Un variant plus virulent du VIH est passé sous les radars depuis des années en Europe

Le coronavirus nous a parfois fait perdre de vue que d’autres virus ô combien plus dangereux pour la santé humaine se baladent dans la nature, et le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) n’est pas parmi les moindres. Un nouveau variant de cette infection sexuellement transmissible vient d’être découverte, mais il semblerait qu’elle hante déjà l’Europe depuis des années.

On en parle moins, et c’est un tort : le virus de l’immunodéficience humaine est un fléau discret, responsable du syndrome d’immunodéficience acquise (sida), qui est un état affaibli du système immunitaire le rendant vulnérable à de multiples infections opportunistes. Entre sa découverte en 1981 et 2018, on estime qu’il a coûté la vie à 32 millions de personnes, et si les traitements ont beaucoup progressé, il n’existe toujours aucun vaccin ni antidote définitif à cette infection, même si l’on cherche activement à en développer.

Plus contagieux, plus rapide

Or, selon les conclusions d’une étude publiée dans Science ce mercredi, il existe en fait un variant du VIH qui vient seulement d’être découvert. Et celui-ci semble plus virulent que le virus qu’on connaissait déjà. Une analyse de plus de 100 personnes infectées suggère que ce variant augmente le nombre de particules virales dans le sang d’une personne, ce qui la rend plus susceptible de transmettre le virus. Il semble également entraîner une réduction des cellules immunitaires appelées T CD4, ou lymphocytes T auxiliaires, ce qui fait que les personnes risquent de développer le sida, soit le syndrome d’immunodéficience qui peut s’avérer fatal, beaucoup plus rapidement que celles infectées par d’autres versions du VIH.

Nos médicaments restent efficaces

L’émergence d’une forme plus virulente du VIH est « une raison de rester vigilant », mais les mutations trouvées dans la nouvelle variante ne la rendent pas résistante aux médicaments existants contre le VIH, explique dans la revue Nature Joel Wertheim, biologiste de l’évolution et épidémiologiste moléculaire à l’université de Californie à San Diego. « Tous les outils de notre arsenal devraient encore fonctionner. »

Par rapport aux autres souches de VIH, les personnes infectées par le variant nouvellement détecté avaient jusqu’à 5,5 fois plus de virus dans le sang, et leurs cellules T CD4 diminuaient presque deux fois plus vite. Une baisse des lymphocytes T CD4, qui aident à coordonner la réponse immunitaire de l’organisme aux infections, est un signe révélateur que le VIH a endommagé le système immunitaire. Les chercheurs ont estimé que, sans traitement, les personnes infectées par cette variante développeraient le sida dans les 2 à 3 ans suivant le diagnostic, contre 6 à 7 ans pour celles infectées par d’autres souches de VIH.

Des cas en Belgique

Nommé variant VB, celui-ci a été identifié chez 109 personnes infectées, presque toutes néerlandaises, à l’exception de quatre personne venues de Belgique ou de Suisse selon Le Soir, et il se peut qu’il circule en fait depuis les années 1990, voire avant.

Mais s’il n’a pas été détecté auparavant, c’est en partie parce qu’il n’est pas plus résistant aux traitements actuels. Depuis 1996, les trithérapies ont fait drastiquement chuter le taux de mortalité de la maladie. Et les antirétroviraux développés dans les années 2000, s’ils sont pris suffisamment tôt chez un infecté détecté avant qu’il ne développe le sida, peuvent enrayer la progression du VIH en bloquant les enzymes nécessaires à sa réplication ou en l’empêchant d’infecter les cellules.

Il reste donc présent dans l’organisme, mais à des charges virales inoffensives pour le porteur, voire, dans le meilleur des cas, non contagieuses. Mais pour cela, il doit être détecté, ce qui implique que les personnes ayant eu un comportement à risque (sexe non protégé, mais aussi partage de pailles ou de seringues pour la prise de drogues) se fassent tester.

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