L’UE confrontée à un « nouveau choc chinois » alors que sa dépendance vis-à-vis des produits chinois s’accentue


Principaux renseignements

  • La Chine domine les chaînes d’approvisionnement critiques de l’UE grâce à des subventions et à une politique de prix agressive.
  • L’Europe fait face à un « nouveau choc chinois » alors que les produits subventionnés inondent ses marchés.
  • Cette dépendance stratégique menace l’autonomie industrielle et la transition écologique de l’Union.

Les industries européennes sont confrontées à une crise croissante de vulnérabilité stratégique, les entreprises chinoises ayant établi une emprise dominante, et souvent exclusive, sur plusieurs secteurs clés. Un soi-disant « choc chinois ».Cette dépendance structurelle a atteint un point où il est pratiquement impossible de trouver des fournisseurs alternatifs viables.

Dépendant des produits chinois

La situation s’est aggravée en 2025 à la suite de la mise en place de droits de douane américains étendus sur les produits chinois, ce qui a suscité des craintes que Pékin ne déverse son excédent de production sur les marchés européens à des prix non viables. Ce phénomène, qualifié de « nouveau choc chinois » par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, consiste en l’inondation des marchés mondiaux de produits subventionnés que l’économie intérieure chinoise ne peut pas absorber.

Un déséquilibre commercial croissant

Les statistiques commerciales soulignent l’ampleur de ce déséquilibre. En 2025, les importations de l’UE en provenance de Chine ont atteint 559,4 milliards d’euros, soit une augmentation de 89 pour cent en dix ans, entraînant un déficit commercial de près de 360 milliards d’euros. La Chine fournit environ 47 pour cent de l’ensemble des « produits dépendants » — les matières premières et composants essentiels nécessaires à la fabrication de produits finis —, ce qui en fait de loin la principale source d’approvisionnement de l’UE. En revanche, les États-Unis fournissent moins de 10 pour cent de ces intrants critiques.

Cinq domaines spécifiques se sont révélés les plus vulnérables sur le plan structurel : la transition vers les énergies vertes, les minéraux critiques, la robotique industrielle, les produits chimiques, ainsi que les produits du bois et les textiles.

La dépendance à l’énergie verte

Les objectifs environnementaux de l’UE reposent actuellement sur les chaînes d’approvisionnement chinoises. En 2024, la Chine a fourni 98 pour cent des panneaux solaires de l’Union ; bien que la valeur totale des importations ait diminué, cela était dû à l’effondrement des prix plutôt qu’à une baisse des volumes. De même, la part de la Chine dans les importations de batteries lithium-ion pour véhicules électriques a grimpé à 88 pour cent en 2025. Cette vulnérabilité s’étend aux matières premières, l’UE dépendant de Pékin pour 98 pour cent de ses aimants en terres rares et 97 pour cent de son magnésium. Ces matériaux étant essentiels pour les éoliennes, les systèmes de défense et les batteries de nouvelle génération, la Commission européenne a donné la priorité aux efforts de recyclage et d’extraction au niveau national.

Le secteur de la robotique illustre une tendance au remplacement rapide. Entre début 2025 et début 2026, les importations chinoises de robots industriels ont bondi de 315 pour cent tandis que les prix ont chuté de 29 pour cent. Cette expansion est le résultat de l’initiative « Made in China 2025 », qui a utilisé des crédits et des subventions de l’État pour augmenter la production. En conséquence, la Chine fabrique désormais plus de robots industriels que les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’Allemagne réunis, ce qui lui permet de proposer des prix inférieurs à ceux de ses concurrents européens.

Risques croissants dans les industries traditionnelles

Enfin, les dépendances de longue date dans les secteurs de la chimie, du textile et du bois s’aggravent. Les volumes d’importation de certains composés chimiques ont été multipliés par 36, tandis que les prix ont chuté de 95 pour cent, ce qui a conduit la Commission à surveiller les produits à base d’éthylène et d’ammoniac.

Bien qu’une partie de la production de vêtements et de chaussures se soit délocalisée en Asie du Sud-Est, la Chine représente toujours plus de 30 pour cent de ces importations. Le secteur du bois a connu une hausse spectaculaire des importations chinoises de parquets, les prix ayant chuté de 77 pour cent, ce qui a contraint l’UE à mettre en place des droits de sauvegarde pour sauver des milliers d’emplois nationaux.

En fin de compte, la stratégie de la Commission européenne a été largement défensive, n’appliquant des droits de douane qu’après que les industries aient déjà subi des pertes. Le défi central pour l’Europe est de savoir si elle possède encore la capacité industrielle et la détermination politique nécessaires pour créer des alternatives indépendantes avant que cette dépendance ne devienne un outil géopolitique permanent pour Pékin.

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