Conflit israélo-palestinien: pourquoi Biden est entre deux feux

Lorsqu’il était vice-président d’Obama, Biden n’a pas toujours entretenu les meilleures relations avec Netanyahou – Isopix

Pendant quatre ans, Israël et Benyamin Netanyahou ont bénéficié de l’indéfectible soutien des États-Unis et de Donald Trump. Mais cette époque est révolue. Joe Biden veut se montrer bien plus prudent. Au grand dam de l’État hébreu.

Contrairement à Obama et Trump, Biden n’a pas fait du conflit israélo-palestinien l’une de ses priorités en matière de politique étrangère. Pourtant, il va tout de même se retrouver contraint de se pencher sur le sujet.

Vendredi dernier, la Cour Pénale Internationale (CPI) s’est déclarée compétente pour mener une éventuelle enquête – demandée par la Palestine – sur des crimes de guerre commis par Israël dans la bande de Gaza en 2014. Une annonce qui a provoqué le courroux d’Israël. Depuis, l’État hébreu cherche à tout prix à s’attirer le soutien des États-Unis.

Rapport de force

Dans la foulée de la décision de la CPI, Israël a lancé en urgence des consultations avec des responsables américains. Ainsi, le secrétaire d’État Anthony Blinken a discuté lundi avec son homologue israélien Gabi Ashkenazi.

Sous Trump, les États-Unis ont déjà contesté le fait que la CPI soit compétente pour enquêter sur pareille affaire. Israël espère que Biden va en faire de même, en exerçant une pression sur les États membres de la cour, afin que l’enquête ne se poursuive pas. Ni les Américains ni les Israéliens n’ont ratifié le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI.

D’après Axios, Biden pourrait se servir de cette affaire pour demander à Israël de cesser la construction de colonies en Israël. En échange d’une pression sur la CPI, le président américain pourrait également intimer à Israël d’accepter la réouverture du consulat américain à Jérusalem. Fermé par Trump et fusionné avec la nouvelle ambassade américaine, le consulat avait servi de mission diplomatique américaine auprès des Palestiniens.

En pesant ces différents arguments dans la balance, la Palestine pourrait tout de même se sentir lésée. Si les États-Unis font pression sur la CPI pour la dissuader d’enquêter sur les éventuels crimes de guerre israéliens à Gaza, la Palestine n’aura cure des « dédommagements » précités. Ce qui pourrait mettre du plomb dans l’aile dans la réouverture du bureau de l’Organisation de la Libération de la Palestine (OLP) de Washington, fermé par Trump en 2018.

Netanyahou a aussi besoin de soutien sur le plan personnel

Si Benjamin Nethanyahou a besoin de l’appui américain dans le cadre du conflit israélo-palestinien, il aurait également bien besoin d’un coup de main de Biden sur le plan personnel. Même s’il s’est quelque peu remplumé grâce à sa campagne de vaccination éclair, le Premier ministre israélien occupe toujours une position fragile. Dans un peu plus d’un mois, ce sont les élections législatives qui se présenteront devant lui.

Il s’agira des quatrièmes élections législatives en deux ans. Formé au printemps dernier afin de faire face à la crise du coronavirus, le gouvernement de coalition – rassemblant les rivaux Netanyahou et Gantz – s’est effondré fin décembre. Suite à un désaccord sur le plan budgétaire entre les partis des deux hommes, le Parlement a été dissout.

Pour garder la main sur Israël, Netanyahou a longtemps pu compter sur Trump. Il attend la même chose de Biden, mais les deux hommes n’ont pas encore discuté ensemble. ‘Le moment est peut-être enfin venu d’appeler le dirigeant d’Israël, le plus proche allié des États-Unis ’, a lancé dans un tweet Danny Danon, l’ancien ambassadeur israélien à l’ONU. Il s’est même permis de donner à Biden le numéro de téléphone pour joindre le Premier ministre israélien.

Mais d’après les analystes, Biden n’a pas grand intérêt à afficher son soutien à Netanyahou. Au contraire, en réintégrant l’accord sur le nucléaire iranien, le président américain pourrait se distancer complètement de son homologue israélien. En effet, Netanyahou a toujours félicité Trump pour avoir quitté l’Accord de Vienne.

Début janvier, le leader israélien a réaffirmé son souhait de ne pas voir les États-Unis réintégrer l’accord sous Biden. ‘Si nous revenons au JCPOA, ce qui se passera et ce qui se passe peut-être déjà, c’est que de nombreux autres pays du Moyen-Orient se précipiteront pour se doter d’armes nucléaires. C’est un cauchemar et c’est de la folie. Cela ne devrait pas se produire’, a prévenu Netanyahu.

L’administration Biden marche sur des œufs

L’administration Biden se trouve devant un sac de nœuds. Si Biden reste silencieux sur la question, son chef de la diplomatie Anthony Blinken a tenté de sauver les apparences lundi sur CNN. Il a assuré que la ‘solution à deux États’ était la seule viable, renouant ainsi avec le consensus international malmené par Trump.

‘La dure réalité, c’est que nous sommes très loin d’une percée pour la paix et d’une résolution finale’ avec ‘la création d’un État Palestinien’, a ensuite reconnu Blinken.

Bien conscient de la situation difficile face à laquelle il se trouvait, Blinken a refusé d’évoquer un retour immédiat à la table des négociations. Il s’est contenté d’appeler les deux camps à ne prendre aucune ‘décision unilatérale qui éloignerait encore davantage les perspectives de paix’.