Netanyahu est-il mort ou pas ? Deepfakes, sosies et la nouvelle guerre contre la vérité

Ces derniers temps, les réseaux sociaux ont été envahis par des rumeurs concernant la santé et la sécurité du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Des allégations ont circulé (ou circulent encore) selon lesquelles Netanyahu serait décédé à la suite d’opérations militaires dans la région ou que des vidéos le mettant en scène auraient été générées à l’aide de l’intelligence artificielle. Certains messages mettaient spécifiquement en avant une image extraite d’une vidéo où la main de Netanyahu semblait avoir six doigts, suggérant qu’il s’agissait d’une preuve de manipulation par l’IA.

Selon des sources officielles et des organismes de vérification des faits, Benjamin Netanyahu est bien vivant. Le gouvernement israélien et les médias internationaux rapportent qu’il a continué à faire des apparitions publiques et à diriger le pays pendant le conflit impliquant Israël, l’Iran et les États-Unis.

Rumeurs virales et la vidéo des « six doigts »

Les spéculations se sont intensifiées après qu’une vidéo d’une conférence de presse est devenue virale le 12 mars. Des observateurs ont affirmé que Netanyahu semblait avoir six doigts à une main, ce qu’ils ont interprété comme une image potentiellement générée par l’IA. Des organismes de vérification des faits et des experts techniques ont précisé qu’il s’agissait d’une illusion d’optique causée par l’éclairage, la position de la main et les angles de prise de vue. Des images en haute définition semblent montrer Netanyahu avec cinq doigts à chaque main, et il semble interagir avec les journalistes pendant l’événement.

Les rumeurs concernant son décès étaient liées à des captures d’écran de publications sur les réseaux sociaux prétendument supprimées, qui n’ont pas pu être vérifiées par les vérificateurs de faits. Des vérificateurs de faits, dont Grok, Snopes et le Times of Israel, ont déclaré qu’aucune publication officielle annonçant le décès de Netanyahu n’avait été faite et que ces allégations étaient fausses.

Allégations d’attaques ciblées

Certaines publications sur les réseaux sociaux suggéraient que l’Iran avait tenté d’assassiner Netanyahu ou des membres de sa famille. Des sources officielles et des vérificateurs de faits ont déclaré qu’il n’existait aucune preuve vérifiée d’une frappe sur son domicile ou son bureau à Jérusalem, et qu’aucun incident confirmé visant Netanyahu ou sa famille n’avait été signalé. Les mesures de sécurité pour les hauts responsables ont été renforcées, mais il s’agit de procédures standard en période d’état de guerre.

Outre les rumeurs de décès, plusieurs images ont circulé en ligne qui semblaient montrer Netanyahu blessé et secouru par d’autres personnes au milieu des décombres. Ces photos ont été partagées par certains utilisateurs comme prétendues preuves que le Premier ministre israélien avait été blessé pendant le conflit. Des vérifications ont par la suite établi que ces images provenaient de sources non vérifiées et avaient probablement été créées ou modifiées à l’aide d’une technologie de génération d’images basée sur l’IA.

Apparitions publiques et rôle de dirigeant

Benjamin Netanyahu a maintenu un agenda chargé d’apparitions publiques. Le 7 mars, il a prononcé un discours télévisé pour informer le public de l’évolution de l’opération militaire « Roaring Lion ». Son fils, Yair Netanyahu, a fréquemment republié les communiqués du gouvernement sur les réseaux sociaux, confirmant la présence de la famille dans des zones sécurisées. Netanyahu continue de gérer la situation sécuritaire actuelle depuis des sites gouvernementaux sécurisés, participe à des réunions avec des dirigeants étrangers et dirige le cabinet de guerre israélien. Aucun signe public n’indique de changement de direction ou d’incapacité.

Mises à jour sur son état de santé

Un rapport médical publié le 18 février a répondu aux inquiétudes de longue date concernant un éventuel cancer de la prostate chez Netanyahu. Son médecin personnel et des spécialistes du Centre médical Hadassah ont déclaré qu’il n’était pas atteint d’un cancer. Il a récemment subi une intervention au laser pour traiter une hypertrophie bénigne de la prostate, qui s’est avérée réussie. Le rapport a également confirmé que son état cardiaque était stable après la pose d’un pacemaker en juillet 2023. Sa tension artérielle, son taux de cholestérol et sa fonction rénale se situent tous dans les limites normales. Selon le rapport, M. Netanyahu continue de se soumettre à des examens de santé réguliers, reste physiquement actif et est considéré comme apte à remplir ses fonctions de dirigeant.

Propagation de fausses informations

Les experts notent que la désinformation a tendance à se propager rapidement en période de conflit géopolitique, en particulier sur les réseaux sociaux, où des captures d’écran modifiées, des extraits de vidéos mal interprétés et des spéculations sur des contenus générés par l’IA peuvent rapidement gagner en popularité. Les vérificateurs de faits ont à plusieurs reprises exhorté le public à se fier aux annonces officielles et aux sources d’information crédibles plutôt qu’aux publications virales.

Doutes

Aucune preuve vérifiée n’a été présentée publiquement indiquant que Netanyahu est décédé. Les allégations virales concernant son décès, les vidéos générées par l’IA ou une prétendue anomalie à six doigts ont été démenties par des sources officielles et des vérificateurs de faits. Les apparitions publiques et les communications officielles du gouvernement israélien indiquent que Netanyahu continue de diriger le gouvernement pendant le conflit régional en cours.

