La Russie recourt à une « création monétaire déguisée » pour financer la guerre en Ukraine


Principaux renseignements

  • La Russie utilise un mécanisme de création monétaire déguisée pour financer sa campagne militaire en Ukraine.
  • Les banques contrôlées par l’État absorbent la dette publique grâce aux liquidités de la Banque centrale afin de contourner les investisseurs privés réticents.
  • Ce cycle caché d’émission monétaire risque d’entraîner une inflation galopante et une instabilité économique.

Pour soutenir sa vaste campagne militaire en Ukraine, le gouvernement russe recourt à une méthode secrète de création monétaire. Les données du Service des renseignements extérieurs ukrainien révèlent que le déficit budgétaire du pays a grimpé à près de 77 milliards de dollars (68 milliards d’euros) au cours des six premiers mois de 2026.

Pour faire face à ces coûts croissants, qui pourraient dépasser les prévisions initiales de pas moins de 64,1 milliards de dollars et porter le déficit annuel à 105,1 milliards de dollars, le ministère des Finances a émis deux nouvelles obligations à taux variable pour un montant total de 19,2 milliards de dollars (près de 17 milliards d’euros), dont les échéances s’étendent jusqu’en 2042.

Les banques contrôlées par l’État

Cette stratégie financière s’appuie sur les banques contrôlées par l’État, qui sont contraintes d’acquérir ces titres en utilisant les liquidités fournies par la Banque centrale. Malgré plusieurs adjudications infructueuses au milieu de l’été, dues à un manque d’intérêt du marché, ces banques ont considérablement élargi leurs portefeuilles d’obligations d’État, qui atteignaient environ 248,1 milliards de dollars en juillet.

Ce montant représente près de 10 pour cent de l’ensemble des actifs détenus par le secteur bancaire.

Un système déguisé d’impression monétaire

Les services de renseignement ukrainiens qualifient ce processus de système masqué d’impression monétaire. En contraignant les entités financières publiques à absorber la dette publique plutôt que de recourir à des emprunts sur le marché libre, le Kremlin peut obtenir un financement immédiat pour l’armée.

Cependant, ce cycle — dans lequel le ministère des Finances émet de la dette, les banques d’État l’achètent et la Banque centrale fournit les fonds nécessaires — transforme de fait la dette publique en un outil d’émission monétaire indirecte, ce qui accroît le risque d’inflation et renforce l’instabilité économique.

Contourner le marché libre

Le recours à l’emprunt imposé par l’État s’explique par la réticence des investisseurs privés à accorder des prêts dans le contexte actuel de taux d’intérêt élevés. En s’appuyant sur des mécanismes bancaires internes, le gouvernement russe masque l’ampleur réelle de son déficit budgétaire.

Les experts avertissent que cette dépendance vis-à-vis du financement de la Banque centrale, plutôt que des opérations de marché transparentes, fait peser un fardeau dangereux sur le système bancaire national.

Des dépenses de défense colossales

L’ampleur de ces dépenses militaires est colossale. Au cours des trois premiers trimestres de 2025, la Russie a alloué 146,4 milliards de dollars (128,6 milliards d’euros) à la défense — soit quatre fois plus qu’en 2021 —, ce qui représente 39 pour cent de l’ensemble des dépenses de l’État.

Pour gérer le déficit de 69,8 milliards de dollars (61,3 milliards d’euros) qui en a résulté pendant cette période, le Kremlin a ordonné aux banques d’État d’absorber 87 milliards de dollars (76,4 milliards d’euros) d’obligations fédérales garanties par la Banque centrale. (fc)

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