Principaux renseignements
- Le risque d’un El Niño puissant en 2026-2027 augmente rapidement, certains modèles laissant entrevoir un scénario comparable aux extrêmes historiques.
- Un nouvel El Niño pourrait non seulement battre des records de température, mais aussi mettre sous pression les prix des denrées alimentaires, l’agriculture et les chaînes d’approvisionnement mondiales.
- L’Europe ne sera pas épargnée non plus, avec un risque accru de vagues de chaleur, de sécheresse et de conditions météorologiques exceptionnelles dans les années à venir.
Un nouveau « super » El Niño pourrait se développer, et les climatologues avertissent que cela pourrait à nouveau entraîner le système climatique mondial dans une accélération dangereuse. Selon divers modèles, notamment ceux de la NOAA américaine et du CEPMMT européen, la probabilité d’un El Niño particulièrement puissant entre 2026 et 2027 augmente ; il pourrait être comparable à certains des plus violents observés depuis la fin du XIXe siècle, même si l’incertitude reste grande.
Cela pourrait entraîner des perturbations considérables à l’échelle mondiale et augmenter le risque de nouveaux records de température, après l’année 2024, qui a connu une chaleur historique.
Qu’est-ce qu’El Niño exactement ?
El Niño est la phase chaude du phénomène climatique ENSO (El Niño Southern Oscillation), un cycle naturel de l’océan Pacifique qui se produit tous les 2 à 7 ans. Au cours d’une telle phase, les eaux océaniques de l’est et du centre de l’océan Pacifique tropical se réchauffent considérablement, parfois de plus de 2 °C au-dessus de la moyenne.
Ce réchauffement perturbe les alizés et modifie les régimes météorologiques mondiaux. Les eaux normalement froides et riches en nutriments le long des côtes sud-américaines sont remplacées par des eaux chaudes et pauvres en nutriments provenant d’Indonésie et des Philippines. Cela a de graves conséquences pour la pêche, l’agriculture et les régimes pluviométriques à l’échelle mondiale.
Historiquement, les El Niño puissants, tels que ceux de 1982-1983 et 1997-1998, ont causé des milliards d’euros de dégâts et entraîné des sécheresses extrêmes, des inondations et des incendies de forêt sur plusieurs continents.
Le risque d’un « super » El Niño augmente
Les mesures océaniques actuelles montrent à nouveau un réchauffement dans le centre et l’est de l’océan Pacifique, avec des écarts pouvant atteindre environ 1 °C au-dessus de la moyenne. C’est souvent un premier signe d’un El Niño en formation.
Selon Nature, la NOAA américaine estime qu’il y a plus de 80 % de chances qu’un El Niño se développe d’ici mi-2026, avec une probabilité accrue que le phénomène persiste jusqu’au début de 2027. La probabilité d’une variante « forte à très forte » est actuellement estimée à environ 65 %, même si la NOAA souligne que l’intensité finale reste difficile à prévoir.
Un « super » El Niño est généralement défini comme un réchauffement supérieur à 2 °C dans la partie centrale et orientale de l’océan Pacifique. Certains modèles suggèrent même des pics pouvant atteindre 3 °C, ce qui rapprocherait en théorie le phénomène de l’El Niño extrême historique de 1877-1878, mais ce scénario reste incertain.
De nouvelles méthodes pour prévoir El Niño
Les climatologues utilisent de plus en plus souvent l’indice océanique relatif d’El Niño (RONI), qui tient compte du réchauffement structurel des océans. Au lieu de se baser sur une période de référence de 30 ans, le RONI compare les températures océaniques actuelles à celles d’autres océans tropicaux au même moment. Cela évite que la tendance au réchauffement ne surestime ou ne sous-estime artificiellement l’intensité d’El Niño.
De plus, ce que l’on appelle la « barrière de prévisibilité printanière » joue un rôle important : au printemps dans l’hémisphère nord, les prévisions ENSO sont traditionnellement beaucoup moins fiables. Ce n’est que plus tard dans l’année que l’on saura quelle sera l’ampleur réelle du réchauffement.
Selon les scientifiques, l’incertitude reste donc grande. Les régimes de vent peuvent soit renforcer, soit atténuer le réchauffement, de sorte que l’intensité finale ne sera connue que plus tard dans l’année.
