La Russie renforce sa position de puissance aurifère : deuxième producteur mondial d’or et détenteur de l’une des plus grandes réserves d’or au monde


Principaux renseignements

  • La Russie entend consolider sa position de deuxième plus grand producteur d’or au monde, avec une production qui devrait atteindre 500 tonnes par an en 2026.
  • Derrière cette industrie aurifère en pleine croissance se cache une stratégie articulée autour de nouveaux projets miniers, d’importantes réserves et d’une banque centrale qui a constitué des réserves d’or pendant des années et qui intègre aujourd’hui ce métal précieux dans sa stratégie financière.
  • Des plus grandes mines d’or au monde aux liens plus étroits avec la Chine, le secteur aurifère russe montre à quel point les matières premières prennent de plus en plus d’importance dans les rapports de force mondiaux.

Alors que l’or joue à nouveau un rôle central à l’échelle mondiale en tant que valeur refuge pour les investisseurs et les banques centrales, la Russie reste l’un des principaux acteurs du marché international de l’or. Le pays occupe toujours la deuxième place du classement mondial des producteurs d’or, derrière la Chine, et prévoit d’augmenter encore sa production dans les années à venir. Parallèlement, de nouveaux gisements d’or sont découverts, les sociétés minières investissent dans leur expansion et le gouvernement œuvre au développement du secteur.

Pourtant, la situation est plus nuancée. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie ne publie plus de chiffres détaillés sur sa production. De ce fait, les estimations officielles et les évaluations indépendantes divergent de plus en plus. Le secteur aurifère russe est en train de devenir un pilier stratégique de l’économie, le pays misant de plus en plus sur la collecte de données en interne et les statistiques régionales afin de mieux cerner l’ampleur et l’évolution du secteur.

La Russie, deuxième producteur mondial d’or

Selon les données du World Gold Council, la Russie a produit environ 330 tonnes d’or en 2024. Le pays est ainsi resté le deuxième plus grand producteur d’or au monde, derrière la Chine, qui en a produit plus de 380 tonnes. D’autres organisations internationales classent également toujours la Russie à cette deuxième place.

Toutefois, les prévisions pour 2025 et les projections pour 2026 laissent entrevoir des chiffres nettement plus élevés. Le ministre russe des Ressources naturelles, Alexander Kozlov, a déclaré avant le Forum économique international de Saint-Pétersbourg à TASS que la production d’or en 2025 devrait s’élever à 480 à 485 tonnes. Pour 2026, son ministère table sur une production comprise entre 480 et 500 tonnes.

Si ces prévisions se concrétisent, cela représentera une hausse de près de 50 pour cent par rapport aux derniers chiffres de production rendus publics. La Russie renforcerait ainsi encore davantage sa position parmi les principaux producteurs d’or mondiaux.

Des analystes indépendants émettent des réserves

Les prévisions optimistes du gouvernement russe ne font toutefois pas l’unanimité. Moscou ne publiant plus de statistiques de production détaillées depuis l’instauration des sanctions occidentales, les chercheurs indépendants doivent se fier aux chiffres régionaux et aux données des entreprises.

Le cabinet d’études Metals Focus estime la production d’or russe pour 2025 à environ 345 tonnes. Mikhail Leskov, rédacteur en chef de la revue spécialisée Gold and Technologies, arrive lui aussi, sur la base de la production dans les principales régions minières, à un total compris entre environ 363 et 368 tonnes.

Selon plusieurs analystes, cet écart ne signifie pas nécessairement que les chiffres soient erronés. En Russie, différentes définitions sont utilisées pour la production d’or. Certaines estimations concernent exclusivement l’or extrait directement des mines, tandis que d’autres peuvent également inclure l’or raffiné ou les volumes recyclés. De plus, dans certains cas, des minerais provenant de pays voisins sont traités en Russie, ce qui peut influencer davantage les statistiques.

Malgré ces estimations divergentes, la tendance générale ne fait guère l’objet de débats. Tant le gouvernement russe que les chercheurs indépendants s’attendent à ce que la production continue d’augmenter dans les années à venir.

De nouvelles découvertes renforcent ces perspectives

Cette perspective est soutenue par une année d’exploration exceptionnellement active. En 2024, 229 nouveaux gisements d’or ont été découverts en Russie, soit le nombre le plus élevé de ces dernières années.

