Une barrière de bouée qui apparait du jour au lendemain, puis un plongeur qui vient la découper au couteau. C’est là le dernier symptôme des tensions en mer de Chine méridionale, dont Pékin revendique la souveraineté sur 90% de sa surface. Au grand dam des pays voisins.
La Chine trace des frontières en pleine mer pour s’en approprier les ressources, des plongeurs philippins ripostent : vers une escalade ?

Pourquoi est-ce important ?
La mer de Chine méridionale est une des zones les plus stratégiques de la planète, tant pour ses ressources que pour tout le trafic hauturier incessant qui y transite. C'est aussi une zone où de nombreuses revendications territoriales se font face. En particulier de la part de Pékin, qui revendique 90% de ces eaux comme sa zone maritime exclusive, au grand dam de tous les autres pays qui bordent la mer.Dans l’actualité : après le braconnage à grande échelle et la militarisation d’atolls artificiels, la Chine passe à la vitesse supérieure. Ses garde-côtes ont installé une barrière flottante en pleine mer, le long du Récif de Scarborough. Ce dernier se trouve à 220 km des Philippines, mais la marine chinoise tente d’en interdire l’accès depuis 2012.
Pékin trace des lignes…
- Cette barrière consiste en une chaîne de bouées de 300 mètres de long, destinée à empêcher le passage aux navires de pêche venus des Philippines. Les eaux de la région sont réputées très poissonneuses, ce qui en fait un point stratégique pour Pékin et Manille, mais aussi pour Taipei, qui revendiquent tous les trois la souveraineté sur cet atoll.
- Les gardes-côtes de Manille, ainsi que le Bureau philippin de la pêche et des ressources aquatiques, ont déclaré qu’ils « condamnaient fermement » cette barrière ce dimanche. Le Vietnam, la Malaisie et Taïwan, tous emmêlés dans des conflits similaires avec Pékin, ont également fait part de leurs inquiétudes.
… et Manille répond au couteau
Depuis l’apparition soudaine de cette nouvelle frontière bien tangible, la tension monte entre les deux flottilles de gardes-côtes. Des navires chinois présents ont averti par message leurs homologues philippins qu’ils risquaient de violer une frontière internationale s’ils tentaient de passer. Mais ils ont fini par se replier.
- Ce lundi, si on en croit des images rapportées par les gardes-côtes philippins, ces derniers sont passés à l’action : on y voit un plongeur philippin découper au couteau les filins de cette barrière de bouées, après s’en être approché à bord d’un petit navire de pêche.
- « La barrière constituait un danger pour la navigation, une violation claire du droit international, » a déclaré la garde côtière philippine dans un communiqué ce lundi. Pékin a évidemment riposté en rappelant sa souveraineté revendiquée sur ces récifs.
- À l’heure d’écrire ces lignes, le face-à-face semble continuer. Le dernier communiqué nous vient de Chine : « La garde côtière chinoise a pris les mesures nécessaires conformément à la loi pour arrêter et éloigner l’autre navire et l’opération en question a été menée avec une retenue professionnelle. »
La Chine chez elle partout ?
Vers une escalade ? Pour l’instant, on en reste là, avec quelques bouées et quelques coups de couteau. La situation pourrait-elle dégénérer ? Difficile à dire, mais de nombreux pays expriment leur ras-le-bol face au comportement des Chinois, qui se comportent partout comme dans leurs propres eaux et tentent de mettre les autres pays devant le fait accompli.
- Chine et Vietnam sont régulièrement au bord de l’escalade, avec des atolls fortifiés par les armées respectives pour contrôler la mer.
- Des navires chinois ont été surpris en flagrant délit de pillage d’épaves dans les eaux indonésiennes. Et plus récemment, d’autres ont été vus pêcher illégalement au large de Fukushima, dans les eaux japonaises. Alors que Pékin a établi de lourdes restrictions aux importations de poissons japonais depuis que Tokyo a relâché une partie des eaux traitées de la centrale nucléaire.