Principaux renseignements
- La guerre contre l’Iran perturbe gravement les marchés énergétiques mondiaux, affectant de manière disproportionnée les pays asiatiques dépendants des importations de pétrole et de gaz du Moyen-Orient.
- Ce conflit met en évidence la fragilité de l’ordre international et sape la crédibilité des États-Unis en tant que garant de la sécurité en Asie.
- Au-delà de l’insécurité énergétique, la crise menace les perspectives d’investissement à long terme et exacerbe les tensions géopolitiques dans la région.
La guerre en Iran et la crise du détroit d’Ormuz qui en résulte ont de profondes implications géopolitiques et économiques qui pourraient s’étendre sur plusieurs décennies. Les pays asiatiques sont touchés de manière disproportionnée, confrontés à des coûts importants en matière de sécurité énergétique, de stabilité financière et de bien-être général en raison d’un conflit qu’ils n’ont pas provoqué.
L’effondrement de l’ordre
La crise met en évidence les limites de l’ordre international fondé sur des règles pour contenir les actions imprévisibles des grandes puissances. De l’imposition de droits de douane injustifiés à la conduite de guerres sans égard pour ses alliés, cet effondrement de l’ordre a engendré incertitude et instabilité.
Les États asiatiques sont désormais confrontés à des doutes croissants quant à la fiabilité des garanties économiques et sécuritaires des États-Unis. L’intervention américano-israélienne en Iran a gravement perturbé les chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales, alimentant encore davantage ces inquiétudes. Le détroit d’Ormuz est une artère cruciale pour le commerce mondial de l’énergie, avec environ 80 pour cent du pétrole brut et des produits pétroliers, et 90 pour cent du gaz naturel liquéfié (GNL), destinés aux marchés asiatiques.
Vulnérabilité énergétique en Asie de l’Est et du Sud
L’Asie de l’Est et du Sud sont les plus touchées par cette dépendance excessive vis-à-vis des importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient. Le Japon et la Corée du Sud, par exemple, couvrent une part substantielle de leurs besoins énergétiques grâce aux combustibles fossiles, dont un pourcentage important transite par le détroit en temps normal. Alors que l’Asie de l’Est est confrontée à une flambée des prix de l’énergie, l’Asie du Sud fait face à une double crise : pénuries d’approvisionnement et capacité de stockage insuffisante.
Le Pakistan et le Bangladesh sont particulièrement vulnérables, car ils dépendent fortement du Qatar et des Émirats arabes unis pour leurs importations de GNL. La crise énergétique se manifeste de manière particulièrement aiguë là où la dépendance est la plus forte, soulignant la nécessité d’une diversification et de réserves stratégiques.
Au-delà de l’énergie
Les répercussions vont au-delà de la sécurité énergétique. Les marchés boursiers d’Asie de l’Est et du Sud ont connu de fortes baisses. Les inquiétudes des investisseurs concernant les perspectives de croissance et l’inflation ont fait chuter les cours boursiers dans toute la région. D’éminentes banques d’investissement prévoient qu’une fermeture prolongée du détroit pourrait faire grimper les prix du pétrole à 150-200 dollars américains le baril, ce qui pourrait déclencher une récession mondiale.
Alors que la demande de dollars américains s’intensifie et que les investisseurs recherchent des valeurs refuges, les devises asiatiques s’affaiblissent face au billet vert. Ce phénomène est particulièrement marqué en Inde, en Indonésie et aux Philippines, où les devises ont chuté à des niveaux historiquement bas. Le coût des livraisons de pétrole libellées en dollars augmente, sapant les efforts des banques centrales asiatiques pour stabiliser leurs économies dans un contexte de politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale américaine et de renforcement du dollar. En conséquence, les taux d’intérêt en Asie devraient rester élevés ou encore augmenter.
Préoccupations en matière d’investissement à long terme
Le conflit soulève également des questions quant aux perspectives d’investissement à long terme. Les fonds souverains du Golfe, qui ont traditionnellement investi massivement en Asie, pourraient voir leurs revenus diminuer en raison des perturbations de leurs exportations d’énergie. Cela pourrait entraîner des retraits des marchés asiatiques afin de stabiliser les économies nationales, ce qui risquerait de ralentir la croissance dans des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, la pétrochimie et les énergies renouvelables.
Au-delà de l’impact économique immédiat, la guerre a exacerbé les tensions géopolitiques existantes. Le redéploiement par les États-Unis de leurs moyens militaires de l’Asie vers le Moyen-Orient a alimenté les inquiétudes des alliés quant à l’engagement de Washington envers la sécurité régionale. Ce changement de priorités renforce l’impression que les États-Unis privilégieront leurs intérêts ailleurs, même au détriment de leurs engagements en matière de sécurité en Asie.
Scénarios possibles pour l’Asie
À l’horizon, trois scénarios possibles se dessinent pour l’Asie : un blocus naval américain prolongé contre l’Iran conduisant à un statu quo tendu ; de nouvelles frappes aériennes contre des cibles iraniennes visant à sortir de l’impasse ; ou un règlement négocié au Pakistan aboutissant à la reprise des flux énergétiques via le détroit.
Chaque scénario comporte des risques et des avantages distincts pour la région, soulignant la nécessité d’une coopération régionale et de mesures de renforcement de la résilience pour atténuer les conséquences à long terme de la crise du détroit d’Ormuz. (fc)
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