Principaux renseignements
- Les autorités internationales ont démantelé un réseau de trafic qui expédiait illégalement 4 200 tonnes de déchets textiles de l’Italie vers la Turquie.
- Le crime organisé génère des profits illicites en étiquetant de manière trompeuse des matières dangereuses afin d’échapper aux coûts élevés du recyclage.
- Les pays de l’UE réclament désormais des réglementations plus strictes pour lutter contre la « fast fashion » et la mauvaise gestion systémique des déchets.
Une opération conjointe menée par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), les douanes turques et les carabiniers italiens a permis de démanteler un important réseau de trafic illégal qui exportait 4 200 tonnes de déchets textiles de l’Italie vers la Turquie.
Ce trafic concernait principalement des matériaux riches en fibres acryliques, réputées difficiles à traiter et pouvant persister dans l’environnement pendant deux siècles. Afin de contourner les réglementations coûteuses en matière d’élimination des déchets et les obligations environnementales, les auteurs auraient faussement étiqueté les cargaisons.
Fraude à grande échelle
L’ampleur de la fraude s’est révélée plus vaste lors d’inspections conjointes menées en Turquie. Au-delà de l’envoi initial, les autorités ont découvert 2 100 tonnes supplémentaires de déchets dans un entrepôt de recyclage non conforme, ainsi que 768 tonnes de textiles italiens mal étiquetés en attente d’une élimination illégale au port de Mersin.
En Italie, cette opération a donné lieu à des perquisitions à Brescia, où les autorités ont saisi une flotte de véhicules de transport, des locaux d’entreprise et environ 12 millions d’euros d’actifs.
Petr Klement, directeur général de l’OLAF, a souligné que ces activités frauduleuses permettent aux réseaux de criminalité organisée de générer des profits illicites en se soustrayant aux coûts de recyclage. Il a insisté sur la nécessité d’une coopération mondiale pour contrecarrer les crimes environnementaux qui menacent à la fois la stabilité écologique et l’intégrité économique.
Crise européenne des déchets textiles
Cet incident met en évidence une crise plus large au sein de l’UE, où le chiffre d’affaires colossal de l’industrie de l’habillement est contrebalancé par la difficulté à gérer les déchets textiles. En 2019, seuls environ 20 pour cent des 12,6 millions de tonnes de déchets textiles européens ont été collectés en vue de leur recyclage ou de leur réutilisation, le reste étant souvent destiné aux incinérateurs ou aux décharges des pays du Sud.
Pour lutter contre ce phénomène, la Commission européenne met en œuvre dès 2025 des règles plus strictes en matière de gestion des déchets afin d’empêcher l’exportation de déchets déguisés en produits réutilisables.
Fast fashion
Parallèlement à ces efforts de mise en application, la France et quatre autres pays de l’UE militent en faveur de politiques plus énergiques contre la « fast fashion ». Cette coalition fait valoir que les modèles économiques utilisés par des plateformes telles que Temu et Shein encouragent une consommation non durable et submergent les infrastructures de gestion des déchets.
Elle exhorte la Commission à renforcer la surveillance des places de marché en ligne, à combler les lacunes réglementaires de la loi sur l’économie circulaire et à mettre en œuvre des systèmes de responsabilité des producteurs plus stricts afin de favoriser un système de recyclage circulaire.
(at)
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