Kjell Vander Elst est l’un des rares nouveaux venus au sein des libéraux flamands. Jeune député, il siège à la commission de la Défense et suit les dossiers socio-économiques. Dans la première partie de l’interview accordée à BusinessAM, il évoque sa vision, son parti et sa capacité à encaisser les critiques.
Vous êtes relativement nouveau dans le monde de la politique. Qui est donc Kjell Vander Elst ?
Je suis originaire du Brabant flamand et supporter d’Anderlecht, ce qui n’est pas toujours évident de nos jours. J’ai commencé comme assistant parlementaire dans le cadre d’un stage étudiant et, trois ans plus tard, j’ai pu rejoindre le cabinet de Bart Somers. Mon intérêt pour la politique m’a été transmis dès mon plus jeune âge par ma famille, où mon père était lui-même actif en politique. Soit cela vous rebute, soit vous l’adoptez, et dans mon cas, c’était clairement la deuxième option. En 2024, je me suis présenté pour la première fois sur une liste électorale et j’ai été immédiatement élu, ce dont je suis particulièrement reconnaissant.
Qu’est-ce qui fait de vous un libéral et qui vous a poussé à voter pour l’Open Vld à l’époque ?
À l’époque, il n’y avait pour moi qu’un seul véritable parti libéral en Flandre, le choix de l’Open Vld s’imposait donc naturellement. Non seulement pour des raisons économiques, mais aussi en raison de cette aspiration à une grande liberté, à un minimum de règles et à laisser les gens tranquilles autant que possible. Dans ma jeunesse, j’ai également été inspiré par des personnalités telles que Dewael, Verhofstadt et De Gucht, qui savaient communiquer avec force et faisaient forte impression. Ce qui m’a surtout séduit, c’était le discours positif des libéraux flamands. Dans un monde plein d’incertitudes, je trouve que la politique doit rayonner d’espoir et de positivité, et c’est ce que je voyais surtout chez l’Open Vld à l’époque.
Votre parti se retrouve dans l’opposition pour la première fois depuis 25 ans. Que pensez-vous de la politique menée par le gouvernement de l’Arizona ? Car certaines mesures semblent tout à fait aller dans le sens de votre parti.
On annonce trop de choses, mais on en réalise trop peu. Nous avons soutenu la limitation des allocations de chômage, et la réforme des retraites va également dans la bonne direction. Pourtant, certaines déclarations suscitent beaucoup de remous, comme celles du ministre Jambon sur le changement de comportement des femmes, ce que je ne soutiens pas en tant que libéral. Ce sont des avancées, mais elles doivent encore être approuvées par le Parlement, et le Conseil d’État a par ailleurs émis un avis critique sur ses textes de loi.
N’est-il pas logique que, lorsqu’on met en œuvre de telles réformes, certaines choses refassent surface ?
Le Premier ministre dit que Jan est un homme d’action, mais en tant que ministre des Finances, il faut avoir parfaitement maîtrisé son sujet et s’assurer que le système est sans faille. Souvent, une mesure est mise en place, puis progressivement vidée de sa substance, avec des exceptions et une complexité croissante. L’indice des centimes en est un bon exemple. Certaines mesures valables ont certes été prises, mais il y a aussi beaucoup de « chameaux laids » parmi elles. Pensez à la réforme de la TVA ou à l’impôt sur la plus-value, que nous, les libéraux, avons réussi à bloquer pendant 25 ans. On en reste surtout à une politique d’annonces, tandis que le déficit budgétaire, dont ils nous tiennent pour responsables, ne fait que s’aggraver. L’ambition du gouvernement de remettre de l’ordre dans les affaires se heurte ainsi clairement à la réalité.
Comment va votre parti ? Vous avez récemment changé de nom pour vous appeler « Anders ». Mais est-ce vraiment « différent » ? Les derniers sondages ont tout de même été décevants.
Les sondages ne sont jamais réjouissants, je préfère les voir remonter. Ce n’était pas une grande surprise, mais cela nous rappelle que nous devons nous battre chaque jour pour rapprocher le parti des citoyens. Après 25 ans au pouvoir, c’est logique : nous avons tellement dilué notre message que celui-ci en est parfois devenu imbuvable. Nous devons désormais nous recentrer, affiner notre profil, communiquer de manière claire et directe, et faire moins de détours. Les gens doivent savoir ce que nous défendons, car notre idéologie est plus actuelle que jamais. Le changement de nom en fait partie, ce n’est pas une panacée. Concrètement, cela signifie communiquer plus clairement, oser présenter des idées radicales et se renouveler en interne, y compris au niveau du personnel politique. Il n’est pas normal que je sois le seul nouveau venu au sein du parti.
Que pensez-vous de votre nouveau président ? En matière de communication, il est tout de même meilleur que son prédécesseur (Eva De Bleeker)
Il ne faut pas sous-estimer le travail d’Eva. Elle a dirigé le parti pendant l’une des périodes les plus difficiles et a accompli un travail colossal en coulisses. C’est grâce à cela que Frédéric a pu repartir sur de nouvelles bases. C’est un entrepreneur, cela se ressent lors des réunions et dans ses prises de position. C’est la voie que nous devons suivre : expliquer clairement ce que représente Anders et ce qu’il représentera. Avec ce nouveau nom, on pense que tout va changer, mais nous, les libéraux, avons aussi une vision différente de la société. Il reste encore beaucoup à faire, mais je suis convaincu que Frédéric y parviendra.
