L’UE adopte des règles plus strictes concernant les deepfakes, mais les experts craignent des problèmes d’application


Principaux renseignements

  • Les obligations de l’Union européenne imposent aux entreprises technologiques d’étiqueter les médias synthétiques et les deepfakes.
  • La fragmentation technique et l’accès sans frontières à Internet entravent l’application de la loi.
  • Les experts recommandent des stratégies de défense à plusieurs niveaux pour garantir une détection fiable des contenus.

Les nouvelles dispositions de la loi européenne sur l’IA obligent les entreprises technologiques à identifier, à compter de dimanche, les contenus synthétiques et les deepfakes.

Alors que cette législation vise à garantir que les contenus générés par l’IA soient facilement distinguables de la réalité, les spécialistes craignent que des lacunes techniques et l’absence de normes industrielles unifiées n’entravent l’application effective de ces lois.

Le cadre de transparence de l’IA

Pour gérer l’essor de l’intelligence artificielle, l’UE a créé un bureau spécialisé dans l’IA et adopté une réglementation exhaustive il y a deux ans.

L’un des éléments clés de ce cadre juridique est l’introduction d’exigences de transparence pour l’IA générative, telle que ChatGPT et Claude. Ces règles sont particulièrement strictes en ce qui concerne les deepfakes – des manipulations audio ou visuelles très réalistes imitant des personnes réelles – afin d’empêcher le public d’être induit en erreur par des événements ou des déclarations fabriqués de toutes pièces.

Distinguer la satire de la malveillance

La Commission européenne reconnaît qu’il existe une distinction entre l’expression créative et l’utilisation malveillante. Par conséquent, les contenus synthétiques destinés à la fiction, à la satire ou à l’art sont généralement exemptés de ces obligations de divulgation.

Par exemple, alors qu’une image humoristique générée par IA représentant le pape en doudoune a été largement perçue comme une plaisanterie, d’autres applications sont bien plus sinistres. Citons notamment la création sans consentement d’images explicites de célébrités telles que Taylor Swift ou la diffusion de fausses vidéos de dirigeants politiques, comme le président Zelensky, afin de propager de la désinformation en période de conflit.

Mise en œuvre d’un code de bonnes pratiques

Pour lutter contre ces risques, l’UE a proposé un code de bonnes pratiques volontaire. Ce cadre encourage l’utilisation d’étiquettes visibles et de balises lisibles par machine afin d’informer les utilisateurs lorsque le contenu est artificiel.

Ces obligations s’étendent à la fois aux développeurs d’IA et aux utilisateurs professionnels, bien que les particuliers en soient exemptés. La stratégie s’appuie sur un écosystème collaboratif impliquant les réseaux sociaux, les vérificateurs de faits et les entreprises technologiques pour mettre en œuvre des outils de détection.

Obstacles persistants

Malgré ces efforts, plusieurs obstacles importants subsistent. Premièrement, la nature sans frontières d’Internet signifie que les deepfakes produits en dehors de la juridiction de l’UE peuvent facilement s’infiltrer sur le marché européen.

Deuxièmement, il n’existe pas de norme technique universelle en matière d’étiquetage. Les entreprises utilisent diverses méthodes incompatibles entre elles, telles que les métadonnées et le tatouage numérique, ce qui crée un paysage fragmenté.

Enfin, les marqueurs numériques sont souvent instables et peuvent être supprimés lors de la compression ou de l’édition des fichiers.

La nécessité d’une défense à plusieurs niveaux

En raison de ces vulnérabilités, les experts estiment qu’une solution unique est insuffisante. Un rapport technique de la Commission européenne suggère qu’une défense à plusieurs niveaux – combinant de multiples stratégies de marquage et de détection – constitue l’approche la plus efficace.

Alors que l’IA continue d’évoluer rapidement, le succès de la loi sur l’IA dépendra de la capacité de l’UE à adapter ses mécanismes d’application aussi rapidement que la technologie elle-même.

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