Contrat des sous-marins : « Un coup de couteau dans le dos » de la part de ses alliés pour la France

La France est furieuse de voir les USA agir dans son dos, au mépris de ses contrats en cours comme de ses positions stratégiques. Joe Biden se prend une volée de bois verts de la part des médias français sur l’affaire des sous-marins, et Paris ne semble pas prêt de lui pardonner. Au risque de faire capoter de futurs accords de coopération.

Pourquoi est-ce important ?

Australie, Grande-Bretagne et États-Unis ont officialisé l'accord de collaboration AUKUS qui porte, entre autres, sur une collaboration afin de doter la marine australienne de sous-marins nucléaires. Un douloureux camouflet pour la France, qui avait signé un contrat de 90 milliards de dollars pour 12 submersibles avec l'Australie. Celui-ci tombe à l'eau sur un communiqué de presse du président américain Joe Biden.

Un geste à la Trump

À Paris, il n’y a pas de mots trop forts pour qualifier la manœuvre : en proclamant l’accord de collaboration AUKUS de manière unilatérale, la France a appris par voie de presse que trois de ses -supposés solides- alliés préféraient se passer d’elle dans leur stratégie face à la Chine dans la zone Indo-Pacifique, tout en balayant au passage un accord commercial qui devait être « le contrat du siècle ». Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian enrage: « Cette décision unilatérale, brutale et imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait M. Trump. Nous avons appris brutalement par une déclaration du président Biden que le contrat que les Australiens ont signé avec la France est terminé et que les États-Unis vont faire une offre de sous-marins nucléaires aux Australiens. » Pour le ministre, la seule nuance entre la communication internationale de l’ancien président américain et celle de son successeur, c’est que les tweets ont cédé la place aux conférences de presse.

Parfum de trahison

L’Hexagone a été mis devant le fait accompli : les Australiens font une croix sur un contrat portant sur 12 sous-marins Shortfin Barracuda à propulsion mixte diesel-électrique, une variante de la classe Suffren, nucléaires, conçue pourtant spécialement pour eux. Et ils optent plutôt sur l’expertise anglo-américaine pour passer finalement à une flottille à propulsion nucléaire. Résultat : le constructeur français Naval Group se voit privé d’un « contrat du siècle » pesant 90 milliards de dollars australiens, soit 56 milliards d’euros. Le ministère français de l’Économie relativise, évoquant pourtant une somme qui représente 10% du chiffre d’affaire de l’entreprise et 650 ingénieurs qui devront être redéployés sur un autre chantier… Mais dans le secteur diplomatique, on ne décolère pas : « C’est un coup de poignard dans le dos. Nous avions établi une relation de confiance avec l’Australie, et cette confiance a été trahie » assène Jean-Yves Le Drian.

La fin de 240 ans de collaboration navale ?

Du côté de Washington, on semble pantois devant la furia francese : une source anonyme au sein de l’administration américaine évoque pourtant une tentative d’informer les Français quelques heures avant la proclamation de Joe Biden, mais sans arriver à les joindre assez vite. Ceux-ci nient en tout cas qu’il y ait eu le moindre préavis, et la diplomatie française a annoncé l’annulation d’un bal devant se tenir à Washington en l’honneur des 240 ans de la bataille navale du cap Henry, qui symbolise l’aide de la France dans la lutte des États-Unis pour leur indépendance, en 1781.

Après 240 ans de coopération navale, cette affaire risque bien de porter un coup irréparable aux relations entre les États-Unis et la France, celle-ci étant furieuse de se voir chassée du premier plan dans toute stratégie commune dans l’océan Pacifique. L’Hexagone maintient pourtant une puissance navale bien tangible dans ces eaux, et pèse de tout son poids pour impliquer l’ensemble de l’Europe dans la région derrière une stratégie commune impliquant, justement, une collaboration accrue avec des acteurs locaux telle que l’Australie. Mais après cette manœuvre tripartite anglo-saxonne, il y a fort à parier que Paris va renforcer encore ses positions en faveur d’une autonomie militaire et technologique envers les USA. Un bien mauvais départ pour les accords de collaboration technologique que l’administration Biden comptait proposer à l’Union européenne lors d’un meeting à Pittsburgh à la fin du mois.

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