Le tourisme en Corée du Nord n’a pas la cote auprès des Russes, malgré l’accord conclu entre les deux pays


Principaux renseignements

  • Les citoyens russes ne manifestent qu’un intérêt minime pour le tourisme en Corée du Nord, malgré les efforts de promotion du gouvernement.
  • Les pactes de défense stimulent les voyages alors que l’octroi des visas européens est soumis à des restrictions.
  • Les complexes hôteliers de luxe financés par l’État masquent une réalité sinistre faite de travail forcé et de contrôle strict.

Malgré les efforts officiels visant à présenter la Corée du Nord comme une destination de vacances de premier choix, l’intérêt réel des citoyens russes reste minime. Bien que les agences de voyage et les responsables gouvernementaux décrivent ce « royaume ermite » comme un paradis caché, le nombre de visiteurs reste faible.

Les données fournies par Sergueï Krivonosov, membre de la commission du tourisme de la Douma d’État, indiquent que seuls environ 5 000 Russes s’y sont rendus en 2025, avec une légère augmentation prévue à 6 000 pour l’année suivante. Par conséquent, les experts du secteur considèrent cette destination comme un segment marginal du marché russe du voyage. C’est ce qu’écrit The Moscow Times.

Alliances diplomatiques

Cette offensive en faveur du tourisme coïncide avec un tournant stratégique en matière de diplomatie. À la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022, Moscou et Pyongyang ont considérablement renforcé leur alliance. Une visite de Vladimir Poutine en 2024 a débouché sur un pacte de défense qui incluait explicitement le développement du tourisme.

Ce changement intervient alors que les voyages en Europe deviennent de plus en plus restreints pour les Russes en raison du durcissement des politiques en matière de visas Schengen mises en œuvre par l’UE.

Coût

Les options de voyage varient en termes de prix et d’orientation. Les voyages standard à Pyongyang coûtent environ 100 000 roubles (1 000 euros), tandis que les itinéraires plus complets de huit jours — comprenant notamment des visites de la station balnéaire de Wonsan-Kalma — coûtent près de 1 650 euros.

Il convient de noter que certaines agences proposent de légères réductions aux vétérans russes du conflit en Ukraine. Le site de Wonsan-Kalma, ancien aérodrome militaire, a été transformé en complexe de luxe et a été inauguré par Kim Jong-un et sa fille en 2025, suscitant les éloges de responsables russes tels que Sergueï Lavrov.

Au départ de Vladivostok

La logistique de ces voyages reflète souvent les liens étroits qui unissent les deux nations. Les touristes prennent généralement l’avion depuis Vladivostok avec Air Koryo, qui exploite une flotte vieillissante d’avions datant de l’ère soviétique. Une fois dans le pays, les visiteurs sont pris en charge par des guides russophones et suivent des itinéraires stricts.

Certaines agences ont même lancé des forfaits « patriotiques », tels que des voyages programmés à l’occasion de la Journée de l’armée nord-coréenne en 2027, afin de mettre en avant les liens culturels et politiques.

Expériences positives

Les témoignages de voyageurs russes soulignent souvent la qualité surprenante des hébergements, certains les comparant favorablement à des hôtels russes similaires. Ces visiteurs assistent souvent à des manifestations d’amitié organisées par l’État, telles que des chorales militaires interprétant l’hymne national russe.

Même la présence de sites d’essais de missiles balistiques à proximité des zones touristiques est minimisée par les voyagistes, qui insistent sur le fait que les zones de vacances sont sûres et séparées des activités militaires.

Travail forcé

Au-delà de la côte, les promoteurs mettent en avant Samjiyon comme une station de ski moderne. Alors que ce projet est présenté comme un triomphe de l’autosuffisance, les défenseurs des droits de l’homme soulignent que ces projets d’infrastructure de grande envergure ont probablement été réalisés en recourant au travail forcé et dans des conditions de travail oppressives.

Ces sombres réalités sont totalement absentes des brochures des voyagistes, qui continuent de présenter le pays comme un havre accueillant pour ceux qui souhaitent échapper à l’influence occidentale. (fc)

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