Principaux renseignements
- Un tribunal de Paris a condamné TotalEnergies à prendre en compte ses émissions indirectes de « Scope 3 ».
- La loi française sur le « devoir de vigilance » oblige désormais les entreprises à suivre l’ensemble de leur cycle de production.
- Cette décision historique impose la transparence sans exiger de réductions spécifiques de la production.
Une instance judiciaire parisienne a ordonné à TotalEnergies d’élargir ses stratégies climatiques afin d’y inclure les émissions indirectes et les conséquences environnementales résultant de l’utilisation de ses produits énergétiques. C’est ce que rapporte Euronews. L’entreprise dispose désormais de six mois pour évaluer les risques environnementaux liés à la manière dont les consommateurs utilisent le gaz naturel et les carburants, au lieu de se concentrer exclusivement sur les émissions de ses propres installations.
L’impact des émissions de « Scope 3 »
Ces émissions indirectes de « Scope 3 » englobent un large éventail d’activités, notamment le transport de marchandises et les déplacements du personnel, mais surtout le dioxyde de carbone rejeté par les véhicules utilisant du carburant acheté dans les stations-service de l’entreprise.
Alors que le géant de l’énergie mettait auparavant l’accent sur la réduction des émissions de « scope 1 et 2 » — celles provenant directement de ses bureaux et de ses sites de production —, celles-ci ne représentent qu’une infime fraction de l’empreinte carbone totale de l’entreprise. Environ 90 pour cent de l’impact environnemental de l’organisation provient des émissions de scope 3.
Application de la loi sur le devoir de diligence
Cet arrêt constitue la première application concrète de la loi française de 2017 sur le « devoir de vigilance ». Cette législation oblige les grandes entreprises — en particulier celles comptant 5 000 salariés en France ou 10 000 dans le monde — à assumer la responsabilité des conséquences de l’ensemble de leur cycle de production.
Alice Timsit, adjointe au maire de Paris, a qualifié ce verdict de tournant historique pour la législation française en matière de climat, soulignant qu’il empêche les multinationales du secteur des énergies fossiles de se soustraire à leurs responsabilités en matière de risques climatiques.
Demandes rejetées
Malgré l’importance de cette décision, le tribunal n’a pas fait droit à toutes les demandes formulées par les plaignants, parmi lesquels figuraient la Ville de Paris et diverses organisations environnementales telles que Sherpa et Notre Affaire à Tous. Le juge s’est abstenu de tenir l’entreprise légalement responsable des actions individuelles de ses clients.
De plus, le tribunal a refusé de geler les nouveaux projets d’exploitation pétrolière et gazière ou d’imposer les réductions de production spécifiques de 25 à 37 pour cent d’ici 2030 que les plaignants avaient demandées.
Implications futures pour la transparence des entreprises
Néanmoins, en imposant une plus grande transparence concernant les émissions de scope 3, le tribunal a veillé à ce que TotalEnergies ne puisse plus ignorer l’impact environnemental global de ses produits.
Ces exigences accrues en matière de divulgation devraient soumettre la feuille de route climatique de l’entreprise à une surveillance plus stricte et pourraient ouvrir la voie à de nouvelles poursuites judiciaires si ses stratégies de vigilance actualisées s’avéraient insuffisantes.
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(ns)

