La traversée du désert de Cathie Wood : de plus en plus d’investisseurs quittent le navire

Grand gagnant de pandémie, le fonds de Cathie Wood, Ark Invest, vit aujourd’hui dans l’ombre de cet exploit. Le contexte de hausses des taux d’intérêt ne lui est pas favorable, mais ce n’est pas tout. Le nombre d’investisseurs à bord est en chute.

Pourquoi est-ce important ?

Cathie Wood est connue comme l'investisseuse qui mise sur les paris gagnants de demain : les technologies "disruptives" du futur, comme elle les appelle. Il s'agit cependant d'entreprises qui ne sont pas toutes rentables aujourd'hui (et ne le seront peut-être jamais). C'est ce qu'on appelle des actifs risqués, ou à forte croissance.

Les faits : les investisseurs retirent leur argent et ferment leur compte.

  • Entre juin et novembre, les investisseurs ont retiré plus d’argent du fonds principal de Cathie Wood, l’Ark Innovation ETF, qu’ils n’y en ont mis. Trois mois sur cette période étaient dans le rouge, avec un retrait net de 76,5 millions d’euros. Rien que le 30 novembre, le retrait net a été de 146 millions de dollars, un des plus importants retraits de l’année. C’est ce qui ressort des données de FactSet, consultées par le Wall Street Journal (WSJ) .
  • Au début de l’année, cependant, il y avait encore une vague d’investisseurs qui entrait dans le fonds, espérant acheter « le creux de la vague ». Import de capital net entre janvier et mai : 1,89 milliards de dollars. Mais ce n’était pas le creux de la vague, le fonds a continué à chuter tout au long de l’année (-63%), quoique plus lentement depuis mai. Certains investisseurs commencent donc à retirer leurs billes.
  • D’autres ferment leurs comptes et quittent complètement l’aventure. Depuis le début de l’année, le nombre de comptes a baissé de 8%, constate le CEO de la société de courtage Webull, Anthony Denier, dans les pages du WSJ. La chute du nombre de comptes a principalement commencé en juillet. Mais l’apport de capital, en net, reste positif, note Webull.

L’essentiel : un fonds qui n’est pas paré contre le contexte actuel, mais pas seulement.

  • Le fonds mise surtout sur les technologies de demain, qui ont souvent peu ou pas de revenus aujourd’hui, mais qui ont des chances d’exploser dans les années à venir (mais il comporte aussi des noms établis comme Tesla). Des actifs risqués, qui le sont encore plus dans le contexte actuel de hausse des taux d’intérêt, et que les investisseurs vont éviter.
  • Voilà une première faiblesse pour le fonds, mais pas uniquement du côté macro. « Le pari était que l’argent gratuit durerait indéfiniment, et il ne semble pas qu’il y ait eu un plan de gestion du risque », estime Jon Burckett-St. Laurent d’Exencial Wealth Advisors.
  • Mais c’est aussi le contenu du fonds qui peut interpeller. Il y a par exemple Zoom, le plus gros morceau du fonds, un outil de visio-conférence. Durant la pandémie, l’action a explosé (prix fois 10 sur l’année 2020), entraînant tout le fonds avec elle (+150% sur l’année 2020, Cathie Wood était une des grandes gagnantes de l’année). Mais depuis, elle est en chute. Même si l’outil est encore utilisé au quotidien, la pandémie est loin. Zoom semble avoir vécu son heure de gloire, et ne sera sans doute plus une solution « disruptive » de demain.
    • Mais Cathie Wood s’enhardit derrière Zoom. Pour 2026, elle voit l’action atteindre au mieux 1.500 dollars et au pire 700, montant qu’elle n’a même pas atteint durant la pandémie. Elle répète régulièrement que le rendement de son fonds est à long terme, et qu’il ne faut pas y chercher du profit à court terme.
  • Mais toujours est-il que le fonds est en chute. Les autres gros morceaux, comme Tesla, qui a perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l’année, ou Exact Science (technologies pour le traitement du cancer), qui n’a pas encore été rentable (-40% depuis le début de l’année), l’entraînent dans leur chute. L’Ark Innovation a perdu 64% depuis le premier janvier, 77% depuis son pic début 2021, et se trouve à son niveau le plus bas en près de cinq ans.

A l’avenir : d’autres risques sont à attendre.

  • A court et à moyen terme, Cathie Wood n’est pas sortie de l’auberge. D’abord, il y a les investissements dans la crypto : Ark Invest continue d’acheter des actions de Coinbase (et en est le deuxième détenteur le plus important) et dans le Grayscale Bitcoin Trust (tous deux en chute d’environ 80% depuis le début de l’année). L’investisseuse reste très optimiste : en 2030, le Bitcoin devrait valoir un million de dollars.
    • Or, le secteur est dans la tourmente, depuis le scandale FTX. De nombreux investisseurs continuent à retirer leurs billes du secteur, faisant craindre le pire aux plateformes d’échange, et par prolongement aux investisseurs qui y sont exposés.
  • A très court terme, il risque d’y avoir de nombreuses ventes des parts des ETF d’Ark. C’est ce que prédit Denier, de Webull. Les investisseurs s’en débarrasseraient notamment pour finir l’année avec des pertes, ce qui est fiscalement déductible. Une vague de ventes, on le sait, fait encore plus chuter le cours d’un actif.
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