Selon le ministère russe des Ressources naturelles, les réserves totales d’or ont ainsi augmenté de 804,6 tonnes. La plus grande découverte a été le gisement de Drevny, dans la région de Magadan, où l’on estime la présence d’environ 104 tonnes d’or.

Les mines existantes ont également permis de découvrir des réserves supplémentaires grâce à la poursuite des études géologiques. Sur une période de cinq ans, les réserves aurifères russes ont augmenté d’environ 4 560 tonnes, selon le ministère. Ce chiffre représente plus du double de la production d’or sur la même période.

Le ministre Kozlov souligne à cet égard la hausse des investissements du secteur privé. Selon lui, les dépenses privées consacrées à l’exploration aurifère sont passées de 48,4 milliards de roubles (550 millions d’euros) en 2022 à plus de 80 milliards de roubles en 2024 (910 millions d’euros). Par ailleurs, des gisements d’or supplémentaires ont été découverts au Bachkortostan et dans la région de Sverdlovsk dans le cadre de programmes gouvernementaux.

À plus long terme également, les analystes s’attendent à une poursuite de la croissance. Metals Focus estime que de nouveaux projets soutiendront la production dans les années à venir. L’un des projets les plus importants est celui de Sukhoi Log, l’un des plus grands gisements aurifères encore inexploités au monde. Ce projet est développé par Polyus, le plus grand producteur d’or de Russie, et devrait permettre de plus que doubler la capacité de production de l’entreprise d’ici la fin de cette décennie.

Les principales régions productrices d’or de Russie

L’exploitation aurifère russe est concentrée dans quelques régions qui constituent depuis des années l’épine dorsale du secteur.

La région de Krasnoïarsk occupe une place prépondérante, suivie par la Yakoutie, la région de Magadan, Khabarovsk et l’oblast (région administrative) d’Irkoutsk. Plusieurs des plus grandes mines du pays se trouvent dans ces régions, qui, ensemble, assurent la majeure partie de la production nationale.

Les autorités régionales continuent également de se fixer des objectifs ambitieux. Ainsi, la Yakoutie souhaite porter à terme sa production annuelle d’or à 70 à 75 tonnes grâce au développement des mines d’or. La Tchoukotka a par ailleurs réussi à maintenir sa production à environ 24,5 tonnes d’or en 2025.

Les cinq plus grandes mines d’or de Russie

La domination de la Russie sur le marché mondial repose en grande partie sur un nombre limité de très grandes mines. Selon la base de données de GlobalData, les cinq sites suivants comptent parmi les plus grandes mines d’or du pays.

Olimpiada

La mine d’Olimpiada, située dans la région de Krasnoïarsk, est de loin la plus grande mine d’or de Russie. Cette mine à ciel ouvert appartient à Polyus et a produit, selon les estimations, 1,17 million d’onces d’or en 2023. Selon le calendrier actuel, la mine restera en activité au moins jusqu’en 2035.

Natalka

La mine de Natalka, située dans la région de Magadan, appartient également à Polyus. Avec une production de près de 499 000 onces en 2023, elle constitue l’un des piliers majeurs de l’exploitation aurifère russe. L’exploitation de la mine est actuellement prévue jusqu’en 2043.

Blagodatnoye

Blagodatnoye, également propriété de Polyus, est située dans le kraï de Krasnoïarsk et a produit près de 435 000 onces d’or en 2023. Selon les prévisions actuelles, la mine restera en activité jusqu’en 2038.

Kupol et Dvoinoye

Les mines souterraines de Kupol et Dvoinoye, situées dans la région autonome de Tchoukotka, appartiennent à Highland Gold Mining. Ensemble, elles ont produit environ 373 000 onces d’or en 2023. Selon le calendrier actuel du projet, leur exploitation se poursuivra jusqu’en 2026.

Verninskoye

La cinquième plus grande mine d’or de Russie est Verninskoye, située dans l’oblast d’Irkoutsk. Cette mine à ciel ouvert appartient également à Polyus et a produit plus de 332 000 onces d’or en 2023. Selon les prévisions actuelles, la mine dispose de réserves jusqu’en 2038 au moins.

