Ces marques qui ont fait leur mea culpa face au mouvement Black Lives Matter

Isopix

Certains avancent déjà que le mouvement #BlackLivesMatter est le nouveau #MeToo, cette dénonciation des agressions sexuelles et sexistes qui a connu son avènement en 2017. S’il faudra encore patienter avant de connaître l’ampleur des conséquences de ce soulèvement anti-raciste, certaines sont déjà bien visibles. Plusieurs entreprises ont depuis peu fait leurs excuses aux communautés noires pour leurs contenus offensants. Un premier pas.

Vogue

La papesse de la mode Anna Wintour a reconnu la semaine dernière que le magazine Vogue, dont elle est la rédactrice en chef, a été ‘blessant et intolérant’ par le passé. ‘Le magazine n’en a pas fait assez pour faire briller les employés et les stylistes noirs […] j’assume l’entière responsabilité de ces erreurs’, a-t-elle écrit dans un mail au personnel.

Elle s’est aussi directement adressée aux employés noirs, déclarant qu’elle ‘ne peut qu’imaginer ce que vous avez ressenti ces derniers jours. Mais je sais aussi que la douleur, la violence et l’injustice que nous voyons et dont nous parlons existent depuis longtemps. Il est grand temps de le reconnaître et de faire quelque chose pour y remédier.’

Son mea culpa a trouvé un écho sur Twitter, où le hashtag #VogueChallenge s’est retrouvé en tête des tendances. Les twittos y ont allègrement imaginé des couvertures du magazine si celui-ci ne prônait pas une beauté aussi excluante qu’il le fait actuellement.

Volkswagen

Chez le constructeur automobile allemand, les excuses revêtent une forme bien particulière. L’entreprise a fait l’objet d’un véritable backlash après la publication d’une publicité raciste sur Instagram le mois dernier. Celle-ci mettait en scène un homme noir à côté d’une nouvelle VW Golf, manipulé par une main blanche surdimensionnée, qui le pousse ensuite dans un bâtiment portant l’enseigne ‘Petit Colon’.

S’il s’agit d’un véritable café à Buenos Aires, en Argentine, les allusions coloniales de cet établissement accolées à un homme noir, ça ne passe pas. ‘Nous pouvons affirmer que les intentions racistes n’ont joué aucun rôle. Nous avons constaté un manque de sensibilité et des erreurs de procédure’, a déclaré Hiltrud Werner, membre du conseil d’administration de Volkswagen chargé de l’intégrité et des affaires juridiques. La publicité a été retirée le 20 mai.

‘Au nom du conseil d’administration, je voudrais m’excuser formellement d’avoir blessé des personnes en raison d’un manque de sensibilité interculturelle’, a-t-il ajouté. Des excuses qui pourront être considérées comme un peu faiblardes. ‘Cette publicité est de mauvais goût. Elle est profondément raciste. Si profondément qu’on ne sait pas par où commencer’, a commenté ROSAMAG, un magazine en ligne pour les ‘femmes et les amis afro-allemands’. Il en faudra plus pour redorer le blason déjà bien émaillé de Volkswagen, que le désormais ex-CEO Herbert Diess abimait encore à coup de slogan nazi en mars 2019…

L’Oréal

On revient ici dans le domaine de la beauté, mais sur un autre registre. En 2017, l’entreprise française limoge la mannequin britannique Munroe Bergdorf pour avoir exprimé publiquement ses positions anti-racistes. Elle avait publié sur Facebook un post accusant le racisme et la violence des suprémacistes blancs qui manifestaient alors à Charlottesville, en Virginie. L’Oréal s’était empressé de la licencier, sois-disant pour ses commentaires ‘contraires aux valeurs de la marque’, qui prône la diversité et la tolérance envers ‘tous sans distinction de race, d’origine, de sexe et de religion’.

Aujourd’hui, l’entreprise soutient sans complexe le mouvement #BlackLivesMatter sur Twitter. Une hypocrisie que dénonce la mannequin sur le même réseau social. ‘Excusez mon langage mais je suis tellement en colère. Va te faire voir L’Oréal. Vous m’avez laissée tomber lors d’une campagne en 2017 et m’avez jetée aux loups pour avoir parlé du racisme et de la suprématie blanche. Sans aucune précaution, sans hésitation’, dénonce-t-elle.

Pour éteindre cette polémique, la nouvelle présidente de L’Oréal Delphine Viguier a dit ‘regretter la manière dont la situation a alors été gérée il y a plus de 3 ans’. ‘Nous aurions également dû faire davantage pour créer une conversation en faveur du changement, comme nous le faisons actuellement’.

La marque a ensuite proposé à Munroe Bergdorf de revenir au sein du groupe en tant que conseillère pour la nouvelle section britannique en charge de la diversité et de l’inclusion. Une proposition qu’elle a acceptée, ‘dans l’attente de nouveaux départs et d’une nouvelle relation positive avec l’équipe L’Oréal’.

Netflix

Si le géant du streaming n’a pas formulé d’excuses à proprement parlé, il a néanmoins décidé de mettre à l’honneur ses productions provenant d’auteurs noirs ou sensibilisant à des sujets ayant attrait à la communauté noire. Vous pouvez par exemple retrouver sous la catégorie ‘Black Lives Matter’ le documentaire Le 13e, Dans leur regard d’Ava DuVernay, Malcolm X de Spike Lee, Dear White People de Justin Simien, la série Self Made : D’après la vie de Madame C.J. Walker et le film oscarisé en 2017 Moonlight

D’autres entreprises ont également annoncé un soutien similaire au mouvement, notamment sur les réseaux sociaux: les marques de sport Nike, Adidas, Reebok, Puma, mais aussi les géants du divertissement Disney et Hulu. Les entreprises tech Twitter, Facebook, Instagram et Snapchat ont également montré leur soutien sur leurs propres réseaux, tandis que la marque spécialisée dans les jeux vidéo sportifs EaSports a posté un message appuyant la communauté noire.

De manière plus polémique, certaines plateformes ont retiré des œuvres, mais de manière provisoire, pour leur caractère jugé raciste. C’est le cas de Autant en emporte le vent (1949) du service de streaming HBO Max.

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