Principaux renseignements
- La Belgique investit massivement dans la modernisation de son armée pour faire face aux menaces sécuritaires mondiales.
- La campagne « Prêts. Ensemble » incite les citoyens à constituer des kits d’urgence pour 72 heures.
- Les détracteurs affirment que les crises climatiques exigent une attention plus urgente que les craintes d’une invasion étrangère.
La Belgique consacre actuellement des fonds considérables à la modernisation de son armée en réponse à la détérioration du contexte sécuritaire mondial. Alors que des personnalités politiques telles que le Premier ministre De Wever et le ministre de la Défense Theo Francken soulignent que se préparer à la guerre est le seul moyen de garantir la paix, une question cruciale demeure : la population civile est-elle préparée au même titre que l’armée ?
Alors que les forces armées modernisent leur équipement et leurs tactiques en vue de conflits de haute intensité, la population civile reste vulnérable aux attaques hybrides ou aux perturbations à grande échelle des infrastructures essentielles. Le journal francophone Le Soir a mené l’enquête.
Renforcer la résilience sociétale
Pour combler cette lacune, le Centre national de crise (NCCN) a lancé en avril dernier l’initiative « Prêts. Ensemble ». Cette campagne pluriannuelle vise à renforcer la résilience sociétale en encourageant les Belges à constituer des kits d’urgence leur permettant de subvenir à leurs besoins pendant 72 heures. Le gouvernement recommande de stocker des articles essentiels tels que de l’eau, des denrées non périssables, des lampes de poche et de l’argent liquide, tout en exhortant les citoyens à s’inscrire au système BE-Alert et à se fier aux canaux de communication officiels en cas d’urgence.
Par ailleurs, la stratégie « Shield », récemment approuvée, vise à synchroniser les efforts entre les gouvernements fédéral et régionaux afin de préserver les services essentiels lors d’événements extrêmes en matière de sécurité.
Les citoyens ne sont pas suffisamment préparés
Malgré ces efforts, la Belgique ne dispose pas d’une « culture du risque » profondément ancrée. Les responsables du NCCN ont admis que des enquêtes montrent que les citoyens belges sont largement mal informés et mal préparés par rapport à leurs voisins européens. À l’inverse, des pays comme la Suisse, la Finlande et les États baltes ont depuis longtemps intégré la préparation civile à leur identité nationale. Par exemple, la Suède et la Pologne ont distribué à chaque foyer des guides complets expliquant comment se comporter en temps de guerre.
De son côté, la Lettonie a instauré une formation obligatoire à la défense dans les lycées, et l’Allemagne organise fréquemment des exercices d’alerte à grande échelle impliquant à la fois la population et les infrastructures critiques.
Adapter les modèles internationaux
Si le NCCN reconnaît s’inspirer de ces modèles internationaux, il souligne que la Belgique doit adapter ces stratégies à sa culture sociale propre. Bien qu’aucune simulation à grande échelle ne soit encore prévue, la campagne « Prêts. Ensemble » se poursuivra pendant quatre ans, et le plan « Shield » laisse la porte ouverte à de futurs exercices civils.
Scepticisme des universitaires
Cependant, tous les experts ne voient pas ces mesures d’un bon œil. Christophe Wasinski, professeur de sciences politiques à l’ULB, fait valoir que de telles campagnes visent peut-être davantage à « mettre en scène » une menace qu’à répondre à un besoin concret. Il suggère que l’amplification de la peur du conflit fait écho aux tactiques de la Guerre froide et pourrait avoir pour but de maintenir le soutien politique et industriel aux dépenses militaires.
Selon Wasinski, si les risques sécuritaires sont réels, ils doivent être analysés objectivement, sans exagération. Il soutient que des dangers plus immédiats et plus concrets, tels que la crise climatique et la multiplication des feux de forêt, méritent une attention bien plus urgente que le spectre d’une invasion étrangère. (fc)
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