Polyus reste l’acteur dominant

La position forte de Polyus se reflète également dans ses résultats d’exploitation. Selon Mikhail Leskov, les dix plus grandes sociétés aurifères russes ont produit ensemble environ 248 tonnes d’or en 2024, soit environ 72 pour cent de la production nationale totale.

Polyus est resté de loin le leader du marché et a augmenté sa production d’environ 7 pour cent pour atteindre 93,4 tonnes. Parallèlement, le secteur poursuit sa consolidation. Plusieurs actifs ont changé de mains ces dernières années, les grands producteurs se concentrant sur leurs projets phares tandis que les entreprises de taille moyenne se voient offrir des opportunités de renforcer leur position.

Selon M. Leskov, cette consolidation a pour conséquence que les cibles de rachat intéressantes se font plus rares, tandis que la valeur des actifs miniers de qualité continue d’augmenter.

La combinaison de nouvelles découvertes, d’investissements soutenus et de grands projets de développement indique que la Russie entend conserver sa position dans l’industrie mondiale de l’or au cours des prochaines années. La question de savoir si la production évoluera effectivement vers les 500 tonnes dépendra de la réalisation de nouveaux projets ainsi que de la mesure dans laquelle les chiffres de production futurs pourront à nouveau être vérifiés de manière indépendante.

La Russie utilise l’or comme réserve stratégique

Outre sa position parmi les plus grands producteurs d’or au monde, la Russie dispose également de l’une des plus importantes réserves officielles d’or. La Banque centrale russe figure parmi les cinq plus grandes banques centrales au monde en termes de réserves d’or et a constitué, au cours des deux dernières décennies, un stock considérable de ce métal précieux.

Selon les données du World Gold Council, la Banque de Russie détient environ 2 332 tonnes d’or, ce qui place le pays au cinquième rang mondial. La Russie a choisi de stocker l’intégralité de ses réserves physiques d’or à l’intérieur de ses propres frontières. Environ deux tiers de ces réserves se trouvent dans un bâtiment bancaire à Moscou, tandis que le reste est conservé à Saint-Pétersbourg.

Les réserves d’or russes se composent principalement de gros lingots pesant entre 10 et 14 kilogrammes. La banque centrale détient également des lingots de plus petite taille.

D’un grand acheteur d’or à un vendeur

La position actuelle de la Russie en matière d’or est le résultat d’une stratégie menée depuis de nombreuses années. Depuis environ 2007, la banque centrale a acheté d’importantes quantités d’or, en particulier entre 2015 et 2020. Au cours de ces années, Moscou a considérablement augmenté ses réserves d’or dans le cadre d’une diversification plus large de ses réserves.

Selon les données du secteur, la Russie a acheté plus de 2 300 tonnes d’or entre 2005 et 2020. Cette accumulation a permis au pays d’aborder la période de sanctions internationales avec l’une des plus importantes réserves officielles d’or au monde.

La situation a toutefois évolué récemment. Alors que la banque centrale russe avait été principalement acheteuse pendant des années, elle a récemment commencé à vendre de l’or provenant de ses réserves.

La valeur des réserves d’or de l’État russe a baissé en juin 2026 pour le sixième mois consécutif. Selon les chiffres de la banque centrale, cette valeur est passée sous la barre des 300 milliards de dollars pour s’établir, fin juin, à environ 298,99 milliards de dollars (261,55 milliards d’euros).

En termes physiques, la banque centrale a réduit ses stocks d’or de 27,9 tonnes entre janvier et avril 2026. Au 1er avril, les réserves officielles d’or s’élevaient, selon la banque centrale, à environ 2 304,76 tonnes.

Pourquoi la Russie vend-elle de l’or ?

Selon des analystes russes et internationaux, la vente d’or s’inscrit dans le cadre de la gestion des finances publiques. La banque centrale vend de l’or parallèlement à des opérations de cession d’actifs provenant du Fonds national de prospérité.

Selon Natalia Milchakova, de Freedom Finance Global, ces ventes servent avant tout à combler le déficit budgétaire. Selon elle, ce déficit s’élevait à 4 600 milliards de roubles (50,3 milliards d’euros) fin mars.

Par ailleurs, selon l’analyste, ces ventes pourraient servir à reconstituer les réserves de devises étrangères. La baisse des recettes d’exportation aurait entraîné, selon elle, un déficit en devises étrangères. Une partie de l’or vendu aurait été convertie en yuans, d’après cette analyse.

