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De l’exil en Belgique à une réclamation d’escorte urgente au gouvernement : comment Carles Puigdemont est devenu l’un des hommes les plus puissants d’Espagne

De l’exil en Belgique à une réclamation d’escorte urgente au gouvernement : comment Carles Puigdemont est devenu l’un des hommes les plus puissants d’Espagne
Carles Puigdemont (Photo by Thierry Monasse/Getty Images)

Les manifestants de la droite et de l’extrême droite espagnole ne décolèrent pas face à l’amnistie de Carles Puigdemont et des séparatistes catalans. Un « chèque en blanc » pour assurer à Pedro Sanchez sa ré-investiture comme Premier ministre. Mais l’indépendantiste exilé en Belgique craint pour sa sécurité.

Pourquoi est-ce important ?

Le vent tourne toujours en politique, même pour l'un des hommes les plus détestés du pays. Le député européen et président de Junts Carles Puigdemont vient ainsi de débloquer le marasme électoral espagnol, au grand dam de la droite nationaliste. Mais son retour au bercail pourrait ne pas être immédiat, alors qu'il est exilé à Waterloo depuis sa tentative de sécession fin 2017.

Dans l’actu : Carles Puigdemont réclame une escorte « urgente » de policiers catalans à l’Espagne pour assurer sa sécurité en Belgique.

  • Une demande déjà formulée à plusieurs reprises auparavant, et toujours refusée par Moncloa,  la résidence d’État de l’Espagne.
  • Sauf que cette fois, elle devrait être approuvée par le gouvernement espagnol. « Personne ne remet en question la sécurité des personnes, quelles que soient les différences idéologiques », a déclaré le ministre Félix Bolaños.
  • Qu’est-ce qui change, cette fois ? Le pouvoir donné à Carles Puigdemont par Pedro Sanchez, pour s’assurer son investiture à la tête du gouvernement espagnol.
    • « Pour la première fois, ils sont conscients, ou il semble qu’ils voient clairement qu’il faut trouver une solution à son besoin en matière de sécurité, surtout compte tenu du climat généré suite à l’investiture de Pedro Sánchez« , indique l’agence de presse Efe.

« Ce n’est pas un siège, c’est un bordel »

Zoom avant : Carles Puigdemont craint pour sa sécurité après le pacte d’amnistie signé avec Pedro Sanchez.

  • Le chef du bureau de Carles Puigdemont a détecté « une augmentation du niveau de danger et de risque pour sa personne depuis quelques semaines ».
  • Ce qui correspond à la période depuis laquelle la droite et l’extrême droite crient leur mécontentement (pour le dire poliment) rue Ferraz, à Madrid, devant le siège du PSOE, le parti de Pedro Sanchez.
    • La dernière manifestation, hier soir, a vu 1.300 personnes protester contre l’amnistie offerte par les socialistes. Ils ont jugé de bon goût d’afficher des poupées gonflables dénudées à l’effigie du PSOE. Leur slogan : « Ce n’est pas un siège, c’est un bordel ».
    • Ces manifestants représentent la frange la plus conservatrice de la droite. Celle-ci déploie actuellement tous ses moyens pour s’opposer au gouvernement et essaie de mettre un terme aux accords entre le PSOE et les indépendantistes.
  • Mais ils ne sont pas les seuls à s’indigner de l’amnistie de Carles Puigdemont et ses compagnons catalans. Dimanche, des manifestations – organisées par la droite (PP) – ont eu lieu dans toute l’Espagne pour s’opposer à ce « chèque en blanc » signé par les socialistes.
    • De l’Andalousie à Valence, en passant par la Galice, la Cantabrie, les Asturies… Et même Barcelone, le fief de Junts, ces manifestations nationalistes ont secoué tout le pays.
    • Selon le PP, 2 millions de personnes se sont mobilisées.
    • De leur côté, les dirigeants régionaux du PSOE ont demandé au PP de respecter le résultat électoral, et donc l’amnistie. Et de condamner les actes de violence des manifestants.
« Sanchez, traître, souviens-toi: Judas s’est pendu », peut-on lire sur des banderoles de manifestants à Madrid, le 12 novembre. (Photo by Guillermo Gutierrez Carrascal/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)

Pas de retour immédiat de Carles Puigdemont

Zoom arrière : Si Carles Puigdemont demande une protection urgente en Belgique, il n’est pas près de refouler le sol espagnol. Le texte de la loi d’amnistie fait face à de nombreux obstacles avant de devenir effectif.

  • Les juristes anticipent une procédure parlementaire longue et complexe, nécessitant au minimum six mois à un an.
  • En cause : la loi n’a pas encore été évaluée par le bureau du Congrès. Le PP, qui adore mettre des bâtons dans les roues du PSOE, peut encore demander des révisions et retarder le processus.
  • Le Sénat joue ici un rôle crucial. Il peut choisir entre la procédure d’urgence (20 jours pour se prononcer) ou la procédure ordinaire. Celle-ci pourrait retarder l’adoption de la loi jusqu’à l’automne 2024. Problème : le Sénat est contrôlé par le PP.
  • Même après l’adoption de la loi, les juges doivent décider individuellement sur chaque cas, y compris celui de Carles Puigdemont. Il est encore fort incertain qu’ils puissent respecter le délai de deux mois souhaité pour ces décisions…

En parallèle : Le débat de l’investiture de Pedro Sanchez au Congrès espagnol a lieu ce mercredi. À la suite de quoi le Premier ministre intérimaire devrait voir son mandat prolongé.

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