La fermeture du détroit d’Ormuz coûte des milliards à l’économie mondiale


Principaux renseignements

  • L’Iran contrôle le détroit d’Ormuz et impose des droits de transit illégaux à certains navires.
  • Les recettes mondiales du pétrole et du GNL chutent de plus de 120 milliards de dollars (105 milliards d’euros) par jour en raison de cette fermeture.
  • Un compromis diplomatique reste la seule voie viable pour résoudre cette guerre d’usure économique.

L’économie mondiale subit des pertes considérables alors que le détroit d’Ormuz reste fermé à la circulation maritime, onze semaines après le début du conflit avec l’Iran. Alors que les États-Unis ont tenté de forcer l’ouverture de la voie navigable par un blocus naval des ports iraniens, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) continue de contrôler ce passage étroit. Avant le début des hostilités, le détroit voyait passer quotidiennement entre 120 et 140 navires, dont des pétroliers transportant environ 20 millions de barils de pétrole. Actuellement, seul un petit nombre de navires ayant conclu des accords privés avec le CGRI sont autorisés à transiter.

La montée en puissance de l’Autorité du détroit du golfe Persique

Pour officialiser ce contrôle, l’Iran a récemment créé l’Autorité du détroit du golfe Persique (PGSA) afin de gérer les opérations et de fournir des mises à jour. Depuis le cessez-le-feu temporaire d’avril, Téhéran s’est orienté vers un système structuré de perception de droits de transit.

Selon certaines informations, certains navires auraient déjà versé jusqu’à 2 millions de dollars pour obtenir le droit de passage. C’est ce que rapporte Al Jazeera. Bien que ces paiements soient considérés comme illégaux par les nations opposées, l’ampleur même des dommages économiques causés par la fermeture rend ces péages financièrement viables pour certains opérateurs.

Des conséquences financières considérables

L’impact financier de la fermeture est stupéfiant. Avant l’escalade du conflit en février, le détroit constituait la seule voie de sortie pour les producteurs du Golfe, traitant près de 27 pour cent du commerce maritime mondial de pétrole et un volume considérable de gaz naturel liquéfié (GNL). Avec environ 2 000 navires actuellement bloqués, la perte quotidienne de recettes pétrolières est estimée à 114,8 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 7,8 milliards de dollars de pertes dans le commerce du GNL.

Mohammad Reza Farzanegan, économiste à l’université de Marbourg, suggère que l’avantage géographique de l’Iran lui confère un immense pouvoir de négociation, rendant un transit négocié plus logique qu’un blocage total.

Épuisement économique

Pour les armateurs individuels, le choix se résume à payer des frais de plusieurs millions de dollars ou à absorber les coûts quotidiens liés à l’immobilisation, qui comprennent les salaires de l’équipage, les intérêts sur les prêts et les primes d’assurance élevées contre les risques de guerre. L’économiste Nader Habibi note que, bien que payer l’Iran soit mathématiquement moins coûteux que de rester bloqué, cela est politiquement presque impossible en raison des sanctions américaines et des pressions diplomatiques.

Le conflit est passé d’un combat actif à une guerre d’usure économique, et des experts comme Aniseh Tabrizi, de Chatham House, affirment qu’un calcul purement financier ne résoudra pas la crise ; un compromis diplomatique plus large est au contraire nécessaire.

D’un point de vue juridique, le droit international interdit généralement l’imposition de péages sur les détroits naturels. Cependant, certains soutiennent que ces redevances pourraient être présentées comme des paiements pour des services de sécurité, de protection de l’environnement ou administratifs. Alors que certains comparent cette situation à la gestion des détroits par la Turquie, Habibi souligne que le détroit d’Ormuz implique plusieurs eaux territoriales, notamment celles d’Oman et des Émirats arabes unis, ce qui rendrait un péage unilatéral imposé par l’Iran sans précédent.

À la recherche d’une solution durable

Certains analystes suggèrent que la seule solution durable réside dans la coopération régionale. Une autorité maritime conjointe regroupant l’Iran, le Qatar, Oman et les Émirats arabes unis pourrait fournir un cadre pour une surveillance partagée et des contributions en matière de sécurité.

Un tel arrangement conférerait à l’Iran un rôle reconnu dans la sécurité régionale tout en offrant une stabilité aux économies du Golfe. En fin de compte, si la communauté internationale donne la priorité à un approvisionnement énergétique prévisible, accepter un mécanisme de paiement à l’Iran pourrait devenir la seule option pragmatique.

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