1 Japonais sur 10 est encore vierge à ses 30 ans

Environ un Japonais dans la trentaine sur dix est encore vierge, indique une étude publiée récemment dans la revue BMC Public Health. Les scientifiques ont cherché à savoir pourquoi une partie de la population japonaise semble s’être détournée du sexe.

Au cours de la dernière décennie, la moitié de la population japonaise perdait sa virginité au cours de la vingtaine. Cette étude définit une personne vierge comme une personne qui n’a jamais eu de rapports sexuels avec un membre du sexe opposé.

« Les taux de personnes hétérosexuelles sexuellement inexpérimentées au Japon sont les plus élevés jamais enregistrés dans un pays à haut revenu« , a expliqué au magazine Newsweek le Docteur Peter Ueda, auteur principal de l’étude et expert en épidémiologie et en santé publique de l’Université de Tokyo.

Sexualité

Les chercheurs ont analysé sept études issue de l’enquête nationale sur la fécondité réalisée tous cinq ans au Japon par le National Institute of Population and Social Security Research. Les enquêtes ont été menées entre 1988 et 2015 et ont concerné entre 11.553 et 17.859 participants âgés de 18 à 39 ans.

Entre 1992 et 2015, le nombre de femmes vierges entre 18 et 39 ans est passé de 21,7% à 24,6%. Chez les Japonais, ce pourcentage est passé 20% à 25,8%. Pour les femmes de 30 à 34 ans, le pourcentage de celles n’ayant jamais eu de rapports sexuels est passé de 6,2% en 1987 à 11,9% en 2015. Pour les hommes de la même tranche d’âge, ce chiffre est passé de 8,8% à 12,7% sur la même période. Enfin, le Japon comptait en 1992 près de 4% de femmes vierges entre 35 et 39 ans, contre 8,9% en 2015. Durant la même période, ce pourcentage est passé de 5,5% à 9,5% chez les hommes japonais de la même tranche d’âge.

L’étude n’indique pas les raisons pour lesquelles les trentenaires japonais n’ont pas de relations sexuelles. Toutefois, Ueda pense que les données suggèrent qu’il s’agit de facteurs socio-économiques.

Le professeur a attiré l’attention à maintes reprises de la communauté sur les « problèmes » sexuels du Japon. Il évoque l’existence de divers courants sexuels « exotiques » au Japon. Pour illustrer son propos, le scientifique cite entre autres la montée des Sōshokukei Danshi, les « hommes herbivores » qui ne recherchent aucune relation sexuelle, les stages de flirt destinés aux femmes ou encore les cours de dessin de nus afin de familiariser les hommes inexpérimentés aux formes féminines.

Facteurs socio-économiques

« Nous ne pouvons pas ignorer les effets de courants plus exotiques. Toutefois, nous pouvons affirmer que les facteurs socio-économiques jouent un rôle important dans ces tendances », explique le chercheur.

Parmi les hommes de 25 à 39 ans, ceux de la catégorie de revenus moins élevés avaient dix fois plus de changes d’être vierges que ceux de la catégorie de revenus élevés. Les hommes de cette tranche d’âge au chômage ou travaillant à temps partiel avaient respectivement huit et quatre fois plus de chances d’être vierges que ceux dont l’emploi est régulier. Parallèlement, les femmes avec des revenus inférieurs étaient plus susceptibles d’avoir des relations sexuelles.

Préoccupation nationale

« L’inexpérience sexuelle chez les jeunes adultes est devenue une préoccupation nationale au Japon », a déclaré Ueda. Il y a eu beaucoup de malentendus à ce sujet car les chiffres étaient au départ limités aux personnes qui n’avaient jamais été mariées. Ce qui est inquiétant, c’est la proportion de personnes qui ne participent pas activement au marché de l’accouplement tout au long de leur jeune âge adulte. »

Ueda a insité sur le fait que l’étude était limitée car elle suppose que les participants ont dit la vérité en ce qui concerne leur expérience sexuelle. En outre, l’enquête nationale sur la fécondité n’inclut pas de données sur les expériences entre personnes du même sexe.

« Le sexe est important sur le plan de la qualité de vie et de la santé publique. Nous devrions également considérer l’inactivité sexuelle involontaire comme un problème de santé publique qui mérite davantage d’attention. Toutefois, les personnes sexuellement inactives ne sont pas nécessairement insatisfaites », a encore ajouté Ueda.

« Nous vivons une période de turbulences sur le marché japonais et dans les autres pays à revenu élevé. Les normes concernant les partenariats à long terme et le mariage ne sont plus aussi fortes qu’auparavant et les attentes concernant les relations amoureuses et sexuelles changent. »