« Pas de chantage » et « fin de la naïveté »: l’Allemagne revoit ses politiques commerciales envers Pékin

La Chine est le partenaire commercial numéro 1 de l’Allemagne. Cela crée cependant des dépendances, parfois très lourdes, et Berlin voudrait s’en passer. Des diversifications sont sur la table. L’Allemagne veut aussi mieux examiner les financements chinois dans le pays.

L’Allemagne semble avoir appris sa leçon : être trop dépendant d’un pays pour l’approvisionnement d’un produit essentiel, cela peut s’avérer être un piège. Or, l’Allemagne est fortement dépendante de la Chine, pour tout ce qui concerne les matières premières notamment.

L’objectif de l’Allemagne est de se défaire de cette dépendance. Le ministre de l’Économie, Robert Habeck, a annoncé mardi à Reuters que le pays travaillait sur une nouvelle politique commerciale à suivre envers la Chine. Le mot d’ordre : « plus de naïveté ».

Pékin resterait un partenaire bienvenu, explique le ministre. « Mais l’Allemagne ne peut pas laisser le protectionnisme de Pékin fausser la concurrence et ne va pas se retenir de critiquer les violations des droits de l’homme sous peine de perdre des marchés », ajoute-t-il. Et il ne mâche pas ses mots : « Nous ne pouvons pas nous permettre d’être soumis à un chantage », lance-t-il encore. Par cela, il pointe notamment vers la situation des Ouïghours, une minorité musulmane forcée à vivre dans des camps de concentration (de « rééducation » selon Pékin). La Chine réprimande ceux qui la critiquent sur ce fait, en compliquant le commerce pour les entreprises, par exemple.

Import – export

Mais la tâche de réduction de la dépendance est gigantesque. Depuis six ans, la Chine est le partenaire commercial numéro 1 de l’Allemagne. En 2021 par exemple, les échanges se sont chiffrés à plus de 245 milliards d’euros.

La dépendance va dans les deux sens. D’abord pour l’import : l’Allemagne importe de nombreuses matières premières, tout comme des puces électroniques et des batteries depuis la Chine. En juin, le pays a par exemple importé pour 17 milliards d’euros depuis la Chine. Il faudrait alors diversifier les approvisionnements.

Ensuite, pour les exportations, la Chine est un partenaire important aussi, entre autres pour les voitures. De nombreux secteurs vendent majoritairement à la Chine (9 milliards d’euros d’exportations en juin). Habeck souhaite que l’Allemagne s’ouvre à d’autres marchés. « Si le marché chinois devait fermer, ce qui est peu probable pour le moment… nous aurions des problèmes de vente extrêmes », souligne-t-il.

Financements

Ces nouvelles politiques commerciales « moins naïves » ne concernent pas uniquement la diversification des approvisionnements et des exportations. L’Allemagne veut aussi être plus regardante quant aux financements chinois dans le pays et en Europe.

C’est notamment la Belt and Road Initiative, ou les Nouvelles routes de la soie, qui se retrouve dans le collimateur. En Occident, cette campagne d’investissement et d’influence chinoise pour construire des ports, des routes et des voies ferrées, est souvent vue comme un cadeau empoisonné ou un cheval de Troie.

Dans ce sens, Habeck se dit opposé à un projet de la société chinoise de fret Cosco d’acheter une part dans l’opérateur allemand Hafen Hamburg. Selon lui, ce rachat ne sera pas autorisé.

Ces nouvelles politiques ne sont aujourd’hui qu’en préparation. Une date pour la présentation complète n’a pas encore été annoncée. Reste à voir comment Pékin accueillera ce changement de politique.

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