Principaux renseignements
- La domination iranienne menace de réduire de manière permanente le transit pétrolier par le détroit d’Ormuz.
- Les alliances politiques dictent désormais l’accès au transport maritime plutôt que la libre navigation.
- Les oléoducs régionaux offrent un certain soulagement, mais ne peuvent remplacer la capacité totale du détroit.
Le marché mondial du pétrole pourrait entrer dans une nouvelle ère où les exportations de pétrole via le détroit d’Ormuz ne retrouveront jamais leurs volumes antérieurs. À la suite du conflit avec l’Iran, les compagnies maritimes doivent désormais naviguer dans un contexte marqué par l’instabilité, en tenant compte de la menace constante d’une reprise des hostilités dans le golfe Persique. Les navires occidentaux, en particulier, pourraient éviter cette voie maritime si l’Iran conserve sa domination opérationnelle, car toute coordination avec les Gardiens de la révolution pourrait entraîner des violations des sanctions américaines. C’est ce qu’écrit CNBC.
Une nouvelle réalité stratégique
Ce changement marque une rupture significative avec le passé, car la liberté de navigation dans le détroit était rarement remise en cause jusqu’à ce que l’Iran bloque le passage à la suite de l’offensive menée le 28 février par Israël et les États-Unis.
Ce blocus a provoqué une interruption sans précédent de l’approvisionnement en pétrole, offrant à Téhéran un levier stratégique pour exiger le contrôle de la voie maritime dans tout accord de paix. L’ancien conseiller américain en matière d’énergie, Amos Hochstein, a noté que les dirigeants régionaux acceptent généralement que l’Iran exerce une influence sur le détroit dans un avenir prévisible, quelles que soient les conditions spécifiques d’un éventuel accord diplomatique.
Réduction permanente du trafic de transit
Les analystes du secteur suggèrent que les niveaux de transit d’avant-guerre pourraient avoir atteint un pic historique. Helima Croft, de RBC Capital Markets, affirme que tout accord laissant le contrôle à l’Iran entraînera probablement une réduction permanente du flux. Richard Meade, de Lloyd’s List, envisage un système « bifurqué » où le transit serait déterminé par les liens politiques plutôt que par la liberté de navigation ; dans ce scénario, les navires affiliés à la Chine pourraient circuler librement tandis que les navires occidentaux auraient besoin d’accords bilatéraux spécifiques.
Il estime que le trafic pourrait se stabiliser à seulement 60 pour cent à 70 pour cent des niveaux antérieurs, créant un changement systémique à long terme plutôt qu’un effondrement économique immédiat.
Parallèles avec la crise de la mer Rouge
La situation actuelle présente des similitudes avec la crise de la mer Rouge, où les attaques des Houthis depuis novembre 2023 ont provoqué une chute massive du trafic maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb.
Malgré une accalmie des attaques, le trafic n’est pas revenu à la normale, ce qui prouve que des forces navales mineures peuvent causer des perturbations durables. Cependant, le détroit d’Ormuz est un goulet d’étranglement plus critique car, contrairement à la mer Rouge — où les navires peuvent contourner l’Afrique —, Ormuz n’offre aucune alternative maritime viable.
Même si un cessez-le-feu est maintenu sous l’administration Trump, plusieurs obstacles subsistent. Jack Kennedy, de S&P Global Market Intelligence, souligne le danger des mines navales non explosées et le risque d’une reprise de la guerre autour des programmes de missiles et nucléaires de l’Iran. Les armateurs doivent décider si les garanties de sécurité d’un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran sont suffisantes pour prendre le risque de voir leurs actifs bloqués lors d’une future escalade.
La recherche d’alternatives
Si l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis utilisent des oléoducs pour acheminer le pétrole vers la mer Rouge et le golfe d’Oman, ceux-ci ne peuvent pas remplacer entièrement le détroit. Les oléoducs ne peuvent pas transporter de gaz naturel liquéfié (GNL) ni d’autres produits essentiels comme les engrais. Pour atténuer cette vulnérabilité, les Émirats arabes unis s’empressent d’achever un deuxième oléoduc de contournement d’ici 2027.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, estime que si la production énergétique des pays du Golfe reste vitale, l’importance stratégique du détroit d’Ormuz diminuera à mesure que ces voies alternatives seront développées, neutralisant ainsi la capacité de l’Iran à utiliser le blocus comme une arme récurrente. (fc)
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