Donald Trump modifie la stratégie des États-Unis vis-à-vis de la Chine, mais est-ce vraiment une bonne idée ?


Principaux renseignements

  • Les États-Unis remplacent leur stratégie à long terme visant à contenir la Chine par une diplomatie transactionnelle.
  • Les dirigeants américains démantèlent les réseaux de sécurité régionaux tels que le Quad.
  • Cette stratégie imprévisible risque d’aliéner les alliés et de céder le pouvoir régional à Pékin.

La Maison Blanche a opéré une transformation fondamentale de sa stratégie vis-à-vis de la Chine, en contournant largement les consultations avec ses partenaires internationaux et en évitant tout débat public.

Pendant des années, la politique étrangère américaine s’est articulée autour d’un « pivot vers l’Asie », visant à freiner l’expansion de l’influence mondiale de la Chine. Alors que le premier mandat de Trump avait établi le cadre « indo-pacifique » pour étendre l’empreinte des États-Unis et contenir Pékin, l’administration actuelle semble démanteler ce réseau de sécurité. Ce changement suggère un abandon de l’axe indo-pacifique, ce qui pourrait limiter les efforts visant à contenir la Chine à des outils économiques plutôt qu’à une approche globale en matière de sécurité.

Quad

Cette retraite se manifeste notamment par le changement de nom, en 2026, du Commandement indo-pacifique des États-Unis, qui redevient le Commandement du Pacifique des États-Unis, ce qui implique une posture défensive plus restreinte.

De plus, le Quad — autrefois envisagé comme une pierre angulaire de la sécurité régionale à l’instar de l’OTAN — est désormais considéré par l’administration comme largement hors de propos. Lors d’une visite à Manille en 2026, le sous-secrétaire à la Défense Elbridge Colby a qualifié les anciens objectifs indo-pacifiques d’illusions dépassées de la domination mondiale américaine, alors même que la première administration Trump avait activement cherché à maintenir cette primauté.

Plus le principal théâtre des opérations

Ce revirement politique marque une rupture avec le consensus bipartisan qui considérait un « Indo-Pacifique libre et ouvert » comme essentiel. En 2020, la Chine avait été qualifiée de « principale menace », les responsables la décrivant comme la seule nation capable de défier les États-Unis sur les plans militaire, technologique et politique.

Cependant, les dirigeants actuels ne considèrent plus la région comme un théâtre principal de la concurrence stratégique, mais plutôt comme l’une des nombreuses sphères d’influence. L’approche actuelle privilégie les accords transactionnels à court terme au détriment des alliances stratégiques à long terme défendues tant par la première administration Trump que par celle de Biden.

La diplomatie transactionnelle plutôt que l’endiguement à long terme

La Stratégie de sécurité nationale de 2025 met l’accent sur la réduction des frictions et la recherche d’une coopération relative avec Pékin, ce qui contraste fortement avec l’objectif de confinement à long terme de la stratégie de 2017. Cette préférence pour la conclusion d’accords individuels est évidente dans les conflits commerciaux instables de 2025, qui privilégient les compromis immédiats à la mobilisation d’une coalition de « hard power ».

Bien que des tensions persistent concernant la fiabilité des chaînes d’approvisionnement et la technologie, l’administration ne présente plus explicitement la Chine comme une menace systémique.

Partenariats

Les efforts antérieurs, notamment le « réseau » de partenariats de l’administration Biden et la création de groupements tels que l’AUKUS et l’I2U2, visaient à contrer l’initiative chinoise « Une ceinture, une route ». Ces initiatives cherchaient à renforcer les capacités des alliés régionaux afin d’empêcher l’hégémonie chinoise.

En revanche, la Stratégie de défense nationale de 2026 met désormais l’accent sur le « commerce équitable » et les « relations respectueuses » avec la Chine. Le concept de leadership américain en matière de sécurité en Asie a été remplacé par des exigences de partage des charges entre les partenaires régionaux.

Risques

Lors du Dialogue de Shangri-La de 2026, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a critiqué la tendance de la région à se livrer à des conflits rhétoriques et a exhorté les pays asiatiques à augmenter leurs propres budgets de défense. Sa philosophie « moins de Shangri-La, plus de navires » suggère de privilégier l’expansion navale nationale plutôt que l’engagement diplomatique.

Si des cadres tels que le Quad et l’AUKUS existent toujours, ils sont désormais considérés comme des outils opérationnels plutôt que comme des piliers stratégiques. En adoptant cette posture imprévisible et transactionnelle, les États-Unis risquent de s’aliéner leurs alliés et de céder involontairement leur prééminence régionale à la Chine. (fc)

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