Principaux renseignements
- La Russie reste fortement dépendante des produits pharmaceutiques occidentaux malgré ses efforts de découplage.
- Les entreprises locales produisent avec succès des génériques, mais manquent d’innovation de pointe.
- Les risques financiers et les marchés limités font obstacle à une véritable autonomie médicale.
Malgré ses efforts pour réduire sa dépendance aux médicaments étrangers, la Russie reste fortement tributaire des entreprises pharmaceutiques internationales. Près de cinq ans après le début de la guerre en Ukraine, une part importante des dépenses russes en médicaments concerne encore des produits importés. Les fournisseurs issus de pays que Moscou considère comme « inamicaux » continuent notamment de jouer un rôle important. Pour des raisons humanitaires, les produits pharmaceutiques échappent en grande partie aux sanctions internationales.
Un découplage au point mort et des risques pour la sécurité
Les données financières montrent que les médicaments importés ont représenté environ 56 % des dépenses totales en médicaments au cours des huit premiers mois de 2026. Sur cette période, les dépenses ont atteint près de 700 milliards de roubles (environ 7,6 milliards d’euros). Cette part reste proche des 57 % enregistrés en 2022. La dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers n’a donc pratiquement pas diminué. Ce constat ressort des calculs de Bloomberg, basés sur les données du cabinet d’études DSM.
Le Kremlin considère cette dépendance comme un risque pour la sécurité nationale. Le président Vladimir Poutine veut donc développer davantage la production nationale. La stratégie russe en matière de santé pour 2030 vise à ce que 90 % des médicaments figurant sur la liste des médicaments essentiels soient fabriqués dans le pays. Moscou ambitionne également d’atteindre 80 % d’indépendance technologique dans le secteur de la santé.
Les groupes pharmaceutiques internationaux restent dominants
Les classements des principaux fournisseurs montrent à quel point les entreprises étrangères restent présentes sur le marché russe. Des groupes comme les suisses Novartis et Roche, le britannique AstraZeneca et le français Sanofi continuent d’y occuper une place importante. Des entreprises américaines et argentines figurent également parmi les principaux fournisseurs. Seuls quelques producteurs russes ont réussi à intégrer le top 10.
Les chiffres du commerce extérieur confirment cette dépendance persistante. Alors que les exportations européennes vers la Russie ont fortement reculé dans de nombreux secteurs, les produits pharmaceutiques font figure d’exception. Selon les données d’Eurostat, les exportations de médicaments de l’Union européenne vers la Russie ont atteint environ 6,7 milliards d’euros au cours des sept premiers mois de 2026. Cela représente une hausse de près d’un tiers par rapport à la même période un an plus tôt.
Des progrès dans la production de médicaments génériques
Le gouvernement russe a toutefois progressé dans la production de médicaments simples et moins coûteux. Les entreprises locales fabriquent de plus en plus de versions génériques de médicaments dont le brevet a expiré. Des producteurs russes ont ainsi développé des alternatives au rivaroxaban, le principe actif de l’anticoagulant Xarelto de Bayer. Ils ont également mis au point des alternatives à l’Ozempic, le médicament contre le diabète et l’obésité de Novo Nordisk.
La production pharmaceutique globale progresse également. Au cours des sept premiers mois de 2026, la valeur des médicaments fabriqués en Russie a augmenté de 18,5 % par rapport à la même période de l’année précédente. Cette évolution témoigne d’un renforcement des capacités de production locales. Elle ne signifie toutefois pas que la Russie peut fabriquer seule tous les médicaments dont elle a besoin.
Le déficit d’innovation
Le retard reste important dans le domaine des traitements complexes. La Russie dépend encore des technologies et de l’expertise étrangères, notamment pour les médicaments destinés aux maladies auto-immunes, aux maladies rares et au cancer. Le développement de ces traitements biotechnologiques exige des connaissances spécialisées, des infrastructures avancées et des investissements considérables.
Les producteurs russes parviennent de plus en plus à reproduire des médicaments étrangers existants. Le développement de nouveaux traitements innovants représente toutefois un défi bien plus important. En outre, produire des médicaments sur le territoire national ne signifie pas que la Russie est totalement autonome. Le pays dépend toujours fortement de fournisseurs étrangers pour les substances pharmaceutiques actives et les matières premières. Selon des chiffres publiés en octobre 2026, plus de 80 % de ces substances actives proviennent de l’étranger.
Des obstacles structurels à l’autonomie
La transition vers une véritable autonomie médicale se heurte à plusieurs obstacles structurels. Le développement de médicaments innovants coûte cher et comporte des risques importants. Les recherches peuvent durer plusieurs années sans aboutir à un produit commercialisable. Les fabricants russes doivent également faire face à des taux d’intérêt élevés et à un manque de financements à long terme.
Les groupes pharmaceutiques internationaux peuvent répartir les pertes liées à la recherche sur plusieurs marchés. Les producteurs russes dépendent davantage d’un marché intérieur plus limité. Pour résoudre ce problème, les acteurs du secteur proposent de lier directement les contrats publics d’approvisionnement aux investissements dans la recherche. Cette approche permettrait de réduire les risques financiers liés au développement de nouveaux médicaments.(zvm)
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