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La dette, nouvelle arme de la Chine : comment bâtir un nouveau système mondial de prêts opaques à l’international

La dette, nouvelle arme de la Chine : comment bâtir un nouveau système mondial de prêts opaques à l’international
Nicolas Asfouri – Pool/Getty Images

La Chine se substitue au FMI pour accorder des prêts massifs à des pays en difficulté. Et ce, à des taux léonins, quand ils ne s’accompagnent pas en plus de contreparties politiques sur l’échiquier international.

Pourquoi est-ce important ?

La construction de la "Nouvelle Route de la Soie" comme on l'appelle communément en Français, l'ensemble de grands chantiers qui forment l'initiative chinoise "Belt and Road", semble marquer le pas. De nombreux pays partenaires de Pékin pour construire ce grand réseau de routes, ponts, et autres infrastructures, ont des finances en trop mauvaise santé pour continuer. Mais ça ne gêne pas les Chinois, bien au contraire.

240 milliards pour 22 débiteurs

Dans l’actualité : Plutôt que d’investir massivement dans l’infrastructure d’autres pays afin de consolider sa place de grande puissance économique, la Chine s’est lancée dans les prêts de sauvetage (rescue loans), accordés à ces mêmes pays. Une nouvelle étude, réalisée par des chercheurs d’AidData, de la Banque mondiale, de la Harvard Kennedy School et de l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale, tente de mettre des chiffres sur cette nouvelle stratégie économique globale de l’Empire du Milieu.

  • Pékin a lâché un total de 240 milliards de dollars en guise de prêts de sauvetage à des pays en développement depuis 2008, rapporte Reuters.
  • Un montant qui ne fait qu’augmenter avec les années : ces prêts se chiffrent à 104 milliards de dollars rien qu’entre 2019 et la fin de 2021.
  • Depuis l’an 2000, Pékin a entrepris 128 opérations de sauvetage dans 22 pays débiteurs, ce qui fait d’elle une véritable institution quand il s’agit, pour un pays en difficulté, de trouver un « prêteur en dernier ressort ». Un rôle qui est normalement celui du FMI. Or, Pékin n’a pas – forcément – la stabilité économique mondiale en tête quand il s’agit de renflouer un gouvernement, mais plutôt ses propres bénéfices dans l’opération.

« L’architecture financière mondiale devient moins cohérente, moins institutionnalisée et moins transparente. Pékin a créé un nouveau système mondial de prêts de sauvetage transfrontaliers, mais il l’a fait de manière opaque et non coordonnée. »

Brad Parks, directeur exécutif d’AidData

L’or du dragon n’est pas gratuit

La Chine fait pourtant partie du FMI, mais plutôt que de participer aux programmes multilatéraux de résolution des dettes, elle préfère s’y substituer, et traiter directement avec les pays en difficulté. C’est une prise de risque qui repose donc entièrement sur ses épaules, mais aussi une source non négligeable de revenus.

  • Car l’Empire du Milieu ne prête pas sans contrepartie : alors qu’un prêt de sauvetage typique du FMI est assorti d’un taux d’intérêt de 2 %, Pékin prête plutôt à 5% selon le Financial Times.
  • Pékin n’offre pas non plus de renflouement à tous les emprunteurs, et trie les dossiers pour ne retenir que les plus susceptibles de payer. Ironie du sort : beaucoup se retrouvent dans cette situation, car ils se sont empêtrés dans leurs dettes à des entreprises ou des fonds chinois dans le cadre de l’initiative « Belt and Road – parfois, certes, à cause de scandales de corruption en interne.
  • En outre, l’argent chinois s’accompagne parfois de contraintes politiques. Comme récemment au Honduras qui, en échange de l’aide financière et du régime de Pékin et d’accord économiques, l’a reconnu comme la seule et unique Chine. Une diplomatie du porte-monnaie qui permet d’isoler un peu plus Taïwan, qui perd là un des derniers pays qui reconnaissait l’île comme distincte du continent.
  • Les pays qui empruntent à la Chine font parfois de même en parallèle auprès du FMI ; c’est le cas pour l’Argentine, le Belarus, l’Égypte, l’Équateur, le Laos, la Mongolie, le Pakistan, le Suriname, le Sri Lanka, la Turquie, l’Ukraine et le Venezuela. Ce qui donne une idée de l’étendue de la toile financière que s’est tissée le pays, officiellement communiste.
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