Ukraine, Géorgie, Moldavie : pourquoi une nouvelle expansion de l’Union européenne n’est pas si simple

Parmi les nombreux bouleversements inattendus provoqués par l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, la nouvelle vague de demandes d’adhésion à l’Union européenne qui nous vient des pays d’Europe orientale et du Caucase n’est certainement pas des moindres. Après la signature très médiatisée des documents de demande d’adhésion par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, puis la même démarche entamée par la Géorgie, voici que la Moldavie rejoint le mouvement.

« Il a fallu 30 ans à la Moldavie pour atteindre la maturité, mais aujourd’hui le pays est prêt à assumer la responsabilité de son propre avenir », a déclaré la présidente moldave Maia Sandu, avant de brandir le document signé devant les caméras de télévision, rapporte Euractiv. « Nous voulons vivre en paix, dans la prospérité, faire partie du monde libre. Si certaines décisions prennent du temps, d’autres doivent être prises rapidement et de manière décisive, en profitant des opportunités offertes par un monde en mutation. » La demande sera envoyée à Bruxelles dans les prochains jours, a-t-elle précisé.

Pas de sésame garanti

Mais ce n’est pas pour autant que ces candidatures, aussi exceptionnelles fussent-elles, équivaudront à un sésame pour l’Europe. C’est d’abord la Commission qui doit se pencher sur les demandes d’adhésion et rendre un avis, puis le Conseil de l’Europe doit, à l’unanimité, accepter d’ouvrir des négociations en vue de l’adhésion. Ensuite seulement l’Union s’accorde sur les conditions d’adhésion, et les négociations avec le pays candidat commencent vraiment. Un processus qui, à lui seul, prend habituellement plusieurs années.

« Cela prend un certain temps », confirmait Charles Michel sur LN 24. « Même si compte tenu de la situation, je considère qu’on pourrait examiner, en tout cas politiquement, comment resserrer les liens avec l’Ukraine. Par le statut de candidat, c’est une option, mais on peut aussi utiliser plus fortement l’accord d’association actuel, par exemple en veillant à ce que les réseaux infrastructure ukrainiens soient connectés à l’Europe, pour faciliter une éventuelle adhésion. »

Des critères stricts à remplir

Reste que les candidats doivent remplir des critères assez stricts, et ces nouveaux pays risquent bien de ne pas tous les remplir. Concernant l’Ukraine, le sujet est sur la table depuis 2005 déjà, mais la participation du pays à des projets d’intégration de celle-ci dans l’espace postsoviétique, comme la Communauté économique eurasiatique (CEEA) avait freiné la démarche. Pour la Moldavie, c’est encore plus compliqué car le pays n’est pas souverain sur tout son territoire puisque la Transnistrie a fait sécession – et abrite des troupes russes.

Viennent ensuite les questions des droits humains, du respect du processus démocratique, et puis surtout de l’état économique de ces pays. Une adhésion à l’UE signifie rejoindre un marché commun, et donc plonger dans un bain concurrentiel particulièrement profond, ce qui n’est pas à la portée de toutes les nations. Le processus risque donc d’être encore long, malgré l’image positive que s’est forgée l’Ukraine en Europe ces dernières semaines.

« Un engagement sincère pour les valeurs de l’Europe »

« C’est un sujet difficile, car on doit prendre en compte que quand on élargit l’UE il y a un mécanisme de droit de veto donné aux États membres », rappelle Charles Michel. « On doit aussi réfléchir à simplifier nos processus de décision internes. Il y a des pays de l’UE qui voudraient qu’on puisse agir immédiatement pour reconnaitre ce statut de candidat, mais d’autres pensent qu’il faudrait prendre en compte en même temps le statut d’autres pays, Géorgie et Moldavie, mais aussi ceux des Balkans occidentaux. Mais la démonstration que les Ukrainiens font, c’est un engagement qui est très sincère pour les valeurs de l’Europe. »

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