Conséquences économiques mondiales
Les années marquées par un El Niño intense ont, historiquement, un impact mondial sur les prix des denrées alimentaires, l’énergie et la croissance économique. La sécheresse en Australie et en Indonésie peut entraîner des récoltes désastreuses, tandis que l’Amérique du Sud peut être confrontée à de fortes précipitations et à des inondations.
Selon les économistes du climat, les pertes économiques liées à un El Niño intense peuvent s’élever à plusieurs dizaines de milliards de dollars, comme ce fut le cas lors de l’épisode de 1997-1998.
Par ailleurs, les experts soulignent une différence structurelle importante par rapport aux décennies précédentes : la température de fond de la Terre est désormais beaucoup plus élevée. Cela signifie qu’une même activité El Niño peut aujourd’hui avoir des conséquences potentiellement plus extrêmes que par le passé.
Conséquences humanitaires
Les phénomènes El Niño forts et très forts ont conduit par le passé à de graves crises humanitaires.
Les sécheresses en Afrique et en Asie peuvent provoquer des pénuries alimentaires, tandis que les inondations en Amérique du Sud et dans certaines régions d’Asie déstabilisent les communautés. Lors des précédents El Niño extrêmes, les prix des denrées alimentaires ont augmenté dans le monde entier, ce qui touche particulièrement les populations vulnérables.
Les experts avertissent qu’un nouveau super El Niño, combiné au réchauffement climatique actuel, accroît le risque de pauvreté, de mauvaises récoltes, de pénuries d’eau et de pressions migratoires.
Europe : des effets indirects, mais de plus en plus perceptibles
Bien qu’El Niño touche principalement les régions tropicales et australes, il a également des répercussions indirectes sur l’Europe. Certaines années, il influence le courant-jet et la circulation atmosphérique au-dessus de l’océan Atlantique, ce qui peut entraîner des variations dans les régimes saisonniers.
L’Europe connaît quant à elle de plus en plus souvent des vagues de chaleur extrêmes, comme ce fut encore le cas en début de semaine en Europe du Sud et de l’Ouest, avec des températures supérieures à 30 °C en Italie, en France et dans certaines parties de la région du Benelux ; cela est principalement dû au réchauffement climatique structurel, même si les changements liés à El Niño peuvent également influencer certains schémas.
Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les cinq prochaines années seront probablement les plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle mondiale. Il y a de fortes chances qu’au moins une année entre 2026 et 2030 dépasse le record actuel de 2024.
Concrètement, pour l’Europe, cela signifie : davantage de vagues de chaleur, des périodes de sécheresse plus longues dans le sud de l’Europe, et parallèlement des hivers plus humides dans le nord et l’ouest de l’Europe, y compris dans certaines régions de Belgique et des Pays-Bas.
2026-2027 : une nouvelle année record possible
La combinaison du phénomène El Niño et du réchauffement climatique structurel dû aux gaz à effet de serre pourrait encore accroître le risque d’années extrêmes.
Les scientifiques préviennent que la limite de 1,5 °C de réchauffement, fixée dans l’Accord de Paris sur le climat, sera de plus en plus souvent dépassée temporairement, même s’il s’agit de pics à court terme.
Un El Niño puissant en 2026–2027 pourrait en outre contribuer à une nouvelle année record, peut-être même supérieure à 2024, qui est déjà l’année la plus chaude jamais enregistrée.
Qu’est-ce que cela signifie pour les années à venir ?
La principale incertitude reste l’intensité du prochain épisode El Niño. Toutefois, les modèles indiquent une probabilité accrue d’une phase forte à très forte entre fin 2026 et début 2027.
Si ce scénario se concrétise, le monde pourrait être confronté à :
- de nouveaux records de température
- une hausse des prix des denrées alimentaires
- des précipitations et des sécheresses plus extrêmes
- une perturbation des chaînes économiques mondiales
En résumé : El Niño reste un phénomène naturel, mais dans un climat qui se réchauffe, il devient de plus en plus un test de résistance mondial pour l’économie, l’agriculture et l’approvisionnement énergétique.
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