Covid-19 : respecte-t-on les mesures de la même manière partout en Belgique ?

Alors que les chiffres, en constante hausse, confirment que nous sommes bel et bien en présence d’une deuxième vague, une question mérite d’être posée : Flamands, Wallons et Bruxellois respectent-ils tous les mesures de la même manière ?

On s’en souvient. En mars dernier, la première vague de Covid-19 avait frappé la Belgique par le Nord. Pendant les congés de carnaval, le virus s’était rapidement répandu dans notre pays, profitant dans un premier temps de clusters localisés en Flandre, et notamment dans le Limbourg. Principaux facteurs mis en cause à l’époque : les retours de vacances (surtout d’Italie), les carnavals et, bien sûr, l’absence de masques et le manque de tests.

Bruxelles et la Wallonie n’avaient évidemment pas été épargnés par cette première vague. Le Hainaut, par exemple, avait été particulièrement touché. Toutefois, les chiffres sont longtemps restés plus inquiétants dans le Nord du pays.

Une fois la première vague encaissée, la Belgique s’était peu à peu déconfinée. Début juillet, notre pays avait failli voir une deuxième vague naître à partir d’Anvers. Rapidement, les autorités locales avaient pris des mesures permettant d’endiguer le phénomène. Et les Belges avaient pu vivre un été relativement tranquille.

Cependant, depuis environ un mois, le virus a repris du poil de la bête. Les chiffres ont commencé à repartir vers une dangereuse hausse à la fin de l’été. Pour devenir réellement alarmants en ce début d’automne, avec une moyenne quotidienne de 2915,9 cas détectés sur les sept derniers jours. Pire, ce vendredi, nous en sommes à 5728 et 124 nouvelles hospitalisations sur les dernières 24 heures.

Bruxellois et Wallons bien plus touchés

Si on se penche sur les chiffres commune par commune, on constate rapidement que cette deuxième vague est, géographiquement parlant, totalement différente de la première. Anvers et ses 529.200 habitants reste toujours la ville dans laquelle on relève le plus de contaminations. Mais, sur les 14 derniers jours, la cité du diamant a un taux d’incidence de ‘seulement’ 404 cas pour 100.000 habitants, ce qui la place en dehors des 100 villes belges où l’incidence est la plus élevée.

En terme de taux d’incidence, les communes bruxelloises et wallonnes sont, de loin, les plus impactées par cette deuxième vague. Molenbeek, avec 945 cas pour 100.000 habitants, a le taux d’incidence le plus élevé du pays. Koekelberg, Saint-Josse, Berchem Sainte-Agathe, Saint-Gilles et Bruxelles-Ville, pour ne citer qu’elles, font également partie des communes les plus sévèrement touchées. Cela explique pourquoi la Région de Bruxelles-Capitale a décidé depuis jeudi de durcir ses mesures, en fermant notamment ses bars et cafés.

De nombreuses communes de la province de Liège (Tinlot, Sprimont, Plombières, Hamoir, …) atteignent également un taux d’incidence préoccupant. De manière générale, la Wallonie est plus impactée aujourd’hui qu’au printemps.

La Flandre, elle, ne se porte pas trop mal. Parmi les 50 communes belges au taux d’incidence le plus élevé, seules 4 se situent au Nord du pays : Machelen, Wemmel, Vilvoorde et Drogenbos. Quatre villes accolées à la Région de Bruxelles-Capitale.

Mieux que des mots, cette carte de Sciensano démontre les nettes disparités du taux d’incidence entre les communes flamandes, wallonnes et bruxelloises.

Sciensano.

Un manque de cohérence coupable

Au vu de différences si nettes, il paraît légitime de conclure que les citoyens flamands respectent davantage les mesures sanitaires que leurs voisins bruxellois et wallons. Expliquer ce phénomène par le lieu commun qui fait des habitants du Nord du pays des personnes plus disciplinées serait prématuré.

La RTBF avance une hypothèse intéressante. Alors que Marc Van Ranst, virologue le plus en vue en Flandre, ne cesse de mettre la population en garde depuis de nombreux mois, ses homologues wallons et bruxellois ont mis bien plus de temps avant de tirer la sonnette d’alarme. Fin août, par exemple, alors que Marc Van Ranst parlait déjà de deuxième vague, Yves Van Laethem avait calmé le jeu, préférant évoquer une ‘vaguelette’. Dans le même temps, toujours côté francophone, une soixantaine de personnalités académiques, dont de nombreux médecins, signaient une carte blanche dans les colonnes du Soir, plaidant pour une révision (et un assouplissement) de mesures jugées trop strictes et peu efficaces.

Pour certains experts, ces discours ont provoqué une diminution de la vigilance au sein de la population, surtout à Bruxelles et en Wallonie. Face à des experts se tirant dans les pattes, les citoyens ont eu (légitimement ?) tendance à baisser pavillon. Un manque de cohérence globale qui aura plus que probablement poussé à une forme de rébellion vis-à-vis des mesures, et notamment de la fameuse ‘bulle de cinq’ mise en place entre fin juillet et fin septembre.

Pour faire face à la deuxième vague, scientifiques et politiques ont tout intérêt à retrouver un peu de cohérence. Elle sera plus que nécessaire pour récupérer l’adhésion de la population.

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