Cette vente ne signifie pas que la Russie perd son statut de grand détenteur d’or. Malgré la récente baisse, le pays continue de disposer de l’une des plus importantes réserves officielles d’or au monde.

L’or joue un rôle croissant dans l’économie russe

L’intérêt pour l’or en Russie a fortement augmenté ces derniers temps. Selon les données de la Bourse de Moscou (MOEX), le volume des transactions sur l’or au cours d’un mois récent était supérieur de plus de 350 pour cent à celui de l’année précédente.

Au total, 42,6 tonnes d’or ont été négociées, dont 28,6 tonnes via des opérations de swap et 14 tonnes via des transactions directes. En roubles, la hausse a été encore plus marquée en raison de la dépréciation de la monnaie russe : la valeur des transactions a augmenté d’environ 500 pour cent, pour atteindre 534,4 milliards de roubles (6,11 milliards d’euros).

Les consommateurs manifestent également un intérêt accru pour l’or physique. Au troisième trimestre 2025, les résidents russes ont acheté 19,6 tonnes d’or sous forme de lingots et de pièces, soit le niveau le plus élevé depuis le début des relevés en 2014.

Sur l’ensemble de l’année 2024, les consommateurs russes ont acheté 75,6 tonnes d’or. Cela représentait environ un quart de la production annuelle d’or en Russie.

Le rôle de l’or par rapport au rouble

L’or joue également un rôle dans le débat sur la position de la monnaie russe. En 2022, la Russie a indexé le rouble sur l’or. Selon Robert Huish, l’objectif était de rapprocher la monnaie d’une forme d’étalon-or, afin de rendre le rouble moins dépendant des devises traditionnelles et de lui conférer un rôle plus important en tant qu’alternative adossée à l’or.

Cette mesure illustre l’importance stratégique que la Russie accorde à l’or. Ce métal précieux n’est pas seulement considéré comme une matière première destinée à l’exportation, mais aussi comme un instrument s’inscrivant dans la gestion plus large des réserves financières.

La Chine prend de plus en plus d’importance

Les relations entre la Russie et la Chine jouent un rôle de plus en plus important dans le secteur de l’or. La Chine est non seulement le plus grand producteur d’or au monde, mais elle figure également parmi les principaux acheteurs de métaux précieux russes.

Selon des données rapportées par Bloomberg, la valeur des importations chinoises de minerais et de concentrés de métaux précieux russes, dont l’or et l’argent, a augmenté de 80 pour cent au cours du premier semestre 2025, pour atteindre environ 1 milliard de dollars (875 millions d’euros).

Cette hausse a été en partie soutenue par la hausse des cours de l’or. Le cours international de l’or a fortement augmenté en raison des incertitudes géopolitiques, des achats effectués par les banques centrales et d’une demande accrue d’actifs refuges.

Les sociétés minières russes renforcent également leur présence sur le marché chinois. Ainsi, MMC Norilsk Nickel, l’un des plus grands producteurs mondiaux de palladium et de platine, a augmenté ses exportations vers la Chine.

Pour la Russie, la Chine constitue un débouché important pour les métaux précieux. Parallèlement, la Chine reste elle-même un acteur dominant sur le marché mondial de l’or, tant en tant que producteur qu’en tant qu’acheteur via sa banque centrale.

Un secteur d’importance stratégique

Le secteur aurifère russe se situe à la croisée de l’exploitation minière, du commerce international et de la politique financière. Le pays dispose d’importantes réserves naturelles, d’une industrie minière développée et d’une banque centrale possédant l’une des plus grandes réserves d’or au monde.

La hausse prévue de la production, qui devrait atteindre 480 à 500 tonnes en 2026, devrait consolider encore la position de la Russie en tant que deuxième plus grand producteur d’or. Parallèlement, les récentes ventes d’or de la banque centrale montrent que ce métal est désormais aussi utilisé comme instrument financier.

Avec la Chine, premier producteur mondial et partenaire commercial majeur, l’or reste l’un des secteurs dans lesquels la Russie joue un rôle important sur la scène internationale. Au cours des prochaines années, ce sont surtout le développement de nouveaux projets miniers, l’évolution de la production et les changements à venir dans le commerce mondial de l’or qui détermineront dans quelle mesure cette position continuera à se renforcer.

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