Principaux renseignements
- Christine Lagarde, présidente de la BCE, promeut l’euro numérique pour briser la domination du dollar américain dans les paiements mondiaux.
- Les stablecoins privés menacent la stabilité financière et entravent la transmission de la politique monétaire.
- Le déploiement de la monnaie numérique officielle devrait attendre 2029.
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), défend l’euro numérique comme le mécanisme essentiel pour contester la domination mondiale des stablecoins indexés sur le dollar américain dans les paiements.
Alors que certaines institutions financières prônent les stablecoins privés basés sur l’euro, Lagarde estime que ceux-ci ne constituent pas des substituts suffisants. Les données actuelles du marché mettent en évidence un écart considérable, les stablecoins en dollars étant évalués à environ 317 milliards de dollars (environ 273,2 milliards d’euros), tandis que leurs équivalents en euros restent inférieurs à 1 milliard.
Risques liés aux stablecoins privés
Lors d’un forum organisé en mai à la Banque d’Espagne, Lagarde a écarté la viabilité des stablecoins en euros, invoquant leur instabilité en période de turbulences financières et leur capacité à entraver la transmission des taux d’intérêt de la BCE. Elle a cité le découplage de l’USDC en 2023, à la suite de l’effondrement de la Silicon Valley Bank, comme un excellent exemple des failles inhérentes à l’architecture des stablecoins.
Lagarde a en outre averti que si ces actifs remplaçaient à grande échelle les dépôts bancaires traditionnels, cela entraverait les prêts aux entreprises et la réactivité de l’économie aux changements de politique. Comme alternative plus sûre et compatible avec la blockchain, elle a suggéré d’utiliser des dépôts bancaires commerciaux tokenisés pour atténuer le risque de panique bancaire.
Façade de stabilité
Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a fait écho à ces préoccupations lors d’une conférence organisée en juin à Séoul. Elle a comparé les stablecoins actuels aux fonds monétaires des années 1970, suggérant que les uns comme les autres offrent une façade de stabilité tout en masquant une fragilité sous-jacente.
Schnabel a averti que la prévalence des actifs adossés au dollar renforce l’hégémonie monétaire américaine grâce à des avantages de premier entrant et à des effets de réseau plutôt qu’à la force économique, ce qui pourrait marginaliser l’euro dans l’avenir de la finance mondiale tokenisée.
Calendrier de mise en œuvre
Malgré l’impulsion stratégique, l’euro numérique n’est pas encore prêt à être déployé. Selon certaines informations, un programme pilote d’une durée d’un an impliquant un groupe restreint de commerçants et de banques ne débutera pas avant le second semestre 2027, et une émission à grande échelle est peu probable avant 2029. Bien que le Parlement européen ait approuvé le cadre de l’euro numérique – en mettant l’accent sur les capacités en ligne et hors ligne – , Lagarde souhaite que le système s’appuie sur une infrastructure européenne afin de réduire la dépendance vis-à-vis des géants américains des paiements tels que Mastercard et Visa.
Divisions internes
Cependant, la vision de Lagarde n’est pas unanimement acceptée. La Commission européenne et divers États membres, notamment la France, considèrent les stablecoins comme un moyen légitime d’accroître le prestige mondial de l’euro.
De plus, des détracteurs tels que l’ancien directeur général de la BCE, Ulrich Bindseil, ont fait valoir que le cadre réglementaire MiCA est trop restrictif et pourrait éloigner l’innovation en matière de stablecoins de l’Europe. De même, Michael Theurer, de la Bundesbank, a suggéré que les stablecoins et les dépôts tokenisés constituent des éléments essentiels du paysage financier, malgré les risques associés.
(at)(fc)
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