La France envisage la construction d’un deuxième porte-avions nucléaire de 8 milliards d’euros afin de garantir la disponibilité opérationnelle permanente de sa marine


Principaux renseignements

  • Selon un rapport interne, la France devrait commander un deuxième porte-avions d’ici 2029 au plus tard afin d’éviter des lacunes critiques dans le domaine de l’aviation maritime.
  • L’acquisition de deux navires permet de réduire les coûts industriels de 30 pour cent grâce au partage de la conception et de la main-d’œuvre.
  • Une disponibilité opérationnelle constante élimine la dangereuse dépendance vis-à-vis des bases terrestres étrangères.

La France se trouve à un tournant stratégique crucial pour décider de l’acquisition d’un deuxième porte-avions nucléaire de nouvelle génération. Selon un rapport du député Yannick Chenevard, un engagement doit être pris d’ici 2029 afin de garantir que la nation ne perde pas sa capacité permanente en matière d’aviation embarquée.

Alors que le France Libre est censé remplacer le Charles de Gaulle en 2038, le fait de ne compter que sur un seul navire crée des lacunes dangereuses en matière de disponibilité opérationnelle.

Miser sur un seul porte-avions reste risqué

Les limites d’une flotte composée d’un seul porte-avions ont été clairement mises en évidence lors des périodes de maintenance du Charles de Gaulle. Au cours de l’opération Hamilton en 2018, le navire était indisponible en raison de sa révision à mi-vie, ce qui a contraint la France à lancer des frappes à partir de bases terrestres. Bien que cette opération ait été couronnée de succès, elle a mis en évidence une vulnérabilité : lorsque le seul porte-avions est en cale sèche, la France perd sa capacité à projeter sa puissance depuis la mer pendant de longues périodes.

De plus, le recours à des bases terrestres étrangères comporte des risques politiques et expose le pays à des attaques de missiles à longue portée, alors qu’un porte-avions offre une polyvalence mobile et indépendante.

Conserver une avance technique

La France dispose actuellement d’un avantage technique rare grâce à son système CATOBAR (catapulte et système de freinage). Celui-ci lui permet de lancer des avions de combat lourds et des avions d’alerte précoce. Il s’agit d’une capacité que seuls les États-Unis et la Chine partagent.

Alors que d’autres nations comme l’Inde, le Japon et la Turquie développent leur aviation navale, la France risque de stagner. Le général Fabien Mandon a souligné qu’un moyen de combat disponible seulement 65 pour cent du temps est insuffisant pour répondre aux besoins militaires ; une véritable utilité stratégique exige une disponibilité constante.

Prolonger la durée de vie de Charles de Gaulle

La transition vers le France Libre ne suffira pas à elle seule à résoudre ce problème. Entre sa construction en 2032 et sa mise en service effective en 2038, il n’y aura aucune continuité en termes de capacité opérationnelle.

Bien que la prolongation de la durée de vie du Charles de Gaulle au-delà de 2040 soit théoriquement possible, elle coûterait environ 2 milliards d’euros pour seulement quelques années de service supplémentaires et nécessiterait de nouvelles périodes d’indisponibilité pour le rechargement en combustible nucléaire.

Réduire les coûts

D’un point de vue industriel, commander un deuxième navire d’ici 2029 est une décision financièrement prudente. En tirant parti de la conception et du développement déjà financés pour le premier navire, le coût d’un deuxième porte-avions pourrait être réduit de 30 pour cent, pour un montant total pouvant atteindre 8 milliards d’euros. Ce chiffre est compétitif par rapport à d’autres grands projets navals, tels que les destroyers allemands ou les navires de guerre américains.

Retarder cette décision entraînerait une perte de main-d’œuvre spécialisée et d’infrastructures chez les Chantiers de l’Atlantique, annulant ainsi ces économies d’échelle.

Besoin de personnel supplémentaire

L’intégration d’un deuxième porte-avions ne nécessiterait pas nécessairement la mise en place d’un deuxième groupe de frappe complet. Les navires de soutien, tels que les frégates et les sous-marins, pourraient être partagés entre les deux navires grâce à un double équipage ou à une rotation des affectations. Cependant, l’escadre aérienne devrait être renforcée, avec l’ajout d’environ 12 avions Rafale Marine et de deux E-2D Hawkeye, ainsi qu’une augmentation des effectifs pouvant atteindre 4 000 personnes sur une décennie.

Trois porte-avions

Pour une posture encore plus ambitieuse, l’amiral Christophe Cluzel suggère une flotte de trois porte-avions afin de garantir qu’un navire soit toujours opérationnel, un autre en état d’alerte et le troisième en maintenance. Ce scénario haut de gamme coûterait environ 5 milliards d’euros par an et nécessiterait une augmentation massive du nombre de navires d’escorte et d’aéronefs.

Bien que l’investissement initial se situerait entre 34 et 36 milliards d’euros sur 20 ans, une telle initiative placerait la France dans une catégorie navale à part en Europe.

Date butoir

En fin de compte, la dynamique industrielle créée par France Libre est temporaire. Pour éviter les échecs des précédents projets reportés, la France doit agir d’ici 2029. Ne pas le faire repoussera probablement l’objectif d’une disponibilité permanente des porte-avions au-delà de 2040, laissant les forces armées dépendantes d’un navire coûteux et vieillissant. (fc)

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