En parlant de revirements : votre président de parti a récemment laissé tomber la N-VA lors de la formation du gouvernement bruxellois
Au début, Frédéric répétait sans cesse que le parti du Premier ministre était indispensable pour parvenir à l’équilibre budgétaire. À un moment donné, tout le monde a laissé tomber la N-VA et nous étions les seuls à vouloir encore l’inviter à la table des négociations. Cela était inacceptable pour certains partis, qui nous ont alors demandé une « offre qu’on ne peut pas refuser ». Il s’agissait donc d’un budget équilibré et du nettoyage de Bruxelles. Nous avons désormais un ministre du Budget, Dirk De Smedt, qui a obtenu « noir sur blanc » en 2029, notamment du PS, un budget équilibré. C’est là l’essentiel.
N’est-ce pas tout simplement une petite phrase sur un bout de papier ?
C’est désormais notre mission. Cet engagement doit se concrétiser, et Dirk est l’homme de la situation. Il ne fait pas de détours et reste imperturbable. C’est à nous de montrer aux Bruxellois et aux Flamands que nous avons réussi à assainir la situation à Bruxelles, tant sur le plan financier que sur celui de la sécurité.
Il y a encore des « vieux briscards » de votre parti au Parlement. Pensez par exemple à Vincent Van Quickenborne et à Gwendolyn Rutten. Y a-t-il encore une place pour eux au sein du parti, puisqu’ils ne incarnent tout de même pas ce renouveau politique ?
Je dois avouer en toute honnêteté que Vincent, par exemple, m’a énormément appris au sein de mon groupe. Je ne suis pas partisan de nommer des jeunes sans réfléchir, en pensant que tout ira automatiquement mieux. Nous avons besoin d’un mélange équilibré entre renouveau et expérience. Ces personnes ont été élues pour représenter le peuple, nous ne pouvons donc pas simplement décider qu’il faut faire place à des nouveaux venus. L’essentiel est que nous travaillions dans la perspective de 2029. Nous voulons finaliser la composition des listes bien à l’avance, afin d’avoir un an pour mettre les nouveaux venus sous les feux de la rampe. C’est essentiel pour poursuivre le renouveau. Je suis convaincu que la génération actuelle est disposée à faire de la place à cette nouvelle génération, de préférence dès janvier 2028, afin que nous puissions clairement porter ce projet avec une nouvelle équipe. En même temps, ils doivent continuer à faire leur travail parlementaire et soutenir les nouveaux venus comme moi.
Par le passé, cette collaboration au sein du parti ne s’est pas déroulée sans heurts
C’est vrai, nous étions un café où l’on se disputait, et c’est pour cela que les gens s’en détournent. C’est un défi que nous devons relever pour que tout le monde, jeunes et moins jeunes, soit sur la même longueur d’onde. Mais la collaboration s’est déjà nettement améliorée, y compris dans notre façon de communiquer. Cela ne nous empêchera pas de mettre en avant de nouvelles personnes et de nouveaux talents à l’approche de ces élections.
Qu’est-ce que ça fait d’être nouveau au Parlement ?
Je ne suis pas le seul au Parlement, mais je suis le plus jeune de mon parti. Entre nous, nous entretenons d’excellentes relations, même au-delà des clivages politiques. On remarque que la nouvelle génération a une mentalité constructive, tout en sachant se montrer incisive quand il le faut. Je n’hésite pas à m’exprimer avec fermeté, mais nous recherchons toujours le consensus et essayons de trouver le plus grand dénominateur commun dans de nombreux dossiers. Beaucoup de questions doivent tout simplement être résolues au-delà des clivages politiques. L’arrivée de nouveaux visages au Parlement est un enrichissement ; on sent que la différence d’expérience et d’âge apporte une nouvelle dynamique. Il est sain que les carriéristes cèdent peu à peu la place et qu’il y ait davantage de rotation. Cela permet de maintenir le débat vivant et donne aux jeunes l’occasion de se montrer. On constate que nous nous rapprochons, mais que la différence d’approche est parfois aussi une différence de génération.
Quelle mesure souhaitez-vous voir mise en œuvre immédiatement, que ce soit par le gouvernement ou par vous-même ?
Ce qui motive toujours les libéraux, c’est la réduction des charges pesant sur le travail. Cela donne un nouveau souffle tant aux entreprises qu’aux personnes qui ont du mal à joindre les deux bouts au quotidien. C’est pourquoi j’ai trouvé la déclaration du ministre Jambon complètement déconnectée de la réalité. Beaucoup de femmes travaillent à temps partiel et cumulent souvent plusieurs fonctions. Il est urgent de réduire les coûts salariaux, car notre handicap salarial est important. Il est regrettable que le gouvernement reporte cette mesure à 2030. Faire de la réduction des charges une priorité donnerait aux entreprises et aux citoyens la marge de manœuvre nécessaire pour se développer, investir et, au final, générer davantage de revenus. L’argent peut être trouvé là où il se trouve, par exemple auprès des mutuelles.
Avez-vous quand même participé au tir du roi ? Juste avant votre prestation de serment, vous aviez pourtant eu un accident avec cette arme.
(rit) Chez nous, le tir au roi est une manifestation folklorique dans mon village. J’y participe chaque année et cela ne m’a jamais fait peur. Quand j’ai été touché, j’étais déçu de devoir prêter serment avec un énorme pansement, mais cela a aussi provoqué l’hilarité générale. Un peu d’optimisme et de rire, ça ne fait pas de mal, même dans un contexte politique difficile. Vous continuerez à me voir là-bas chaque année ; je ferai juste plus attention quand les flèches viendront dans ma direction.
Il faut non seulement faire attention aux flèches, mais aussi aux sondages.
Oui, tout à fait (rit).
Lisez ici la deuxième partie :
Entretien avec Kjell Vander Elst, député du parti Anders – 2e partie : « Nous avons aujourd’hui besoin d’un ministre de la Défense prudent et mesuré, pas d’un ministre téméraire »
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

