Principaux renseignements
- L’Iran a réorienté sa stratégie, passant de blocages militaires temporaires à un contrôle administratif permanent.
- Alors que les responsables occidentaux et les organismes internationaux affirment que ces péages sont illégaux au regard du droit international, une économie souterraine a déjà vu le jour.
- Les pipelines de contournement physiques ne parviennent pas à atténuer le risque systémique lié à la propriété institutionnalisée des voies navigables.
Pendant des décennies, la principale préoccupation concernant le détroit d’Ormuz était la menace de l’Iran de le bloquer entièrement. Les puissances mondiales ont réagi par des patrouilles militaires et la construction de pipelines de contournement. Cependant, à la suite des événements de mars 2026 — déclenchés par l’« Opération Epic Fury » —, la nature de la menace a changé. Alors qu’une fermeture temporaire a provoqué un chaos économique massif, allant de la flambée des prix du pétrole à la perturbation des chaînes d’approvisionnement en produits chimiques affectant tout, des matières premières industrielles aux emballages de consommation, le danger à long terme a évolué. L’Iran ne cherche plus à se contenter d’un simple blocus ; il tente d’établir une propriété administrative permanente de la voie navigable.
Institutionnalisation du contrôle
En mai 2026, Téhéran a mis en place la Persian Gulf Strait Authority (PGSA), un système obligeant les navires à s’enregistrer et à s’acquitter de droits de transit en monnaie locale. Pour contourner les sanctions bancaires traditionnelles, l’Iran a lancé « Hormuz Safe », une plateforme d’assurance basée sur le bitcoin.
Alors que les responsables occidentaux et les organismes internationaux affirment que ces péages sont illégaux au regard du droit international, une économie souterraine a déjà vu le jour. De nombreuses compagnies maritimes et assureurs occidentaux opèrent selon une politique du « pas de questions, pas de réponses », acceptant tacitement le contrôle iranien pour maintenir les échanges commerciaux. Ce passage d’une confrontation militaire à une revendication institutionnelle est dangereux, car les institutions acquièrent une légitimité par leur utilisation continue, ce qui les rend bien plus difficiles à démanteler qu’un blocus physique.
Une attention excessive accordée aux infrastructures physiques
Les réponses stratégiques actuelles se sont trop concentrées sur les infrastructures physiques. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont augmenté la capacité de leurs oléoducs pour acheminer le pétrole vers la mer Rouge et le golfe d’Oman. Cependant, ces contournements sont insuffisants. La capacité combinée de ces oléoducs ne couvre qu’une fraction du volume quotidien habituel de pétrole, et ils n’offrent aucune solution pour le gaz naturel liquéfié (GNL) ou les produits pétrochimiques.
Le Qatar, en particulier, reste totalement vulnérable, comme en témoignent les pertes de revenus massives et les ruptures de contrats qui ont suivi les frappes sur ses installations d’exportation. De plus, le recours à la mer Rouge introduit un nouveau risque : le goulet d’étranglement de Bab el-Mandeb, où les rebelles houthis peuvent perturber le transport maritime en fonction de caprices politiques plutôt que de problèmes d’infrastructure.
Le rôle de la Chine
Le paysage géopolitique est encore compliqué par l’approche pragmatique de la Chine. Plutôt que de mener une bataille juridique autour de la PGSA, Pékin a autorisé ses pétroliers à opérer sous juridiction iranienne afin de garantir sa sécurité énergétique.
Alors que la Chine construit simultanément des pipelines terrestres depuis la Russie pour réduire cette dépendance, sa coopération actuelle confère à l’Iran la légitimité dont il a besoin pour consolider son autorité. Cela crée un déficit de crédibilité pour les États-Unis, dont l’insistance sur la « liberté de navigation » est sapée par la réalité d’un commerce mondial s’adaptant aux péages iraniens.
Les Émirats arabes unis se trouvent dans une position contradictoire
Dans le même temps, les Émirats arabes unis se trouvent dans une position contradictoire. Alors qu’ils construisent des pipelines pour réduire leur dépendance vis-à-vis du détroit, ils sont encouragés par Washington à adopter une posture militaire agressive, incluant la saisie potentielle d’îles iraniennes. Cette stratégie est incohérente, car elle associe des infrastructures de réduction des risques à des actions qui invitent à davantage d’agressivité de la part de l’Iran. En revanche, l’Arabie saoudite semble poursuivre un cadre diplomatique axé sur des garanties de sécurité mutuelles et l’acceptation de l’Iran en tant qu’acteur régional permanent.
Une nouvelle réalité administrative
En fin de compte, la crise de 2026 révèle qu’une puissance plus modeste peut exercer une influence mondiale non pas en battant une marine supérieure, mais en créant une instabilité économique suffisante pour que le monde soit contraint d’accepter une nouvelle réalité administrative. Les canalisations et les pompes ne peuvent pas résoudre un problème de gouvernance.
Le résultat le plus significatif de cette époque n’est pas la mise en place de nouvelles infrastructures, mais l’acceptation progressive et silencieuse de l’autorité iranienne sur une voie navigable qui était autrefois considérée comme un territoire international. (fc)
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