L’UE s’engage dans une réforme systémique pour réduire l’écart économique avec les États-Unis


Principaux renseignements

  • L’UE doit intégrer ses marchés pour éviter un écart économique de plusieurs milliers de milliards d’euros avec les États-Unis.
  • Des investissements stratégiques dans l’IA et la défense garantiront la souveraineté mondiale de l’Europe.
  • Les différends politiques sur la dette et l’identité menacent ces réformes structurelles essentielles.

L’Union européenne prend peu à peu conscience de la nécessité d’une réforme systémique pour maintenir son rayonnement mondial et sa prospérité économique. Une décennie après le vote sur le Brexit, le bloc tente de mettre en œuvre des changements structurels visant à accroître l’ampleur de sa puissance industrielle et financière.

Le consensus qui prévaut parmi les dirigeants de l’UE est que le continent a besoin de « plus d’Europe » — c’est-à-dire de plus grandes banques, de conglomérats technologiques expansifs, de fournisseurs de défense intégrés et d’une stratégie d’investissement unifiée — pour éviter de devenir une puissance secondaire dans un monde de plus en plus dominé par les États-Unis et la Chine.

Des réformes structurelles sont nécessaires

Les enjeux économiques de cette transition sont immenses. Selon une analyse de Bloomberg Economics, l’absence d’intégration pourrait faire prendre à l’UE un retard de 7 000 milliards d’euros par rapport à l’économie américaine d’ici 2040, doublant ainsi l’écart actuel. À l’inverse, des réformes réussies pourraient doubler le taux de croissance de l’Union pour le porter à 2 pour cent, lui permettant ainsi de suivre le rythme de la production américaine.

Sans ce changement, les dirigeants européens craignent d’être réduits à simplement choisir les options les moins néfastes proposées par les superpuissances plutôt que de façonner eux-mêmes la politique mondiale.

Surmonter la fragmentation des marchés

Pendant des années, le potentiel de l’UE a été freiné par la fragmentation des marchés et l’incohérence des réglementations. Le FMI a souligné que les barrières internes aux biens et services agissent souvent comme des droits de douane plus restrictifs que ceux imposés par les guerres commerciales extérieures. Ce manque de cohésion a permis aux entreprises américaines de tirer parti d’une productivité et d’un financement supérieurs, tandis que la Chine s’est assurée une emprise dominante sur les minéraux critiques essentiels à la transition vers l’énergie verte et à l’armement de haute technologie.

Pour lutter contre cela, l’UE se tourne vers une feuille de route proposée par l’ancien président de la BCE, Mario Draghi. Son plan met l’accent sur une intégration plus poussée des marchés et un investissement annuel massif de 1 200 milliards d’euros pour combler le retard en matière de technologies numériques, de défense et d’énergie climatique. Si elle est mise en œuvre, cette stratégie pourrait réduire de manière significative l’écart de PIB prévu entre l’Europe et les États-Unis.

Secteur privé

Des changements tangibles apparaissent déjà dans le secteur des entreprises. Les organismes de régulation réexaminent les règles de concurrence afin d’autoriser des fusions transfrontalières de plus grande envergure, capables de rivaliser avec les géants mondiaux. Dans le secteur bancaire, l’acquisition potentielle de la Commerzbank allemande par l’italien UniCredit marque une évolution vers les grands prêteurs européens que l’Union européenne souhaite voir émerger.

De même, l’industrie de la défense connaît des introductions en bourse record et une poussée en faveur des achats conjoints, soutenus par des milliards d’euros de prêts de l’UE visant à rationaliser les dépenses militaires.

Obstacles politiques et budgétaires

Cependant, ces ambitions se heurtent à des obstacles de taille. Le vieillissement de la main-d’œuvre et le poids des engagements de retraite pèsent sur les budgets nationaux, et certains craignent que l’adoption d’une posture plus agressive, capitaliste ou protectionniste n’érode l’identité de l’Europe en tant que projet pacifique fondé sur le consensus. De plus, le mécanisme financier de ces modernisations reste controversé ; alors que certains prônent des « euro-obligations » communes pour financer les investissements, l’Allemagne reste fermement opposée à des dépenses financées par l’endettement.

La vulnérabilité la plus critique reste l’intelligence artificielle. Alors que les États-Unis captent la grande majorité du capital-risque mondial consacré à l’IA, l’Europe est restée loin derrière. Bien que l’UE tente désormais d’attirer des investissements — comme les projets de centres de données à grande échelle en Espagne et en France et une initiative proposée de 120 milliards d’euros dans le domaine des semi-conducteurs —, elle est toujours en train de rattraper son retard.

À la poursuite de la souveraineté économique

En fin de compte, la trajectoire actuelle de l’UE consiste en un effort visant à construire une base économique souveraine. En unifiant ses marchés de capitaux et sa base industrielle, l’Europe espère diriger une alliance de démocraties fondée sur des règles, capable de dialoguer avec les États-Unis et la Chine en position de force plutôt que de dépendance.

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