Coalition fédérale: la guerre de communication se poursuit

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Le roi a sorti une surprise de son chapeau suite à son tour de consultations. Il nomme informateurs deux tout frais présidents de parti inexpérimentés: Georges-Louis Bouchez (MR) et et Joachim Coens (CD&V). Un choix intelligent du souverain qui gagne une nouvelle fois du temps. Un non-choix qui permet aussi à chacun de sauver la face.

Changement de ton. Suite à la nomination de GLB et Joachim Coens comme informateurs, la réaction des différents présidents de partis était scrutée. À commencer par Bart De Wever qui avait tenu des propos peu pacifiques à l’égard de ses partenaires. Le coup du roi Philippe lui a permis de se repositionner.

‘Avec Coens et Bouchez comme informateurs, espérons que la piste arc-en-ciel soit hors-jeu’, a-t-il commenté dans un tweet, tout en rappelant qu’une majorité de Flamands n’avaient pas voté pour une politique de gauche. Le nationaliste prend cette fois le soin de ne froisser personne et veut même se montrer ‘constructif’. Sans doute s’est-il rendu compte de son erreur de communication précédente.

De l’autre côté du spectre, Ecolo, qui sort petit à petit de sa boîte et tente de mettre la pression dans l’autre sens. ‘Mission importante confiée par le roi à Coens et Bouchez. Avec Rajae Maouane -coprésidente d’Ecolo – nous sommes à leur disposition pour poursuivre le travail entamé.’

Comprenez par là: ne pas jeter tout le travail de Paul Magnette et poursuivre la voie de l’arc-en-ciel. La veille, il avait eu des mots durs contre un Bart De Wever qui ‘a claqué la porte et jeté la clé dans la Mer du Nord’. Sa nomination comme informateur aurait mené à un ‘chaos’.

Le coprésident d’Ecolo semble avoir été entendu. Mais de manière plus subtile de la part du souverain. Toutes les options restent ouvertes et les négociations ne sont pas complètement bloquées. Reste à savoir ce que chacun veut. C’est un moment crucial en termes de communication. Chaque parti se prépare à tous les scénarios et doit se positionner en fonction.

La N-VA

Frederic Sierakowski / Isopix

C’est sans doute le jeu le plus difficile à lire. Un jeu à trois bandes. Bart De Wever sait qu’il a peu à gagner à se lancer dans une aventure fédérale avec les socialistes. Un mélange qui serait très mal perçu par les électeurs du Vlaams Belang. Un parti qui a mis un terme à l’arrogance de la N-VA le 26 mai dernier.

D’un autre côté, la N-VA veut se distinguer du parti d’extrême droite en se montrant sérieux et responsable. Bart De Wever a-t-il vraiment l’intention de gouverner au niveau fédéral alors qu’il pourrait être dans un fauteuil dans l’opposition, tout en prenant ses responsabilités en Flandre? C’est la question que tout le monde se pose. La politique fédérale pèse encore sur la Flandre. Et puis il ne faudrait pas fâcher des ministrables comme Théo Francken qui serait sans doute vexé de redevenir simple député.

Quoi qu’il en soit, la N-VA se positionne. Montre qu’elle veut en être. Et si ça ne se passe pas bien, elle aura alors tout le loisirs de pointer du doigt l’Open VLD, le CD&V, traîtres à la cause flamande, et les gauchistes du sud du pays. Sa campagne pour des élections anticipées serait lancée.

Le CD&V

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Les démocrates-chrétiens veulent eux que la N-VA, comme premier parti de Flandre, prenne ses responsabilités justement. Et qu’elle se confronte à l’impossibilité de former une coalition avec les partenaires francophones. Il sera à ce moment-là beaucoup plus simple pour eux de se joindre à un arc-en-ciel.

Chaque citoyen du nord ou du sud du pays aimerait que la formation d’une coalition fédérale aboutisse. Mais, paradoxalement, l’opinion flamande n’est pas encore prête à accepter un arc-en-ciel, intellectuels compris. Il faudra faire la démonstration que la N-VA et le PS sont incompatibles, ce qui saute aux yeux de tous au sud du pays.

Le CD&V s’est aussi habilement replacé: de parti qui subit a parti qui devient indispensable. Le CD&V est un peu le faiseur de rois pour le moment. De sa décision dépend le futur de l’arc-en-ciel.

L’Open VLD

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Les libéraux flamands étaient tout proches d’entamer un processus de formation d’un gouvernement avec les socialistes et les écologistes. Mais, très critiqués au nord, ils ne veulent finalement pas vendre leur peau trop facilement.

Les notes successives de Paul Magnette sont encore ‘trop à gauche’. Le parti était divisé sur la question, mais le choix semble désormais fait: reste à l’Open VLD à faire grimper le prix.

Le MR

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Du côté du MR, les lignes ont un peu bougé. Si GLB voulait intégrer la N-VA au processus, ce ne serait plus vraiment le cas. D’après La Libre, le libéral aurait insisté auprès du roi pour que le CD&V reprenne la mission d’information au lieu de Bart De Wever. Une mission que le CD&V a accepté à la condition que le libéral en soit aussi.

Mais le MR sent aussi que l’arc-en-ciel n’est pas mûr au nord du pays, son président consultera donc les autres partis.

Le PS

Frederic Sierakowski / Isopix

Le PS a fait le boulot. Le travail de Paul Magnette a été unanimement apprécié à l’exception de qui vous savez. Le Carolo s’est aussi habilement retiré du jeu, ne voulant pas être le responsable du blocage. Il a par ailleurs renforcé son image au nord du pays.

Sa seule erreur a peut-être été d’écarter le CD&V. C’est en tout cas comme cela que ça a été perçu. Il est maintenant certain que les futurs interlocuteurs arc-en-ciel se montreront plus gourmands et feront pencher la balance à droite.

Ecolo/Groen

Frederic Sierakowski / Isopix

Comme expliqué plus haut, Ecolo plaide pour l’arc-en-ciel depuis le jour 1. Il est clair que les Verts du nord ou du sud ne veulent plus entendre parler de la N-VA.

CDH et DéFI

Ils n’auront pas de rôle majeur à jouer. Le CDH fera peut-être l’appoint de la future majorité, mais le parti indispensable c’est le CD&V. DéFI ne devrait lui pas intégrer une coalition fédérale. Son étiquette FDF (Fronts des Francophones) lui colle encore à la peau au nord du pays, nul besoin d’ajouter encore un peu plus de tensions.