, des menaces militaire contre l’Iran si elle venait à ‘frapper des Américains, ou des biens américains’. Et affirmant que les États-Unis viennent de dépenser 2.000 milliards de dollars en équipement militaire.

‘Nous avons … ciblé 52 sites iraniens (représentant les 52 otages américains pris par l’Iran il y a de nombreuses années), certains à un niveau très élevé et important pour l’Iran et la culture iranienne’et ‘si l’Iran frappe des Américains, ou des biens américains… L’Iran elle-même, SERA TOUCHÉE TRÈS RAPIDEMENT ET TRÈS durement’, écrit-il samedi dans une série de tweets.

Les 52 otages américains qu’il cite font référence aux 52 Américains retenus en Iran pendant plus d’un an à partir de la fin de 1979 après avoir été enlevés à l’ambassade des États-Unis à Téhéran.

L’intention du président américain est claire: la vengeance pour ‘prévenir’ des attaques (tout aussi vindicatives) de l’Iran. Et il a l’air convaincu que cela marchera… dans des tweets, encore.

Lire aussi: Mort de Soleimani: pourquoi ce regain de tension entre les États-Unis et l’Iran ?

‘Nous sommes les plus grands et de loin les MEILLEURS au monde! Si l’Iran attaque une base américaine, ou n’importe quel Américain, nous leur enverrons une partie de ce magnifique équipement tout neuf… et sans hésitation! Ils nous ont attaqués, et nous avons riposté. S’ils attaquent à nouveau, ce que je leur déconseille fortement, nous les frapperons plus fort qu’ils ne l’ont jamais été auparavant!’

Un site internet gouvernemental américain piraté

Sauf que ces déclarations exacerberont encore la violence entre les deux pays. Peu après la publication de ces tweets, le site d’une agence gouvernementale américaine a ainsi été piraté par un groupe appelé ‘Iran Cyber Security Group Hackers’, indique la BBC. Ils ont laissé ce message sur le site du Programme de la bibliothèque fédérale américaine de dépôt (American Federal Depository Library Programme) :

‘Ceci est un message de la République islamique d’Iran. Nous ne cesserons pas de soutenir nos amis dans la région: le peuple opprimé de Palestine, le peuple opprimé du Yémen, le peuple et le gouvernement syrien, le peuple et le gouvernement d’Irak, le peuple opprimé de Bahreïn, la véritable résistance des Moudjahidines au Liban et en Palestine, [ils] seront toujours soutenus par nous.’

En guise de menace, la page contenait également une image photoshopée du président Trump, le montrant frappé au visage et saignant à la bouche. ‘Ce n’est qu’une petite partie de la capacité cybernétique de l’Iran!’, indiquent-ils.

La réaction militaire de Téhéran

Le conseiller militaire du Guide suprême de l’Iran Hassan Dehghan a qualifié les tweets de Trump ‘ridicules et absurdes’ et affirme que la réponse de son pays sera sans doute militaire ‘contre les sites militaires’. Dans une interview exclusive à CNN, il déclare: ‘Laissez-moi vous dire une chose: nos dirigeants ont officiellement annoncé que nous n’avons jamais cherché la guerre et que nous ne la chercherons pas.’

‘C’est l’Amérique [les États-Unis] qui a commencé la guerre. Par conséquent, ils devraient accepter des réactions appropriées à leurs actions. La seule chose qui peut mettre fin à cette période de guerre est que les Américains reçoivent un coup égal à celui qu’ils ont infligé. Après cela, ils ne devraient pas chercher un nouveau cycle.’

‘Un criminel de guerre’

Dehgan accuse également Trump de crime de guerre en cas d’attaque contre des sites culturels de l’Iran, le chargeant également ‘d’instabilité mentale’ et niant ses qualités de politicien. ‘[Trump] ne connaît pas le droit international. Il ne reconnaît pas non plus les résolutions de l’ONU. Au fond, c’est un véritable gangster et un joueur.’

Faisant référence à la résolution 2347 des Nations Unies qui condamne la destruction illégale du patrimoine culturel, Dehghan ajoute ainsi que ‘si [Trump] veut imposer une règle, une logique et une rationalité à sa décision, il devrait accepter qu’il est un criminel de guerre et qu’il doit être jugé par un tribunal compétent’.

Des menaces critiquées aux États-Unis

Cette escalade de la violence fait aussi grand débat aux États-Unis. Alors que l’administration américaine a déclaré vouloir désamorcer la crise, la menace de Trump de cibler les sites culturels iraniens risque bien de contrarier la population iranienne, partisane ou non du gouvernement.

Des sites culturels que les États-Unis n’ont par ailleurs pas l’habitude de viser, préférant les cibles militaires. Une telle action pourrait alors violer le droit international selon certaines critiques, comme Colin Kahl, ancien assistant adjoint du président Barack Obama et conseiller à la sécurité nationale du vice-président Joe Biden.

Donald Trump dépasse en outre cette ligne rouge malgré avoir souvent critiqué… Barack Obama pour ne pas avoir appliqué une ligne rouge concernant l’utilisation d’armes chimiques en Syrie.

Lire aussi: Les prix du pétrole augmentent suite à l’escalade du conflit américano-iranien