Principaux renseignements
- Des messages WhatsApp soulèvent des questions sur la relation entre Didier Reynders et les services de sûreté de l’État belge.
- Une éventuelle ingérence russe et la dissimulation d’alertes sont au cœur de la controverse.
- Cette affaire met en évidence les inquiétudes concernant les conflits d’intérêts politiques au sein des services de sûreté.
Des messages WhatsApp divulgués entre l’ancien commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, et Hugues Brulin, un haut responsable de la Sûreté de l’État belge (VSSE), ont été révélés dans le cadre d’une enquête pénale plus large.
Bien que la procédure judiciaire en cours porte sur des accusations selon lesquelles Reynders aurait blanchi environ 1 million d’euros par le biais de dépôts en espèces et de billets de loterie, ces messages laissent entrevoir une relation plus complexe, dans laquelle des informations concernant les liens de Reynders avec la Russie auraient pu être dissimulées. C’est ce que rapporte EU Observer sur la base de documents auxquels il a eu accès.
Allégations de dissimulation de renseignements
Cette correspondance, qui s’étend de 2019 à 2023, révèle une relation étonnamment informelle entre les deux hommes, qui avaient déjà travaillé ensemble lorsque Brulin occupait le poste de conseiller à la sécurité au sein du cabinet ministériel de Reynders.
Des sources des services de renseignement affirment que Brulin a utilisé sa fonction de directeur du personnel et des technologies de l’information pour protéger Reynders de toute enquête. Plus précisément, il est affirmé que Brulin a orchestré un remaniement du personnel afin d’écarter les agents qui enquêtaient sur une éventuelle collusion de Reynders avec Moscou, mettant ainsi fin à la carrière de ceux qui refusaient de mettre un terme à leurs investigations.
Conflit autour du lanceur d’alerte
Nicolas Ullens, un ancien agent des services de renseignement qui a affirmé que Reynders agissait comme un agent russe, est une figure centrale de cette controverse. Ullens a allégué que Reynders avait sapé la réponse de la Belgique à l’agression russe et protégé des agents illégaux à Bruxelles.
Les SMS divulgués montrent que Brulin et Reynders qualifient Ullens de « dingue » et de « fou », Brulin proposant explicitement d’aider Reynders à lancer une « contre-attaque » contre le lanceur d’alerte. C’est ce que rapporte EU Observer.
Alors que l’équipe juridique de Reynders décrit ces échanges comme des conversations de routine et qualifie les allégations d’Ullens de mensonges, d’anciens responsables du contrôle judiciaire suggèrent que le caractère personnel de ces échanges indique un dangereux non-respect des limites professionnelles et de la hiérarchie.
Influence étrangère et signaux d’alerte
La situation est encore compliquée par les liens entre Reynders et Ernest de Laminne de Bex, un noble belge et dirigeant d’un groupe de réflexion. Des rapports internes du VSSE datant de 2015 identifiaient de Laminne de Bex comme un agent d’influence probable des services de renseignement chinois et russes.
Malgré de nombreux rapports signalant des « signaux d’alerte », ces avertissements auraient été ignorés ou étouffés par des alliés de Reynders. Des messages montrent que de Laminne de Bex se coordonnait également avec Reynders pour faire taire Ullens, qualifiant les allégations du lanceur d’alerte de « non-sens ».
Défaillances systémiques de la culture de sécurité
Selon les experts, ce scandale met en évidence un manque systémique de culture de la sécurité en Belgique, où les nominations politiques conduisent souvent au népotisme et à la nomination de fidèles du parti à des postes sensibles dans les services de renseignement.
En plaçant des « créatures politiques » à des postes de direction, les partis pourraient ainsi protéger les leurs et manipuler l’administration. Alors que les enquêteurs continuent d’examiner les accusations de blanchiment d’argent, la question reste de savoir si ces irrégularités financières étaient liées à la coopération présumée avec des puissances étrangères.
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