Le président serbe Vucic démissionne après des mois de manifestations


Principaux renseignements

  • Le président Vučić prévoit de démissionner afin de reprendre le pouvoir exécutif direct en tant que Premier ministre.
  • Les manifestants rejettent cette manœuvre stratégique, qu’ils qualifient de stratagème politique trompeur.
  • La contestation urbaine se heurte au soutien rural contrôlé par l’État.

Au terme d’une période de dix-huit mois marquée par des troubles civils généralisés, le président serbe Aleksandar Vučić a annoncé son intention de démissionner. Cette annonce a été faite lors d’un rassemblement massif de ses partisans à Belgrade. Il reste en fonction pendant encore quelques semaines. Cependant, cette décision est considérée par les experts comme une manœuvre stratégique plutôt que comme une véritable concession envers la population.

Un glissement stratégique du pouvoir

Selon le correspondant dans les Balkans Marcel van der Steen, la démission de Vučić n’est pas une surprise. Le président a l’intention de reprendre le poste de Premier ministre, fonction qu’il a déjà occupée de 2014 à 2017. La présidence serbe étant essentiellement honorifique, ce retour au poste de Premier ministre permettrait à Vučić de retrouver un pouvoir exécutif direct.

En démissionnant maintenant, il tente de donner l’impression de répondre aux revendications des manifestants sans pour autant modifier son programme politique.

Une opposition tenace et de nouveaux défis

Cependant, cette tactique n’a pas réduit l’opposition au silence. Les manifestations se poursuivent à Belgrade et dans d’autres villes, les détracteurs qualifiant cette manœuvre de stratagème politique qui ne répond pas aux enjeux fondamentaux de leur combat. Le parti SNS de Vučić reste populaire dans certains sondages. Cependant, les manifestations en cours ont considérablement affaibli sa position. De plus, les mouvements menés par les étudiants dans les centres urbains prévoient de former leur propre parti politique. Ça pourrait constituer un sérieux défi lors des prochaines élections.

Le fossé entre zones urbaines et rurales

Un fossé profond sépare les populations urbaines et rurales de Serbie. Dans les villes, l’enseignement supérieur et la connectivité mondiale alimentent la contestation. À l’inverse, dans les zones rurales, le gouvernement exerce un contrôle strict par le biais de la télévision d’État, qui constitue la principale source d’information et fait fréquemment la promotion de Vucic.

Perspectives d’avenir en matière de gouvernance

Si Vučić parvient à revenir au poste de Premier ministre, les analystes s’attendent à une centralisation accrue du pouvoir, à l’image du style de gouvernance de Viktor Orbán en Hongrie. Ayant déjà contrôlé le gouvernement en nommant des Premiers ministres dociles alors qu’il occupait la présidence, Vučić devrait renforcer son emprise sur l’État afin de réprimer l’opposition. On prévoit qu’il fixera la date des prochaines élections entre septembre et novembre afin de maximiser son propre avantage politique.

(mv)(fc)

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