Deepfakes, escroqueries par IA et sosies numériques : menaces émergentes et utilisations politiques

La circulation de telles allégations reflète également un contexte plus large dans lequel les questions sur l’authenticité des images, des vidéos et des apparitions publiques sont devenues de plus en plus courantes. À l’ère de l’intelligence artificielle en rapide évolution, les soupçons concernant des contenus manipulés ou générés par l’IA peuvent se propager rapidement en ligne. Dans le même temps, l’idée de remplacer une personnalité publique n’est pas entièrement nouvelle. Bien avant les deepfakes numériques, les gouvernements et les services de sécurité ont parfois eu recours à des sosies ou à des doublures pour des raisons de sécurité ou lors d’apparitions publiques. Ces pratiques montrent que l’utilisation de substituts visuels ou physiques pour gérer les risques ou l’opinion publique existe depuis des décennies, tandis que l’intelligence artificielle moderne offre désormais de nouveaux outils numériques capables de produire des effets similaires à une échelle bien plus grande.

Arnaques et risques de sécurité liés à l’IA

Les récentes avancées en matière d’intelligence artificielle ont entraîné à la fois de nouveaux risques pour la sécurité et des opportunités sans précédent pour les campagnes politiques. En Belgique, les autorités ont mis en garde contre des escroqueries basées sur l’IA impliquant des vidéos deepfake de personnalités de premier plan, dont le roi Philippe. Des criminels ont utilisé des images, des voix et des appels vidéo générés par l’IA pour usurper l’identité du roi, de son chef de cabinet et de responsables des services de renseignement, ciblant leurs victimes via WhatsApp, par e-mail et par vidéoconférence. Ces escroqueries impliquent souvent des urgences inventées ou des invitations fictives, faisant pression sur des particuliers et des entreprises pour qu’ils transfèrent de l’argent. Le ministère public belge a confirmé que les autorités officielles ne demandent jamais d’argent par des voies informelles, ce qui montre à quel point la fraude moderne basée sur l’IA peut être crédible et sophistiquée.

La société de cybersécurité Trend Micro a mis en garde contre les menaces plus larges que représentent les deepfakes générés par l’IA. Dans ses prévisions sur les menaces pour 2025, publiées fin 2024, l’entreprise a mis en garde contre des attaques hyperpersonnalisées utilisant des « jumeaux numériques » générés par l’IA et entraînés à partir de données personnelles volées. Ces avatars deepfake peuvent imiter la personnalité, le style d’écriture et les traits biométriques d’une victime afin de faciliter l’usurpation d’identité, la fraude d’entreprise et l’ingénierie sociale. Trend Micro note que l’IA peut être détournée pour créer de faux profils sur les réseaux sociaux, compromettre les communications d’entreprise et renforcer les stratagèmes de phishing. Les organisations qui recourent de plus en plus à l’IA sont confrontées à des risques tels que le détournement d’agents IA, les fuites de données involontaires et l’exploitation de vulnérabilités, ce qui rend indispensables les défenses basées sur l’IA et la sensibilisation des employés.

Les deepfakes dans les campagnes politiques

Dans la sphère politique, la technologie deepfake influence activement les élections. Lors des élections générales de 2024 en Inde, les politiciens et les partis ont utilisé des vidéos générées par l’IA et des clones vocaux pour atteindre les électeurs avec des messages personnalisés, selon Wired. Au Rajasthan, l’image et la voix du politicien Shakti Singh Rathore ont été numérisées pour créer des avatars IA capables d’interagir avec des centaines de milliers d’électeurs. Les campagnes basées sur l’IA ont permis aux partis de surmonter la diversité linguistique, de mener des actions de sensibilisation sur mesure à grande échelle et de faire revivre des personnalités politiques décédées pour soutenir leurs proches. Des prestataires de services tels que Polymath Synthetic Media Solutions et iToConnect ont passé des millions d’appels téléphoniques générés par l’IA dans plusieurs États, ce qui a souvent suscité un fort engagement de la part des électeurs des zones rurales, moins actifs, voire pas du tout, sur les réseaux sociaux. Malgré des limites techniques — retards, hallucinations et erreurs de prononciation —, les campagnes basées sur l’IA sont devenues un outil central du système électoral indien, alliant commodité et personnalisation d’une manière jusqu’alors impossible.

Les sosies

Au-delà des campagnes politiques, l’IA et les technologies de deepfake sont également utilisées pour des mesures de sécurité au niveau de l’État. L’ancien chef du MI6, Richard Dearlove, a rapporté que le dictateur russe Vladimir Poutine apparaît parfois en public par l’intermédiaire de sosies afin de réduire les risques d’assassinat dans le contexte de la guerre en Ukraine. Si les sosies ne sont pas utilisés lors de réunions privées, ils apparaissent dans des espaces ouverts tels que des rassemblements ou des visites d’usines, compliquant ainsi la capacité des adversaires à le suivre. Des analyses par IA des traits du visage et des mouvements du corps ont été utilisées pour distinguer le vrai Poutine de ses sosies lors d’événements très médiatisés.

Conclusion

Ces exemples montrent à quel point les deepfakes basés sur l’IA et la reproduction numérique transforment notre monde en profondeur, qu’il s’agisse de criminalité, de cybersécurité, de communication politique ou de sécurité nationale. Mais quant à savoir si cela nous permet d’affirmer avec une certitude absolue que Netanyahu est encore en vie ou non… qui peut le dire ?

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