Principaux renseignements
- L’assouplissement des sanctions apporte à l’Iran les capitaux nécessaires à la revitalisation de l’industrie militaire nationale iranienne.
- Téhéran souhaite conserver des moyens suffisants pour rendre tout nouveau conflit régional inabordable pour les États-Unis ou Israël.
- Des partenariats mondiaux avec la Chine, la Russie et la Corée du Nord lui permettent de s’assurer l’approvisionnement en pièces essentielles et en savoir-faire.
Selon le chercheur Andrew Latham, le principal risque lié à l’assouplissement des sanctions contre l’Iran n’est pas l’acquisition d’armements étrangers de grande envergure, mais plutôt la relance de la production militaire nationale. Si les autorisations temporaires accordées par les États-Unis concernant les exportations de pétrole et le déblocage des fonds gelés ne suffiront peut-être pas à transformer Téhéran en superpuissance mondiale, elles fournissent néanmoins les capitaux nécessaires pour redresser les secteurs en difficulté des drones, des missiles et de la défense aérienne. Cette reprise est encore renforcée par les données de combat russes, l’expertise nord-coréenne en matière de contrebande et les réseaux industriels chinois.
Gains financiers inattendus
La situation actuelle a dépassé le stade de la simple spéculation, les États-Unis ayant mis en place des licences à court terme pour les transactions bancaires, d’assurance et pétrolières iraniennes. De plus, des milliards d’actifs gelés sont en train d’être débloqués, et un canal de communication a été établi pour garantir la sécurité dans le détroit d’Ormuz. Alors que les critiques politiques se concentrent sur la question de savoir si l’Iran est injustement récompensé, la préoccupation stratégique porte sur la manière dont ces fonds seront utilisés pour reconstruire les capacités militaires.
Téhéran ne cherche pas à défier la marine américaine ou l’armée de l’air israélienne dans un conflit frontal traditionnel. Sa stratégie consiste plutôt à disposer d’un nombre suffisant d’outils de perturbation — tels que des mandataires et des missiles — pour garantir que toute action militaire menée par Washington ou Jérusalem ait un coût prohibitif. L’objectif n’est pas de posséder une arme spécifique, mais de conserver la capacité industrielle nécessaire à leur production.
Missiles, drones, défense antiaérienne et le détroit d’Ormuz
Les missiles restent la pierre angulaire de cette stratégie, permettant à l’Iran de menacer les capitales et les infrastructures régionales sans avoir besoin de la supériorité aérienne. Les drones constituent un outil complémentaire et peu coûteux pour exercer une pression par l’intermédiaire de mandataires. De plus, les défenses aériennes sont devenues une priorité ; les conflits récents ont montré que la capacité de frappe est inutile si l’Iran ne peut pas protéger ses propres centres de commandement et ses réseaux de radars contre les campagnes aériennes ennemies.
L’accent mis sur le détroit d’Ormuz souligne également une réalité stratégique. En négociant un passage sûr, l’Iran tire parti de son contrôle sur cette voie navigable étroite, qu’il maintient grâce à une combinaison de vedettes rapides, de mines et de missiles côtiers. Téhéran ne cherche pas à obtenir une domination navale totale, mais plutôt à créer suffisamment d’instabilité pour conserver son influence sur la scène internationale.
La Chine, la Russie et la Corée du Nord
La Chine joue un rôle central en tant que principal fournisseur de la chaîne d’approvisionnement nécessaire. Plutôt que de s’appuyer sur des traités officiels, l’Iran compte sur Pékin pour le « bric-à-brac commercial » — capteurs, puces et machines-outils — qui permet de déguiser les achats militaires en commerce ordinaire. Ce flux clandestin de pièces est bien plus difficile à surveiller que la vente d’un seul avion de chasse.
La Russie apporte une valeur d’un autre ordre : une expérience pratique, durement acquise lors du conflit en Ukraine. Les difficultés rencontrées par Moscou en matière de guerre électronique et de saturation par les drones constituent un véritable laboratoire grandeur nature pour l’Iran. Indépendamment de leur confiance mutuelle, Téhéran apprécie l’expertise russe en matière d’intégration des systèmes de défense aérienne et de gestion d’un appareil militaire soumis à de lourdes sanctions.
La Corée du Nord apporte un ensemble de compétences spécialisées en matière de survie et de contournement des sanctions. La capacité de Pyongyang à faire progresser son programme de missiles malgré un isolement international extrême offre à l’Iran un modèle pour maintenir son arsenal même si des sanctions venaient à être réimposées soudainement.
Au-delà de la question nucléaire
Alors que les États-Unis continuent de se concentrer sur la surveillance des ambitions nucléaires de l’Iran, la menace plus large ne se limite pas aux armes atomiques. Un Iran non nucléaire disposant d’usines de missiles remises à neuf, d’une flotte de drones renforcée et d’une stratégie affinée pour perturber le détroit d’Ormuz peut toujours provoquer des crises géopolitiques et exercer une pression sur les alliés américains.
En fin de compte, le danger ne réside pas dans un seul achat important, mais dans la restauration progressive de la base industrielle iranienne. Les fonds débloqués agissent comme de l’oxygène pour un système en sommeil, permettant de rémunérer les courtiers et les ingénieurs nécessaires au redémarrage des chaînes de montage. La menace la plus importante n’est pas l’arrivée visible d’un missile étranger, mais la réouverture discrète des ateliers qui les construisent. (fc)
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